La fracture numérique, un concept ?

La fracture numérique comporte deux niveaux: le manque d’accès aux TIC et l’insuffisante et inadéquate connaissance en matière de nouvelles technologies. Par ailleurs, elle repose sur des inégalités socio-économiques et/ ou socioculturelles qu’elle entretient ou qu’elle engendre. Ainsi, les TIC seraient à l’origine d’un paradoxe: introduites dans notre société pour créer du lien social, une nouvelle forme de lien social, elles ne contribuent qu’à entretenir la fracture sociale en créant une nouvelle classe de démunis: les “info-pauvres” qui ne grandissent pas en interaction avec les TIC.

D’une fracture en termes d’accès…Le premier niveau de fracture réside dans un accès inégal à l’information, c’est-à-dire dans un accès inégal aux TIC. De nombreuses disparités existent:au niveau international, entre les pays développés et les pays en voie de développement ou plus pauvres, au niveau national ou communautaire dans le cas de l’Union Européenne: il s’agit alors de disparités régionales. Deux raisons permettent d’expliquer ces disparités. Il s’agit de causes socio-économiques et/ ou socioculturelles qui existaient pour certaines avant l’utilisation des TIC: le clivage socio-économique nord/ sud au niveau international, les disparités régionales aux niveaux national voire communautaire (cas de l’Union Européenne).

… A une fracture en termes de connaissances. L’accès aux nouvelles technologies ne suffit pas à un individu pour communiquer et agir au sein de la société de l’information dans la mesure où un certain savoir et savoir-faire est nécessaire pour utiliser correctement et d’une façon optimale ces technologies. Dans ces conditions, l’illettrisme et le manque de formation constituent en termes de connaissance deux déficiences qui entretiennent la fracture numérique.
L’illettrisme. Que ce soit au niveau international, entre les pays pauvres et les pays riches, ou bien au niveau national, entre les populations défavorisées et les populations aisées, les inégalités socio-économiques et socioculturelles permettent, une fois encore, de comprendre les disparités face à l’utilisation des TIC. L’illettrisme constitue un premier frein à l’utilisation d’Internet dans la mesure où cette technologie utilise en grande partie le texte et dans la mesure où une grande partie de ces sites sont en Anglais. Ainsi, la pauvreté et le faible niveau de scolarisation des populations expliquent le phénomène d’illettrisme qui constitue en lui-même une barrière à l’utilisation et à la maîtrise des TIC. Seule une élite restreinte peut donc réellement bénéficier des bienfaits de ces technologies. Cependant, la connaissance nécessaire à la maîtrise et l’utilisation des TIC, ne se limite pas aux capacités intellectuelles de l’individu: un savoir-faire est également requis. Mais, là encore, une insuffisance , cette fois dans la formation, est à déplorer.
Une formation inadéquate et insuffisante. Cela touche particulièrement les pays développés. En effet, des carences existent en matière de présentation, de qualité et de diversification des propositions de formation aux nouvelles technologies et, le nombre de ces offres ne correspond pas à la demande (il n’augmente pas proportionnellement avec le nombre de demandes). Les besoins réels en matière de formation ne sont donc pas satisfaits. Les formations pour adulte et/ ou en entreprise présentent des défauts dans la mesure où elles ne permettent pas aux individus d’acquérir le savoir-faire et l’habileté nécessaires et requis en matière de TIC pour répondre aux besoins du marché du travail. De même, les manifestations les plus évidentes de la fracture numérique se situent au sein même de l’Education traditionnelle entre une école ou un quartier d’école et un autre, en matière d’équipements, de matériels, de connexions, de compétences professionnelles de la part de l’enseignant et d’intégration des TIC dans l’environnement d’apprentissage. Ainsi, tandis que l’Ecole et les autres institutions de l’Education devraient assurer entre les populations défavorisées et les populations plus aisées une égalité en termes d’accès aux TIC, et contribuer à “l’alphabétisation technologique” de toutes les populations scolarisées, il n’en est rien. La fracture numérique est donc avant tout une fracture éducative dont les aspects sont plus sociaux que technologiques.

Ainsi, on peut observer une situation paradoxale. Tandis que la formation professionnelle présente des lacunes qualitatives et quantitatives en matière de nouvelles technologies qui rendent les populations adultes et fragiles face à la fracture numérique, il en est de même pour les populations plus jeunes qui ne peuvent grandir en interaction avec les TIC, et ne peuvent compter sur l’école pour y remédier. Paradoxalement, se dessine alors une sorte de versant négatif de la société de l’information qui semble être voué à l’échec et à la pauvreté dans une société régie par l’information et le savoir auxquels il n’a accès.

Article publié le 15 mai 2002 par Bruno Salgues et Caroline Rizza pour la parution de la nouvelle série de la lettre de Bruno Salgues, lettre numéro 6. Bruno Salgues était président du conseil de surveillance de Comparatel à cette période.

Une réflexion au sujet de « La fracture numérique, un concept ? »

  1. Ping : La lutte contre la fracture numérique en Argentine « Scavenblog, la brêche digitale

Laisser un commentaire