Projet de
recherche rédigé par Olivier GALIBERT
dans le cadre du laboratoire
CRITIC
INSTITUT NATIONAL DES TELECOMMUNICATIONS
Laboratoire CRITIC
L’avènement de l’Internet professionnel et marchand
marque une nouvelle page dans l’insertion sociale des Technologies de
l’Information et de la Communication. La technologie IP, associée à des débits
toujours plus élevés, a permis la démocratisation de l’échange de données
multimédia dans les organisations. La diffusion de ces technologies, sous forme
d’Intranets ou d’Extranets, avec accès au réseau mondial, se répand dans les
grands groupes comme dans les PME-PMI. La convergence des services et des
contenus autours des technologies IP, qu’elles soient fixes ou mobiles, se
généralise. De nouveaux usages professionnels, liés aux possibilités de
réactivité des « organisations informationnelles », sont en cours de
constitution.
Pour
mieux comprendre les mutations en cours et leurs enjeux, nous pouvons
identifier, dans le cadre d’une démarche fonctionnaliste, les informations
échangées via les TIC dans le cadre de l’activité professionnelle :
Tout d’abord la
coordination de l’activité via les services téléphoniques fixe et mobile
(voix). Ensuite vient la veille
économique et stratégique qui se définit par la recherche permanente
d’informations sur l’environnement direct et indirect de l’entreprise dans le
but de maîtriser la complexité de l’univers instable dans lequel les décideurs
naviguent bien souvent à vue. Ce travail de veille est à présent optimisé par
l’utilisation des ressources du World Wide Web , des forums de discussions
spécialisés et autres mailing list. Après la veille, Les TIC deviennent les
instruments de la gestion du symbolique et
de la diffusion de la culture d’entreprise dans le cadre des fonctions de
communication interne et de GRH. Les TIC permettent aussi le renforcement des
liens commerciaux avec le client, ainsi que la recherche de nouveaux prospects.
Enfin, les supports de communication optimisent la gestion des relations avec les différents partenaires de
l’entreprise (fournisseurs, prestataires de services, banques,
environnement socio-politique, etc.)
Nous nous attacherons plus particulièrement ici à la
dernière fonction. Il nous semble en effet que la constitution de réseaux
d’entreprises via Internet redéfinit, de manière radicale, la nature des
relations de l’organisation avec ces partenaires. Nous émettons l’hypothèse ici
que cette fonction de gestion des
relations avec les différents partenaires va se développer grâce au Net et
avoir des répercutions profondes sur toutes les autres fonctions de
l’entreprise.
La
constitution de réseaux d’entreprises se traduit par ce que les spécialistes du
« e-business » appellent une politique d’affiliation. L’affiliation
est, à l’origine, une méthode qui permet d’augmenter l’audience d’un site Web.
Le site qui désire augmenter sa notoriété repère des sites dont la nature de
l’audience est sensiblement la même que la sienne. Il demande alors au
propriétaire du site en question de créer un lien hypertexte vers sa propre
vitrine Internet dans le but de drainer des visiteurs. L’affiliation peut
s’acheter ou bien rester un partenariat « à l’amiable » dans lequel
la réciprocité des liens hypertextes fructifie mutuellement l’audience des deux
affiliés.
C’est dans cette perspective là que nous proposons
d’envisager la constitution de réseaux d’entreprises. Nous pensons que les
politiques d’affiliations vont constituer le socle d’une mutation
organisationnelle qui aura des répercussions directes sur les frontières de
l’entreprise. Notre problématique de
recherche est de comprendre comment les politiques d’affiliation vont déboucher
vers la constitution de véritables communautés d’entreprises, puis, par la
suite, d’envisager les répercutions probables sur les différentes fonctions de
l’ « organisation informationnelle » identifiées ci-dessus.
Nous devrons notamment questionner notre objet de
recherche sur des faits tel que la concentration verticale et la constitution
de filières. Il nous faudra également proposer une véritable réflexion sur les
conséquences de ces « rapprochements virtuels » en terme de culture
d’entreprise, en particulier sur la constitution d’une « méta-culture d’entreprise » qui
serait plus que la somme de plusieurs culture déjà existante. A ce sujet, nous
ne pourrons faire l’impasse sur les relations entre la mutation de l’identité
collective et les réseaux numériques supportant la circulation du symbolique
dans la « méta-organisation »
en construction.
Pour ce faire, nous proposons d’étudier les portails
qui servent de vitrines à un réseau d’entreprises désireuses de créer des
synergies. Pour mener à bien cette étude, nous tenterons de faire émerger les
différentes stratégies d’acteurs (décideurs, responsables de la stratégie
d’affiliation, Webmasters des portails, etc.) grâce à une méthodologie
qualitative et interdisciplinaire que nous avons validée, au sein du
laboratoire CRITIC de l’INT, auprès des opérateurs du secteur des
télécommunications. Nous mettrons à profit l’expérience que nous avons acquise
dans la compréhension des phénomènes organisationnels et marchands liés aux
usages et aux services des Technologies de l’Information et de la Communication
pour envisager également l’instrumentalisation
du communautarisme électronique lié aux réseaux informatiques fixes ou mobiles.
Pour ceci, nous proposerons une approche scientifique transversale, faisant
appel en particulier aux Sciences de l’Information et de la Communication, qui
seule peut nous permettre de traiter la complexité de notre problématique.