Bruno
SALGUES



 
Sur l'UMTS, l'ART a montré ses limites

Mis en ligne sur le site web www.silicon.fr le vendredi 1 Juin 2001 à 17 h.

Spécialiste des télécoms, enseignant et chercheur, Bruno Salgues, rebondit sur l'attribution des licences UMTS intervernue cette semaine.

Pour lui, l'ART est localement amnésique, temporellement de mauvaise foi, actuellement à la recherche d'une solution et confiante dans le futur. (2e partie). Actuellement, l'ART recherche une solution.

L'ART est claire, "elle souhaite contribuer à définir les conditions dans lesquelles, après l'attribution des deux premières licences, le lancement nécessaire d'un appel à candidatures complémentaire doit être effectué pour donner toutes ses chances à la concurrence dans ce secteur crucial pour la promotion de la société de l'information et l'avenir de l'industrie des télécommunications". L'ART reprend dans son document les dates que j'avais annoncées le 3 janvier 1999 dans une interview à la radio BFM. Elle écrit : "Tout porte à croire aujourd'hui qu'un marché en vraie grandeur ne verra le jour qu'à la fin de l'année 2003 ou au début de l'année 2004." Remarquons à cet égard que l'ART rejette toutes les difficultés sur les terminaux, ce qui est au demeurant un sujet d'actualité. La réalité est tout autre. La réalisation d'UMTS demande un réseau IP avec de nombreuses adresses, dont IPV6 est la formalisation, mais celui-ci ne sera déployé qu'en 2008. C'est pour cette raison que je pensais dès la fin 2000 que la date de démarrage serait plutôt 2008, ce que je commentais sur TF1 le 30 janvier 2001. Une récente réunion de chercheurs du réseau RNRT à Paris a même considéré cette date comme optimiste. Il en découle une série de version d'UMTS, à la release 99, se font suite les release 4, release 5 et release 6. Le standard UMTS est loin d'être stable. Dans l'histoire des télécommunications, si une norme est instable, elle est vouée à l'échec, dans les télécommunications mobiles, les systèmes CT (BiBop en France) et Mobitext en ont fait les frais et sont de cuisants exemples pour les acheteurs de terminaux à ces normes. A ce sujet, dans un article du Monde du supplément interactif, du 17 janvier 2000, j'affirmais que "le vrai UMTS n'arrivera pas avant 2010". Deux opérateurs, c'est trop peu. Pour cela, l'ART insiste. "Dans cet esprit, l'Autorité confirme qu'il est essentiel d'engager le lancement d'un appel à candidatures complémentaire rapidement, pour permettre aussi aux entreprises du "deuxième train" de rejoindre les entreprises du "premier train" au moment où le marché de l'UMTS s'ouvrira effectivement, c'est-à-dire à partir de la fin 2003."

L'ART n'a visiblement pas pris en considération les concepts fondamentaux de l'UMTS, c'est-à-dire le GMM (Global Multimedia Mobility) et VHE (Virtual Home Environment). L'ART écrit "qu'une mutualisation totale pourrait nuire à la diversification des offres de service", alors que le principe même du VHE/GMM de l'UMTS est de poursuivre le fonctionnement des services quel que soit le réseau utilisé. Dans cette recherche de solution, l'ART oublie que la recherche précompétitive dans les télécommunications a disparu, la place occupée par le FKz en Allemagne ou le Centre national d'études des télécoms en France est toujours vacante. L'absence de montée en puissance de la recherche dans ce domaine est sûrement à l'origine de ce retard. La vraie question ne concerne pas le montant des licences mais l'utilisation qui sera faite de ces recettes. Si une part des obligations des licences GSM était affectée à la recherche dans le secteur, en France, les licences UMTS sont destinées à financer les retraites, elles ne créent pas de valeur et sont totalement improductives. En revanche, en Allemagne, cet argent ira à la recherche (en particulier génétique) et c'est un jury international qui a réparti cet argent entre différents laboratoires.

Elle est confiante dans le futur

L'ART est confiante sur l'idée d'attirer des opérateurs en modifiant faiblement son offre. "L'allongement de la durée des licences est une voie possible, mais ne résoudrait pas les difficultés de financement des premières années de l'UMTS, la charge financière incombant aux titulaires des licences est assurément une donnée essentielle, car il est pratiquement certain qu'en l'absence de modifications sur ce plan, un appel d'offres complémentaire ne susciterait pas de candidature en l'état du marché." Il n'est absolument pas évident que cela favorisera l'émergence de deux nouveaux acteurs. Elle propose donc un allongement des licences et des reports de paiement en attendant les premières recettes. Le 17 janvier dernier, l'article du Monde déjà cité, me laissait écrire : "Même si la délivrance des licences interviendra au 1er juin 2002, ce ne sera qu'une pâle copie de la norme UMTS, avec des débits bien inférieurs aux 2 Mbits/s promis." La centaine de kbits annoncé dans le document de l'ART comme solution proposée par les deux opérateurs, semble bien dans cette lignée, avec des débits proches de celui possible en améliorant la technologie GSM actuelle. Elle le rappelle : "L'ART a confiance dans ce nouveau système de télécommunications mobile qui correspond aux trois caractéristiques de la communication de demain : mobilité, interactivité et interopérabilité." Moi aussi.

Bruno Salgues

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