1 Les questions techniques sont-elles, selon vous, un véritable frein à la généralisation de la téléphonie IP ?
Je crois que dire que la technique et les débits ne permettent pas de faire de la téléphonie IP est faux. Aujourd'hui, sur Internet, on peut écouter de la musique et regarder de la vidéo dans de bonnes conditions, par exemple. Dans les différents rapports qui ont été publiés, il y a une suite d'a priori techniques qui, à mon avis, masquent l'essentiel, qui est plus d'ordre financier. Il faut en effet savoir que le transport de la voix représente 80 % des revenus pour les opérateurs historiques comme France Télécom et que, par conséquent, ceux-ci n'ont pas envie de perdre cette importante manne financière. C'est un point essentiel du débat. Je remarque aussi que certains opérateurs sont capables de proposer des solutions IP pour les entreprises ou pour des applications très spécifiques, mais que, dès qu'il s'agit de téléphonie IP grand public, ils mettent en avant des problèmes techniques. Cette situation résulte du fait que les opérateurs ne savent pas comment facturer la voix sur IP.
2 La téléphonie sur protocole IP est-elle une menace si forte pour les opérateurs ?
Pour les opérateurs comme France Télécom ou Deutsche Telekom, le passage du réseau commuté traditionnel au réseau IP se fera sans trop de problèmes. Pour les très jeunes opérateurs, ceux qui n'ont pas encore de réseaux, le basculement se fera plus facilement, car ils adopteront directement l'IP. En revanche, pour des opérateurs comme Cegetel, dont le réseau est très récent, le changement technologique sera très difficile à digérer, en termes de coût. A moins, bien sûr, d'avoir des équipements compatibles avec les nouvelles technologies qui permettent d'adapter l'IP sur un réseau classique, mais cela n'est qu'une solution de rechange.
3 Comment se positionne la France sur ce marché de la téléphonie IP ?
Il est souvent dit que la France est en retard ; mais, si vous allez chez Auchan, vous pouvez acheter des cartes de téléphone prépayées qui fonctionnent sur des réseaux IP. On oublie aussi de remarquer qu'une grande majorité des aéroports français utilisent le réseau IP de la société Equant pour leurs communications. Il y a aussi les réseaux virtuels privés des entreprises qui fonctionnent grâce à Internet et ne nécessitent pas la pose de câbles supplémentaires. Siemens propose également à la vente, en France, des téléphones IP qui s'utilisent exactement comme des téléphones traditionnels, à condition, bien sûr, de prendre un opérateur compatible IP. Preuve également du dynamisme de la France, France Télécom va investir en l'an 2000 plus de 300 millions de francs dans la technologie IP adaptée à la téléphonie mobile, car c'est là un enjeu d'importance en attendant l'UMTS [le futur standard des téléphones mobiles, NDLR], qui devrait être entièrement IP.