Les évolutions des besoins numériques pour la santé

Pour Élisabeth Hubert, la notion « d’établissement à domicile » qui est celle de l’Hospitalisation à Domicile (HAD) ne concerne pas seulement des infirmières qui passent chez le patient, mais aussi des métiers comme la coordination et l’assistant social. La HAD, c’est 300 établissements en France, 12 000 patients en charge, une durée moyenne de séjour équivalente à 30 jours. Ces solutions ont été permises par un assouplissement de la réglementation, il y a dix ans. Ainsi, il existe un financement par l’assurance maladie sans forfait hospitalier. L’approche est en train d’évoluer avec la mise en œuvre d’une logistique de matériel et de produits à manipuler qui devient complexe, tel est le cas de la chimiothérapie à domicile par exemple.

Les HAD préparent « le coup d’après », concernant les patients dont la santé s’améliore ou qui sont dans une situation plus difficile.

 

Trois contraintes des outils numériques sont mis en avant par Élisabeth Hubert : tout d’abord, disposer d’une information fluide et autant que possible  immédiate, ensuite rendre irréprochable la traçabilité des actes, enfin, mettre en place une coordination efficace des acteurs. Elle met en avant quelques limites actuelles telles que la complexité de l’interopérabilité des SI (Systèmes d’information), ceux conçus pour le monde hospitalierne communique pas avec ceux du  monde libéral. Elle souligne enfin que tous les départements ont accès à la HAD, ce qui est un succès.

 

Docteur Blanchard, réseau en Normandie et en Languedoc-Roussillon, exemple de l’utilisation dans le suivi de plaies aidé par la télémédecine. Les deux difficultés principales du projet ont été la présence obligatoire des médecins en France et la nécessité d’utiliser les réseaux en mobilité. La solution utilise une tablette connectée en 3G. L’outil a été mis  en place récemment depuis septembre 2013, il s’articule autour d’un couple médecin/infirmière. Cette solution fait apparaître de nouveaux métiers, celui de la coordination et celui de l’infirmier expert. Pour le Docteur Blanchard, il faut aussi des formations, il prône une évolution de la formation initiale. Il rappelle que la meilleure formation qui soit est la téléconsultation !

 

Norbert Paquel souligne deux points : la multitude d’intervenants dans les actes de santé et la faible communication entre les fabricants de logiciels, puis entre ceux-ci et les clients. C’est pour cette raison qu’il faut que le marché de la santé accepte la notion de norme. Actuellement, il n’y a pas de commission  de normalisation de la santé, ce qui est regrettable.

 

Pour Jacques Cinqualbre, « la télémédecine, cela fait bouger les lignes ». C’est à la fois rapprocher les métiers de santé et permettre d’éviter un déplacement sur deux. Pour les 800 patients greffés à Strasbourg, cela correspond à plus de 720 000 km d’économie de transport, soit le trajet terre-lune.

 

Selon Élisabeth Hubert, l’organisation de l’offre de soin ne pourra plus être la même que dans le passé. Le problème est que les établissements de santé de demain ne seront plus ceux d’aujourd’hui. Pour elle, les établissements hospitaliers seront spécialisés sur les soins à haute valeur ajoutée. Ainsi, faudra-t-il les imaginer avec un « schéma technique » qui est très différent de celui d’aujourd’hui. À cela s’ajouteront d’une part une exigence de sécurité et de qualité, et par ailleurs la réalité qui fait que le domicile devient un lieu de soin. Puis, la profession devra adapter les outils techniques avec une offre de soins, ce qui n’est pas encore le cas. « On a tous les outils techniques, ils existent, mais il y a encore des trous », affirme-t-elle. « On a voulu construire une cathédrale avec un DMP (Dossier Médical Personnel), les GCS (Groupement de Coopération Sanitaire) en région ont aussi construit des cathédrales », c’est là que se situerait l’erreur selon Élisabeth Hubert.

 

Source : Ruralitic 2013, Université d’été des territoires numériques qui s’est déroulée au Centre de Congrès d’Aurillac (Cantal),  les 11 et 12 septembre 2013, http://www.ruralitic.org

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