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Le débat de ce soir avait pour thème la cohésion sociale et la diversité. La Mairie était assiégée par des manifestants et de très nombreux journalistes. Manuel Valls a mis en avant sa ville, une ville jeune comme la notre et universitaire (15000 étudiants), ville d’enseignants et d’étudiants qui étaient cruellement absents. Puis il a invité à un débat serein.

Eric Besson, ministre de l’intégration, le président de SOS racisme, Dominique Sopo, Yves Threard du Figaro, Michel Wievorka, directeur de recherche au CNRS devaient traiter de la question de l’immigration. Thierry Guerrier, journaliste, animera les rendez vous de l’éthique d’Evry, la question : « qu’est ce que cela veut dire être français ? » est la question de départ.

Michel Wievorka a séparé la responsabilité et l’éthique, en rapellant les célèbres thèses de Max Weber, qui sépare les convictions et les responsabilités. Pour lui, les politiques actuelles s’éloignent des politiques de conviction et de responsabilité… Les politiques conduisent à des images dégradées de la France… Expulser une personne coûte 15000 à 20000 euros, on en expulse 30000. Ne peut-on utiliser l’argent à autre chose? L’immigration n’est pas un fardeau économique, Michel Wievorka prend l’exemple des chinois qui vont plus en Italie. Qu’en est-il de l’effet économique ?

Yves Threard se situe dans la logique de l’intégration. « Besson n’est pas un tortionnaire », affirme-t-il. Pour lui, la question n’a jamais été résolue par aucun des gouvernements. Il y a selon lui une différence entre l’émigration clandestine de celle qui est organisée. Il veut dissocier ce problème de celui de l’intégration. Pour lui, la question de l’identité nationale doit être résolue.

Pour SOS racisme, l’émigration n’est pas un problème, mais, un fait. Passer de l’immigration subie à une immigration choisie, ce sont des mots d’une extrême violence. Pour Dominique Sopo, ces termes affaiblissent car impliquent qu’il y a une mauvaise part au sein de la nation française. Il se refuse à l’idée que des gens soient des catégories statistiques. Il propose de fluidifier les déplacements des humains… comme on a fluidifié les dépalcements de flux de capitaux

Le droit souverain d’un pays est souvent mis en avant par Eric Besson. Pour lui, « les français comprennent et adhèrent à cette politique, il n’y a qu’un juge de paix, le vote ». La France accueillerait 200 000 étrangers de long séjour et plus de 2 millions de court séjour. La France accepterait le plus de réfugiés politiques (plus que qui ? que les autres pays européens ?). La France serait dans la lignée européenne depuis le pacte de 2004. Puis, Eric Besson a mis en valeur les propos de notre président…Il  demande à la gauche de définir une politique alternative…

Thierry Guerrier parle alors d’impasse, parce qu’il n’y aurait pas selon le ministre de politique alternative. Michel Wievorka répond au Ministre, lui, l’air du temps, il l’écoute, et renvoie aux informations du GISTI, du RESF (Education sans frontière), il explique des cas réels !  Pour lui, les choses se dégradent… « En ce qui concerne la Tunisie, les copains de ben Ali ne sont pas nécessairement ce que je choisirais ». Yves Threard voudrait que le débat ne tourne pas à un débat d’un intellectuel de gauche et face à un ministre de droite. Pour lui des formes comme le co-développement et l’éducation pourraient être des termes à discuter. Que fait-on pour accueillir ceux qui viennent légalement ? Le ministre mentionne le fait que les clandestins ont peur d’aller à l’hôpital et ne bénéficient plus de la scolarité.

Dominique Soto rappelle que l’immigration choisie est à remettre dans le contexte où l’on sous-entend que l’immigration précédente était subit. Il réclame des actes pour l’intégration, une des façons de s’intégrer est celle de l’emploi, de nombreux emplois sont fermés aux immigrants, en particulier dans la fonction publique, ainsi que dans des métiers réservés comme par exemple les débitants de tabac.

Les verts s’étonnent qu’il n’y ait pas d’expertise de terrain. Selon eux, il s’agit de discours électoralistes, pour draguer les voix d’extrême droite. Les Verts proposent de faire venir la société civile. Que va gagner l’Afrique dans l’immigration choisie ? Dit une personne dans la salle qui venait visiblement (pardon, par ces propos) de l’un de ces pays. Le ministre répond par la sécurité ! (on ne comprend pas Bruno… Que répond le ministre à cet homme ?) Il rappelle que le président de la république utilise le terme de métissage, et qu’il y a des régularisations. Le ministre propose de dénoncer les filières mafieuses ! Il  propose une immigration circulaire qui ne pille pas les pays.

Michel Wievorka propose à ce stade du débat de dépasser le traitement social pour un traitement identitaire. Dominique Sopo rappelle que l’immigration familiale légale se dégrade…à cause du durcissement de la législation, dont les tests ADN en sont des exemples. Il prône la fluidité du monde …et propose la circulation des étudiants.

Yves Threard s’oppose à l’idée de l’harmonisation de la politique européenne. Des politiques de régularisations ont eu lieu en Espagne et en Italie, et c’est un des problèmes majeurs.

Le Ministre met en avant l’identité chrétienne ! Une personne met en avant l’identité laïque et pose le problème des droits de l’homme !  Un autre déplore la politique étrangère de la France, et propose de combattre les despotes ! Michel Wievorka rappelle que la politique s’est durcie dans les zones grises, où les associations peuvent  négocier les cas. Il pense qu’il est dangereux de traiter ensemble de la politique de la diversité et de l’immigration. Idée que reprend Dominique Sopo, en rappelant que les symboles ne sont pas négligeables !

A toutes ces idées, le Ministre répond que ces questions sont de bonne guerre…y compris sur la politique étrangère de la France, nuançant en parlant de “guerre intestine locale”. Mais dit-il, il faut discuter avec les dirigeants existants, ce qui est la seule solution. Pour le Ministre, être français, c’est revendiquer la chaine républicaine.

Manuel Valls propose de construire une politique alternative, une politique issue d’une coopération européenne, posant les problèmes des flux migratoires.

Dommage que ce débat ait volé bas et sur les seules idéologies ! Dommage qu’il ne se soit pas élevé … le thème cohésion sociale et diversité n’a pas été traité… et loin de là !

Source : Les rendez vous de l’éthique à Evry, Cohésion sociale et diversité, l’immigration, facteur d’unité nationale ?, lundi 6 avril 2009 à 20h30, Mairie d’Evry, Evry, 91, France

Il ya quelques années, j’étais co-auteur d’un rapport sur ce sujet:

Commissariat général au plan, Immigrations : le devoir d’insertion : rapport du groupe de travail immigration présidé par Stéphane Hessel, sur le rapport de Claire Guignard-Hamon, 2 vol., 87 et 620p., La Documentation française, 1988