Les portails communautaires d’entreprises

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Projet de recherche rédigé par Olivier GALIBERT

dans le cadre du laboratoire CRITIC

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

INSTITUT NATIONAL DES TELECOMMUNICATIONS

Laboratoire CRITIC

 

 

 

 

Septembre 2000


 

L’avènement de l’Internet professionnel et marchand marque une nouvelle page dans l’insertion sociale des Technologies de l’Information et de la Communication. La technologie IP, associée à des débits toujours plus élevés, a permis la démocratisation de l’échange de données multimédia dans les organisations. La diffusion de ces technologies, sous forme d’Intranets ou d’Extranets, avec accès au réseau mondial, se répand dans les grands groupes comme dans les PME-PMI. La convergence des services et des contenus autours des technologies IP, qu’elles soient fixes ou mobiles, se généralise. De nouveaux usages professionnels, liés aux possibilités de réactivité des « organisations informationnelles », sont en cours de constitution.

 

Pour mieux comprendre les mutations en cours et leurs enjeux, nous pouvons identifier, dans le cadre d’une démarche fonctionnaliste, les informations échangées via les TIC dans le cadre de l’activité professionnelle :

 

Tout d’abord la coordination de l’activité via les services téléphoniques fixe et mobile (voix). Ensuite vient la veille économique et stratégique qui se définit par la recherche permanente d’informations sur l’environnement direct et indirect de l’entreprise dans le but de maîtriser la complexité de l’univers instable dans lequel les décideurs naviguent bien souvent à vue. Ce travail de veille est à présent optimisé par l’utilisation des ressources du World Wide Web , des forums de discussions spécialisés et autres mailing list. Après la veille, Les TIC deviennent les instruments de la gestion du symbolique et de la diffusion de la culture d’entreprise dans le cadre des fonctions de communication interne et de GRH. Les TIC permettent aussi le renforcement des liens commerciaux avec le client, ainsi que la recherche de nouveaux prospects. Enfin, les supports de communication optimisent la gestion des relations avec les différents partenaires de l’entreprise (fournisseurs, prestataires de services, banques, environnement socio-politique, etc.)

 

Nous nous attacherons plus particulièrement ici à la dernière fonction. Il nous semble en effet que la constitution de réseaux d’entreprises via Internet redéfinit, de manière radicale, la nature des relations de l’organisation avec ces partenaires. Nous émettons l’hypothèse ici que cette fonction de gestion des relations avec les différents partenaires va se développer grâce au Net et avoir des répercutions profondes sur toutes les autres fonctions de l’entreprise.

 

La constitution de réseaux d’entreprises se traduit par ce que les spécialistes du « e-business » appellent une politique d’affiliation. L’affiliation est, à l’origine, une méthode qui permet d’augmenter l’audience d’un site Web. Le site qui désire augmenter sa notoriété repère des sites dont la nature de l’audience est sensiblement la même que la sienne. Il demande alors au propriétaire du site en question de créer un lien hypertexte vers sa propre vitrine Internet dans le but de drainer des visiteurs. L’affiliation peut s’acheter ou bien rester un partenariat « à l’amiable » dans lequel la réciprocité des liens hypertextes fructifie mutuellement l’audience des deux affiliés.

 

C’est dans cette perspective là que nous proposons d’envisager la constitution de réseaux d’entreprises. Nous pensons que les politiques d’affiliations vont constituer le socle d’une mutation organisationnelle qui aura des répercussions directes sur les frontières de l’entreprise. Notre problématique de recherche est de comprendre comment les politiques d’affiliation vont déboucher vers la constitution de véritables communautés d’entreprises, puis, par la suite, d’envisager les répercutions probables sur les différentes fonctions de l’ « organisation informationnelle » identifiées ci-dessus.

Nous devrons notamment questionner notre objet de recherche sur des faits tel que la concentration verticale et la constitution de filières. Il nous faudra également proposer une véritable réflexion sur les conséquences de ces « rapprochements virtuels » en terme de culture d’entreprise, en particulier sur la constitution d’une « méta-culture d’entreprise » qui serait plus que la somme de plusieurs culture déjà existante. A ce sujet, nous ne pourrons faire l’impasse sur les relations entre la mutation de l’identité collective et les réseaux numériques supportant la circulation du symbolique dans la « méta-organisation » en construction.

 

Pour ce faire, nous proposons d’étudier les portails qui servent de vitrines à un réseau d’entreprises désireuses de créer des synergies. Pour mener à bien cette étude, nous tenterons de faire émerger les différentes stratégies d’acteurs (décideurs, responsables de la stratégie d’affiliation, Webmasters des portails, etc.) grâce à une méthodologie qualitative et interdisciplinaire que nous avons validée, au sein du laboratoire CRITIC de l’INT, auprès des opérateurs du secteur des télécommunications. Nous mettrons à profit l’expérience que nous avons acquise dans la compréhension des phénomènes organisationnels et marchands liés aux usages et aux services des Technologies de l’Information et de la Communication pour envisager également l’instrumentalisation du communautarisme électronique lié aux réseaux informatiques fixes ou mobiles. Pour ceci, nous proposerons une approche scientifique transversale, faisant appel en particulier aux Sciences de l’Information et de la Communication, qui seule peut nous permettre de traiter la complexité de notre problématique.