Quels débats pour les nanosciences ?

Etienne Klein veut s’intéresser aux risques des nanoparticules tout en limitant les effets. A la question : « Sont-elles dangereuses ? », la réponse est alors évasive car la toxicologie est plus complexe, car ce n’est pas la dose qui fait effet mais la forme, car le rapport entre la surface et le volume est différent d’avec les autres molécules classiques. Il propose alors de poser la question autrement : « quel est le genre de société que nous voulons construire et comment construire cette société ? ». Les scientifiques semblent d’ailleurs botter en touche en affirmant tout de go que « les nanotechnologies n’ajoutent pas de nouveaux problèmes mais exacerbent les risques existants ». Jean Claude Ameisen fait le parallèle avec les produits qui nuisent au cerveau. Il cite l’exemple de la ritaline, anti-dépresseur qui rend aussi des services. Prendre cette posture, cela évite de se poser la question des priorités qui est le plus souvent de l’ordre du politique.

Pour Corine Pelluchon, pour bien raisonner autour de ces nanotechnologies, il faut avoir une réflexion critique sur les pratiques qui doivent aboutir à des repères pour bien se conduire. Cette question est double : il s’agit d’une réflexion sur les fins et les choix. Traduit en termes de nanotechnologies, il s’agit d’une double réflexion sur les applications et sur l’échelle. Il faut éviter les travers de cette approche pour ne pas fonder une éthique sur des réflexions religieuses ; il est possible selon elle, de voir l’impact des ces technologies sur le social. Il s’agira alors d’une réflexion sur les pratiques dans la société. Ces pratiques sont nécessaires à la résolution de problèmes de justice, d’égalité, de famille (et d’autres valeurs, …).

Les professionnels de santé utilisateurs de nanotechnologies rappellent que les nanosciences médicales n’ont pas changé la vision que l’on a du vivant. Dans ce domaine, le choix de nanoparticules comme vecteur se situe dans la volonté d’améliorer la relation entre le malade et le médicament. Ce changement de ce point de vue risque selon moi d’oublier des pans complets de risque.

Philippe Houdy pose la question différemment : « Qu’est-ce qui est dangereux ? ». Il utilise un exemple pour cela. Imaginons un volcan qui explose, des milliers de molécules sont émises, et parmi celles-ci des nanomolécules. Celles-ci existent depuis très longtemps de manière naturelle et industrielle. Ces émissions ne sont pas intentionnelles mais réelles.

Depuis peu, les scientifiques en fabriquent des intentionnelles. Elles se retrouvent dans des objets par insertion dans eux-mêmes : la silice dans le pneu, l’amiante dans les bétons. Mais, la première réflexion sur l’amiante date de 1898, alors que les mesures de protection sont récentes et donc posent le problème de savoir comment ne pas recommencer cela. Philippe Houdy fait remarquer que les risques les plus graves sont dans  les usines qui fabriquent ces produits. Il propose de généraliser cette approche aux nanotechnologies.

Jean Claude Ameisen désire poser le problème dans des termes plus économiques. « Comment avoir le maximum de bénéfices et le minimum de risques ? ». C’est pour cela que ce scientifique estime que les interfaces avec les machines centres sur les cerveaux doivent être réfléchies. Avec les nanotechnologies, nous disposons de la possibilité de manipuler le cerveau. Il s’agit de fait concret. Dans les laboratoires, il est possible actuellement de  « construire » des « rats robots » que l’on oriente au grès du chercheur…

Source : Les rendez vous de l’éthique à Evry, Mardi 7 avril 2009 à 20h30, Mairie d’Evry, Evry, 91, France

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