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Parler des ministres ou des entrepreneurs, il faut choisir…

« Affluence de ministres au Salon des entrepreneurs PME », tel est le titre de l’article du Figaro signé par Marie Visot. « Villepin aiguise l’appétit libéral des patrons » est le titre de Vanessa Schneider de Libération. J’arrête la liste car elle tiendrait une page. Cette dernière fait preuve d’une insolence sans pareille à mon goût. Elle poursuit « Au Salon des entrepreneurs, il a vanté la souplesse de sa politique pour l’employeur ». Bientôt, on va croire que si les entreprises se créent, c’est grâce au premier Ministre. Les personnes présentes y viendraient dans un même but : «Mettre à l’honneur l’esprit d’entreprendre.»

J’adore cette situation : des personnes qui n’ont jamais essayé de créer une entreprise en parlent.

Les faits

Reprenons une citation de Marie Visot. « C’est l’endroit où il faut être cette semaine. C’est en tout cas celui qui verra défiler, pendant trois jours, membres du gouvernement et personnalités du monde économique ». Je savais qu’être entrepreneurs, c’est fun, mais à ce point la…

Le nombre de création d’entreprise est de 225 000 en 2005. C’est un record dont se « félicite le ministre » (et encore ….). Attention, ce chiffre cache une réalité beaucoup plus nuancée. Durant cette période, cette hausse est essentiellement constitué d’entreprises sans salarié : + 33 % en trois ans. En même temps, le nombre des entreprises ayant au moins un salarié est resté stable.

Selon un sondage réalisé par l’IFOP pour le Salon des entrepreneurs, les entreprises se créeraient avec en moyenne 1,4 salarié et leur effectif moyen atteindrait 2,6 salariés au bout de trois ans. Cette création permet de créer en moyenne plus de 300000 emplois, ce qui est non négligeable au regard des 100 000 emplois industriels que perd la France chaque année. En 2004, le chef de l’État avait proposé un ” plan d’action volontaire contre la désindustrialisation ». C’était une réaction à la publication de chiffre du ministère du Travail le 13 février 2003. Ce Ministère avait comptabilisé le recul de l’emploi industriel à 98 600 emplois, ce qui correspondait aux chiffres de la Direction de la prévision 100 000 par an. Depuis, la direction de la prévision n’existe plus et ces chiffres sont presque introuvables. Ou en est ce plan ?

Selon l’INSEE, huit entrepreneurs sur dix sont seuls dans leur entreprise à sa création. Cinq ans plus tard, elles occupent 3,5 personnes”, souligne aussi une étude de l’Insee publiée mardi.

Les thèmes

Assurément, l’emploi est l’un des thèmes majeurs. Mais faut-il « enrôler dans la bataille pour l’emploi» ces nouveaux entrepreneurs, je ne suis pas sûr. Pour développer une entreprise, s’adosser à une plus grande que soi est le plus souvent la clé de la réussite. Dois je donner l’exemple de celle qui à été créé par un ancien élève de l’INT « Club Internet ». L’autre façon est de générer du cash flow suffisant pour financer sa croissance.

Enfin, l’appel à du capital externe accélère le développement. Ce n’est en aucun cas le point clé. A contrario, il peut créer des effets d’emballement par mimétisme, dont le secteur de l’Internet a été un excellent exemple. Conséquence, les disparitions sont une conséquence logique dans un horizon court.

Malgré cela, le financement des PME reste un vrai sujet. Les banques ont peu confiance, s’adosser à une grande entreprise est souvent délicat. L’effort du capital-risque et du capital-développement en direction des PME est évalué à 1 milliard d’euros par an. Ce qui est donc largement insuffisant pour nourrir une croissance.

Un dispositif devrait permettre une levée de deux milliards d’euros sur les marchés financiers pour être investis dans le capital de ces PME. Cette mesure devrait être opérationnelle avant l’été 2006. Mais quand on voit que l’A2I n’est pas réellement en chantier, on se pose des questions. Celles qui bénéficieront du soutien devraient être « les plus dynamiques », terme très flous comme critère de choix. Quand on pense que l’évaluation technico-économique a disparu dans les critères de l’OSEO alors qu’ils existaient dans la disparue ANVAR.

De grâce, laissons les faire leurs choix stratégiques, n’influençons pas leurs décisions par des décisions administratives concoctées par des incultes.

La politique dans ce domaine

Le Premier ministre qui est le seul cité dans les articles, a bien entendu parlé de sa politique en faveur de l’emploi. «Nous mettons à votre disposition des instruments nouveaux, nous engageons des réformes ambitieuses, nous créons un environnement favorable à la croissance». Il s’agit la d’une erreur de compréhension, une politique pour l’emploi n’a pas de rapport avec une politique pour l’entreprise innovante.

Le premier ministre annonce qu’il a «engagé les démarches nécessaires pour mettre en place un «Small Business Act» à la française», qui permettra qu’«une part des marchés publics soit réservée aux PME comme c’est le cas aux Etats-Unis». Il faut orienter des commandes vers les PME afin de leur fournir les moyens de se développer. Ouf, on voit une suite dans la logique de l’A2I que je ne peux me féliciter.

Conclusion

Il s’agit là d’une maladie bien française. C’est la Minsitrite. je n’agit pas la en déclinologue, mais en enseignant conscient de la réalité… Il en existe !

Parlons des entreprises, des entrepreneurs et de ceux qui innovent ce seraient mieux.

Liste des personnes citées comme présentes au salon des entrepreneurs par la presse
Dominique de Villepin,
Renaud Dutreil, (PME),
François Loos (Industrie)
Catherine Vautrin (Cohésion sociale),
Thierry Breton (Economie),
Christine Lagarde (Commerce extérieur),
Gérard Larcher (Emploi),
Jean-François Copé (Budget)
Laurence Parisot, présidente du Medef,
Jean-François Roubaud, CGPME,
René Ricol, président de l’Agence pour la création d’entreprises (APCE)

Question : Chercher dans cette liste ceux qui ont créé une entreprise ?

Indice : Ceux qui ont repris une entreprise familiale sont exclus.

Sources :

Schneider Vanessa, Libération, jeudi 02 février 2006

Visot Marie, « Affluence de ministres au Salon des entrepreneurs », Le figaro, Economie, jeudi 2 février 2006