Comment devient-on un grand homme ?

 

 

Dans son ouvrage, le XXe siècle expliqué à mon petit-fils, Marc Ferro traite de l’exemple de Gandhi, Martin Luther King et Nelson  Mendela. Pour ces hommes, le caractère fondamental est de manifester une exigence de justice dans un monde inégalitaire.

 

Il convient de mettre en place un mode non violent de résistance à l’oppression. Gandhi la baptise « Satyagrapha » ou étreinte de vérité.

 

Le mode est simple, il s’agit d’avoir une action non violente fondée sur trois approches :

 

La non-coopération avec les autorités en place est le fondement de toute action. Cette attitude crée nécessairement des tensions fortes et souvent la création de groupes opposants comme le Ku Klux Klan aux Etats-Unis, ce sont des outils de résistance pour le maintien de la situation.

 

La désobéissance civile passe souvent par la  clandestinité comme cela fut le cas pour Nelson Mandela. Cette forme de désobéissance n’est possible qu’avec un niveau de formation élevée. Ce dernier passera son temps en prison à étudier le droit ce qui lui sera utile par la suite pour imposer ses idées au président libéral blanc De Klerk.

 

Les marches et actions de communication pacifique sont nécessaires, pour s’affirmer. Martin Luther King construit le terme « d’affirmative action » pour lutter contre les ségrégations de tous types.

 

La paix fin des inégalités est alors un accord. Les spécialistes parlent, un peu avant,  de geste de paix. Le philosophe Giorgo Agambem fait remarquer à juste titre, que ce geste de paix, cet accord est du même type que celui qui atteste de la vente sur un marché entre un paysan et son acheteur. Si le titre de paix désigne le plus souvent un pacte, une convention, la connaissance du latin ou du grec impose de discerner des différences. Le latin a deux mots, la « pax » parle de la convention, l’accord, l’état des choses après celle-ci est « l’otium » qui est donc le vide ou l’absence de finalité.

 

Giorgo Agambem souligne alors ce fait. Il affirme dans son ouvrage « idée de la prose » que «toute lutte entre les hommes est une lutte pour la reconnaissance, et la paix qui succède à cette lutte n’est rien d’autre qu’une convention qui institue les signes, les conditions de cette mutuelle et précaire reconnaissance ».  Il fait preuve d’un pessimisme latent très fort qui contraste avec l’optimisme de Gandhi, Nelson Mendela ou  Martin Luther King. Dans le même chapitre, il écrit : « une telle paix et toujours et seulement paix des nations et du droit, semblant de reconnaissance d’une identité dans le langage qui provient de la guerre et finira dans la guerre », même s’il s’agit d’une guerre froide comme l’affirme Mac Ferro.

 

Sources :

 

Aganbem Giorgo, Idées de la prose, Chistian Bourgois éditeur, Paris, 1998, ISBN 2  267 0186 3

 

Ferro Marc, le XXe siècle expliqué à mon petit-fils, Seuil, Paris, 2007, ISBN 978 2 02 040 392.4

 

Rencontre avec Nelson Mendela à Genève dans le cadre de World Telecom en novembre 1995.

 

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