Comment rater une conférence, un exemple….

Récit d’une observation aux entretiens du nouveau monde industriel, 3 et 4 octobre 2008, Centre Pompidou, Paris

 

Après un épisode hyper-sécuritaire, il fallait montrer son mail d’invitation et une pièce d’identité, comme si les acteurs de l’économie numérique étaient des terroristes. L’entrée dans un centre se fait vers 9H45 et ceci malgré le fait que le programme annonçait « Vendredi 3 octobre, 9h-9h30 : Accueil café ». Le début de la conférence a eu lieu après 10h, ce retard était, officiellement, dû à une panne d’électricité, pour laquelle la direction du lieu, le président en tête, se confondait en excuses. Salle de spectacle, le lieu de la conférence ne disposait pas des moyens que l’on attend dans des conférences où l’on accueille des spécialistes des technologies de l’information et de la communication (Wifi par exemple, …)

 

La matinée a été principalement constituée dans des banalités ou des questions à réfléchir, à l’exception de la communication éclairante sur les migrants de Dana Diminescu, mais qui me semblait elle-même hors sujet. Naturellement, l’assistance n’était pas autorisée à poser des questions lors de la première phase.

 

Bernard Stiegler (Directeur, IRI/Centre Pompidou) devait traiter de l’économie du désir à l’époque des technologies de transindividuation, mais il a parlé d’autre chose, une vision simplifiée des réseaux sociaux. Il devrait être le créateur du programme car la première session était annoncée de cette façon : « On sait depuis la théorie psychanalytique que le désir est intrinsèquement et originellement inscrit dans un nœud de relations sociales. On sait aussi qu’au cours des dernières décennies les réseaux sociaux traditionnels ont été largement bousculés, « déterritorialisés » comme le disaient Gilles Deleuze et Félix Guattari, voire purement court-circuités, par les réseaux technologiques apparus dans le monde industriel. Or, avec la numérisation, il semble que de nouvelles formes de réseaux technologiques, dits eux-mêmes « sociaux », ouvrent à nouveaux frais la question de l’investissement du désir, de la relation sociale et de l’attention au sens large. En même temps, ils rendent possibles des formes pathologiques de tels investissements, par exemple de nature addictive, ou transforment radicalement les conditions de l’attention, par exemple comme ce que Katherine Hayles nomme « l’hyper attention ».

 

Il n ‘y a pas eu de pause entre les deux sessions, donc pas moyen de prendre le café et la moitié de la salle était endormie… Dommage !

 

La deuxième session se nommait « anthropologie des réseaux sociaux ». L’idée annoncée dans le programme était alléchante. Point de départ, « les réseaux sociaux dans le monde Internet reposent sur la formalisation plus ou moins poussée et explicite des relations sociales par les technologies numériques ». Ce débat devait traiter des modes de participation et de l’engagement. Du moins, c’est ce que je  comprenais…« Les protocoles de participation conduisent en particulier les membres de ces réseaux à s’auto-décrire, à s’auto-indexer, et à produire des schèmes de relations sociales sous forme de métadonnées générées par eux-mêmes – consciemment ou inconsciemment. Le réseau est dit social d’abord pour cette raison ». Ce thème annoncé dans la deuxième partie avait été évacué de manière simpliste par Bernard Stiegler dans la première partie.

 

Enfin, le programme continuait sur l’idée d’automatisation des relations, fondée sur une opération d’explicitation de ces relations. Elle aurait eu « pour conséquence de les transformer en profondeur – au point que l’on peut se demander dans quelle mesure une nouvelle forme de « conscience de réseau », c’est-à-dire d’appartenance, est susceptible d’y apparaître comme nouvelle forme de conscience critique, et comment tout au contraire une dissolution de la relation proprement sociale peut tout aussi bien en résulter ». Ce thème me semblait important pour le sujet, je me suis résigné à poser comme question : la sujet n’a pas été traité…

 

L’après-midi consacré à des aspects économiques et techniques a été d’une excellente qualité. Sauf peut-être sur un point, le respect de la thématique annoncée.

 

Le programme de la session 3, intitulée « Economie et réseaux sociaux », annonçait : « Les réseaux sociaux numériques se développent dans un contexte où le modèle classique de l’économie industrielle reposant sur une organisation « top down » est diversement mis en question tandis que se développe un marketing participatif aussi tâtonnant que vibrionnant – le tout sur un fond de crise financière mondiale d’une ampleur telle que certains économistes, comme André Orléan, explorent désormais l’hypothèse d’un commerce (c’est-à-dire d’une organisation des échanges) qui ne serait plus fondé sur les relations uniquement déterminées par les marchés. C’est aussi dans ce contexte que l’on examine désormais la nécessité de définir de nouveaux types d’indicateurs économiques qualitatifs et relationnels ». Cette question des indicateurs économiques reste cruciale au moment où un opérateur de télécommunications se vend encore en valorisant le nombre d’abonnés et, pour un acteur du web, le nombre d’inscrits à son service.

 

Le programme poursuivait par une évocation de la problématique des marques dont le conglomérat « google » est l’emblème. « Enfin, s’il est vrai que le « branding » aura dominé les dernières décennies en organisant ou en surdéterminant les relations sociales, on peut se demander si les réseaux sociaux n’ouvrent pas la possibilité de dépasser le modèle économique fondé sur la marque et si les technologies du social ne deviennent pas le savoir économique, managérial et politique stratégique ». Si la question du passage d’une société du commerce à une société du savoir avait été traitée, même avec une vision très partielle, cela aurait été intéressant, mais ce ne fut pas le cas…. Michel Gensollen (Chercheur associé au département Sciences Economiques et Sociales de Telecom ParisTech) s’est attaché à démontrer (peut-être même à démonter) les difficultés des économistes à travailler sur les communautés médiatisées. Bernard Benhamou (Délégué aux Usages de l’Internet auprès de la Ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche) s’est cantonné aux réseaux d’objet (Internet des choses) et d’en montrer les limites…

 

 

Source : Les Entretiens du nouveau monde industriel, 3 et 4 octobre 2008, Centre Pompidou, Paris, co-organisé par l’Institut de recherche et d’innovation (IRI)/Centre Pompidou, le pôle de compétitivité Cap Digital et l’ENSCI-Les Ateliers (Ecole nationale supérieure de création industrielle.

 

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