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Interpositions. Montage d’images et production de sens

Analyse du livre de :

Andreas Beyer, Angela Mengoni, Antonia von Schoning, dirs,

Interpositions. Montage d’images et production de sens, Paris, Éd. de la maison des sciences de l’homme, coll. Passages/Passagen, 2015, 208 pages

Issu d’un colloque intitulé Interpositions et conséquences des images qui a eu lieu à Paris à l’Institut national d’histoire de l’art en 2013, l’ouvrage se caractérise par deux critères d’excellence. D’une part, il est international, certes d’essence franco-allemande, mais les textes sont excellemment traduits, ce qui le rend très compréhensible. D’autre part, chacun de ses articles est construit sur le même modèle, soit un exemple et un apport théorique, ce qui fait du livre une base pour la conception de cours à destination d’étudiants en master ou doctorat.

La longue introduction d’Andreas Beyer (pp. 9-15) témoigne de l’ambition : « promouvoir les sciences traitant des particularités, des fonctions, de la puissance, du pouvoir et de l’impact des images » (p. 9). Aussi résume-t-elle l’ouvrage écrit dans le cadre du projet Eikones en une phrase : « Si elle veut faire face aux difficultés auxquelles elle est confrontée, la société de l’image est de plus en plus dépendante d’une critique de l’image (Bildkritik) » (p. 11).

Proposée par Martin Muller, la première contribution (pp. 19-35) a pour modèle l’encyclopédie et se caractérise par le montage, la construction d’un ordre spécifique ainsi que le renvoi. L’encyclopédie renvoie à la notion de montage : « On peut considérer comme un montage d’image le procédé spécifique de production de sens qui distingue l’Encyclopédie dans son dispositif formel et détermine fondamentalement l’ordre de ses planches et des éléments visuels qui les composent » (p. 19) ; « Le terme de montage renvoie en premier lieu à son origine qui le rattache au langage de la technique de fabrication industrielle » (p. 20, 21). Dans sa fabrication, l’encyclopédie décrit la division des tâches que l’on retrouve dans la fabrication industrielle. Les planches sont divisées en parties pour expliquer les modes de fabrication. Outre ce montage, l’encyclopédie a une autre caractéristique : l’apparition d’un document dans lequel le rangement n’est pas l’ordre alphabétique. L’encyclopédie se veut « la figuration du système des connaissances humaines sous la forme d’une arborescence à partir de trois types de connaissances propres à l’entendement humain, la Mémoire, La Raison et l’Imagination » (p. 24, 25). Cet ordre se ramifie dans les domaines d’application de l’histoire, de la philosophie et même de la poésie, chacun de se subdivisant en sous-domaines. Enfin, le mot voyez est utilisé comme outils de construction. Ainsi les renvois « ont[-ils] pour fonction de compenser dans les volumes de textes de l’Encyclopédie, l’antinomie de ces deux principes d’ordre » (p. 25), en l’occurrence la subdivision des connaissances et l’ordre alphabétique. La conclusion se situe dans le constat que « les planches encyclopédiques touchent aux limites de la représentation visuelle, ou plus précisément figurative, des connaissances et du savoir » (p. 30), ce qui peut conduire à des constellations sémantiques particulières (pp. 19-35).

Antonia Von Schöningest consacre la deuxième contribution (pp. 37-53) à l’œuvre de Johann Jakob Scheuchzer, médecin, savant et naturaliste suisse qui a réalisé des volumes sur l’histoire de la terre. Ici, le concept fondamental est celui de l’histoire naturelle qui aurait été forgé par Pline l’Ancien : « L’historicité et l’évolution historique ne sont pas encore une problématique de cette histoire naturelle, où il s’agit plutôt de dépeindre les qualités et l’apparence des choses, afin de les identifier et les classer selon un ordre naturel absolu et rationnel » (p. 38). L’étude du texte de Johann Jakob Scheuchzer est également consacrée à une classification. L’auteur met en avant le fait que « la description des objets se fait la plupart du temps en latin, mais on trouve aussi des noms allemands, français et même arabes » (p. 39). Le travail de Johann Jakob Scheutzer portait sur la définition et l’interprétation des fossiles à une période où la croyance dans le déluge ou la grande catastrophe était déterminante : « D’un côté de nombreux auteurs tenaient les fossiles pour des jeux de la nature, ludi naturae […]. Les uns attribuaient à la nature une vis plastica, un pouvoir de création qui lui permettait de générer toutes formes minérales possibles. Les autres expliquaient les fossiles en s’imaginant, disséminées dans la terre des graines qui produisaient des formes ressemblant à celle que l’on trouvait à la surface du globe. […] De l’autre côté, on émettait au sujet des fossiles, l’hypothèse qu’il s’agissait des restes d’une vie passée. Cette interprétation faisait à son tour surgir de nouvelles questions sur l’âge des objets trouvés et les raisons de leurs fossilisations » (p. 41). Cette contribution révèle que l’ensemble du texte met en relation les fossiles avec des figures allégoriques que sont les personnifications de la Constance (Constantia), de la Pitié ou de la Crainte de Dieu (Timor Dei) (pp. 37-53).

Le chapitre d’Anke Te Heesen (pp. 55-68) s’attache au thème du rangement de la connaissance dans des meubles ; et ce dans la lignée du naturaliste Georg Foster : « Ouvrir et fermer, déplacer et multiplier, condenser et relier sont les concepts clés de l’histoire à la fois interne et externe du meuble armoire » (p. 66). L’auteur part du principe que la difficulté de l’histoire naturelle est la multiplicité des objets que l’on a commencé à ranger dans des bahuts, des châsses-reliquaires, puis dans les armoires qui sont devenues des moyens pour présenter les objets sous forme de collection. Cette fonction de l’armoire qui est celle de la présentation et de la collection est déterminante dans la naissance de l’institution qui se développerait au cours du xviiie siècle et qui se nomme musée. Les armoires deviennent donc de véritables dispositifs de stockage et de classification, dans le sens où un ordre de juxtaposition et de rangement existe et correspond à une science (pp. 55-68).

La galerie électorale de Düsseldorf est le thème traité par David Ganz (pp. 71-86). De fait, cette galerie est une reproduction sous forme de gravure des tableaux du prince électeur du Palatinat. Elle a été publiée en 1778 à Bâle. L’auteur qualifie la reproduction de remontage ou de montage au second degré : « Elles transcrivent le montage de premier degré dans un espace virtuel fictif et procèdent du coup à un remontage de ce qui a été monté, à un réarrangement sous certaines conditions médiales spécifiques » (p. 72). La relation entre la collection réelle et cette même collection présentée sous la forme de gravure est, par le fait, une forme de traduction : « L’ordonnance temporaire de l’accroche s’inscrit dans la durée, un effet qui est assurément voulu, mais qui soulève aussitôt le lien entre musée réel et musée de papier ». De plus, ce catalogue introduit la distinction dans son écriture entre l’estampe qui est reproduction sous forme de gravure d’un tableau et les gravures qui restituent l’accrochage des différents tableaux sur un mur. Dans ce dernier cas, David Ganz note l’importance des cadres. Derniers éléments, cette œuvre apparaît à un tournant historique dans les collections d’arts, celui où les collections des princes et des riches marchands évoluent vers le musée dans une perspective d’histoire de l’art (pp. 71-86).

Le Musée imaginaire d’André Malraux (1947) est la référence étudiée par Georges Didi-Huberman (pp[RH1] . 89-109 ). Ce dernier qualifie le travail réalisé par André Malraux de remontée dans le temps : « C’est en remontant l’art qu’il en invente l’histoire » (p. 89). Le Musée imaginaire est une entreprise éditoriale dont André Malraux fut le maître d’ouvrage et le metteur en scène. C’est cette dernière fonction qui intéresse le plus Georges Didi-Huberman. La première remarque est l’introduction implicite d’objet dans ces ouvrages : « Des objets absents du Louvre peuvent donc réintégrer le Musée Imaginaire, vitraux, tapis ou fresque par exemple. Des outils cachés à notre regard révèlent désormais leurs qualités d’œuvres d’art : sceaux, intailles, monnaies. Sans compter l’immense production non occidentale que Malraux s’enorgueillit, bien exagérément, il va sans dire, d’avoir restituée au monde de l’art universel. La grande fécondité du Musée imaginaire par rapport au musée traditionnel tient donc dans sa capacité pratique, technique de faire rencontrer enfin des objets éloignés dans l’espace ou dans le temps » (p. 91).

La technique utilisée est celle de la photographie, laquelle, par sa nature de document, de prélèvement ou d’enregistrement devient un outil de révélation, de persuasion et de certitude. Georges Didi-Huberman note l’honnêteté d’André Malraux. Elle « consiste, ici, à revendiquer clairement l’ensemble de ses opérations et, même, à en tenter une justification théorique » (p. 97). En ce qui concerne le cadrage, André Malraux utilise volontiers « le gros plan qui à la fois nous rapproche de l’objet et nous permet de le rapprocher de l’autre » (p. 97). Ceci permet par exemple à André Malraux de rapprocher une statue de l’art gothique de Reims à l’art bouddhique du Gandhara, ou encore de mettre en parallèle une tête sculptée de Pablo Picasso et une statut de fécondité de l’époque sumérienne. La question posée par l’ouvrage d’André Malraux est celle de la remise en cause de l’institution muséale, quelle qu’elle soit. Georges Didi-Huberman aboutit à une conclusion différente : « Cela ne veut pas dire qu’il faille déserter nos musées, renoncer à nos livres d’art ou cesser d’admirer la sculpture africaine à l’aube de nos préoccupations les plus actuelles. Cela veut dire qu’il faut réintroduire la division dans nos émotions esthétiques elles-mêmes : division anthropologique et division historique (c’est-à-dire, en dernière analyse, politique) » (p. 100). Ainsi, chez André Malraux, l’art  est-il pensé comme une resacralisation et une purification de la vie historique (pp. 89-109).

Luis Pérez-Oramas traite des Parangole Botticelli (pp. 111-129). Ce sont des formes carnavalesques utilisées en Amérique latine et trouvant leur inspiration dans l’œuvre de Sandro Botticelli. Luiz Pérez-Oramas cherche à savoir s’il faut voir des œuvres « comme une contaminatio de ce qui est proche ? Avec une configuration spatiale donnée a priori, où les œuvres deviennent inévitablement l’objet d’une dispositio, d’une mise en espace muséale » (p. 111). Il utilise d’abord la notion d’objet théorique empruntée à Louis Marin[RH2]  (Opacité de la peinture. Essais sur la représentation en Quattrocento (Éditions de l’EHESS, nouvelle édition, 2006) Ainsi celle-ci « prend[-elle] une dimension (peut-être) nouvelle, dans la mesure où elle répond à la logique d’une pensée prudentielle : opératrice de connaissance et savoir médiateur entre la vocation universelle de la théorie, face à laquelle la nature accidentelle et empirique des objets oppose sa résistance, et l’habitus, la connaissance habituelle, la coutume ou la simple pratique des objets, qui n’est jamais simple, incapable de rendre compte de leur transformation en objet actif, de leur activation au cœur d’une expérience qui est toujours anachronique » (p. 113). Hélio Oiticica est l’un des principaux concepteurs de parangole. Il appartient au mouvement du néo-concrétisme. Dans le manifeste de ce mouvement (1959), il est possible de lire que ces artistes ne conçoivent pas une œuvre d’art comme une machine, pas non plus comme un objet, mais comme un quasi-corpus. Luis Pérez-Oramas s’intéresse donc à la relocalisation d’une œuvre d’art qui se caractérise par une « altération, déformation, transfiguration » (p. 125) associée à une « survie d’une ancienne logique rhétorique qui se trouve au fondement d’une théorie humaniste de l’art » (ibid.). Le décalage historique reste présent : « Les images de Botticelli parlent d’une antiquité au-delà de l’Antiquité de même que le parangole parle d’un art au-delà de la modernité dans lequel il trouva sa première source » (p. 123). Le parangole correspond également à une action : « Le mot parangole veut dire dans l’argot carnavalesque de Rio de Janeiro une soudaine confusion, une agitation entre les personnes » (p. 125). Cet art du parangole à la fois issu de l’antiquité se veut une forme dans laquelle on lie l’aspiration à la modernité à la forme du moderne (pp. 111-129).

Angela Mengoni (pp. 131-149) s’intéresse à l’Atlas de Gerhard Richter qui est une œuvre d’art composée de grands tableaux sur lesquels sont accolées les images. Dd’abord, elle remarque que l’utilisation de planches normalisées de 51,7 cm sur 66,7 cm crée « les conditions de possibilité de stockage » (p. 132). Comme les premières planches sont formées avec des photographies tirées des albums de famille, Angela Menagoni distingue cette partie de l’œuvre qu’elle qualifie de « sorte de bagage mémoriel qui aurait accompagné Richter dans son voyage pour ensuite se déployer sur les panneaux mobiles » (pp. 132-133). Cet atlas avait pour vocation d’être exposé ; la première exposition a eu lieu à Utrecht en 1972, date à laquelle l’œuvre quitte le qualificatif de materalien (matériaux) pour se nommer Atlas. À ce moment, « l’indifférence à l’égard de tout critère de hiérarchisation interne et de sélection des sujets ferait de l’Atlas une archive anomique, une archive sans nomos, sans loi ni principe organisateur » (p. 135). De fait, Angela Mengoni remarque qu’il y a un ordre archival lié à « la prolifération visuelle en elle-même ou bien dans la sérialité de la grille comme autant de corrélats symboliques d’une anesthésie mémorielle » (p. 117). Nous sommes en face d’une polarité entre deux tensions. La simple juxtaposition d’images dans une accumulation proliférante empêche toute sélection d’opérer et produit un effet amnésique, la possibilité de mise en relation, d’une corrélation entre les images agit sur la conscience du spectateur chez lequel il crée une élaboration. Le mélange d’image familiale et d’image prise à l’extérieur, de publicité, crée un sentiment particulier que relève Angela Mengoni : « Cela implique l’expérience, pour la génération de Richter, de la permanence non reconnue, mais effective de la violence historique au cœur du confort du Heimat » (p. 140). Angel Mengoni se réfère à Paul Ricœur et remarque que « seule la mise à distance de ce passé inassimilé, c’est-à-dire sa progressive élaboration, permet de libérer le présent vers la tension au futur qui lui est propre. Au contraire, un passé qui n’a jamais eu lieu n’a pas libéré le champ du présent, il y reste incrusté » (pp. 144-145). Avec l’œuvre de Gerhard Richter, le spectateur se retrouve en face d’un rapport de postérité, de dépendance, donc de solidarité vis-à-vis de ses propres vécus, avec la dépendance de sa propre vie. Ainsi cet atlas est-il un révélateur pour celui qui le regarde : « Tel un sismographe de la mémoire, l’Atlas détecte par endroits cette mémoire inaccomplie de ce passé dénié qui persiste et insiste dans le présent ». Ces visuels entreposés sur ces planches sortent de leur état pour agir comme un dispositif qui ne serait rien d’autre qu’un devenir-voir ou un devenir-savoir, donc avec un effet similaire au travail de révélation de la psychanalyse (pp. 131-149).

Antonio Somaini étudie le cinéma de Sergueï M. Eisenstein (pp. 153-176). Ce cinéaste russe de la période soviétique né le 10 janvier 1891 à Riga et décédé le 11 février 1948 à Moscou est souvent considéré avec David W. Griffith et Abel Gance comme l’un des « pères du montage ». En outre, c’est un théoricien du montage car il s’est penché sur son cas toute sa vie. Selon lui, un montage n’était pas destiné à une opération spécifique au cinéma, mais pouvait être présent dans d’autres œuvres. C’était « une façon de produire du sens à travers la composition d’éléments hétérogènes qui pouvait trouver des applications bien au-delà du cinéma » (p. 154). Sergueï M. Eisenstein considérait que « la théorie du cinéma avait toujours été inséparable d’une réflexion sur son histoire, et comment cette double visée avait, à son tour, toujours été en étroite corrélation avec sa pratique cinématographique » (p. 155). C’est le point de départ de la réflexion d’Antonio Somaini. Un des éléments de cette réflexion concerne le « carré dynamique », idée que Sergueï M. Eisenstein avait mise en avant pour refuser les formats au cinéma et disposer d’une forme variable. Il souhaitait « une forme variable et dynamique, en mesure de s’adapter à toutes les exigences possibles de la composition du cadre » (p. 157). L’histoire n’a pas été le cadre de cette émergence. Le second point de réflexion est celui de la couleur, laquelle, selon lui, ne doit être utilisée que de façon mimétique et naturaliste. Pour Sergueï M. Eisenstein, le montage était une forme heuristique, herméneutique et descriptive capable de se proposer comme forme de pensée et de connaissance. Pour le cinéaste, le montage n’est pas une disposition linéaire d’images orientées vers une continuité narrative, mais c’est « l’exploration de la force productive du conflit, du choc, de la collision entre éléments hétérogènes », (p. 159). Ce serait le principe dramatique, et la création d’une activité comparative chez le spectateur (pp. 153-176).

Ute Holl consacre sa réflexion à l’œuvre cinématographique de Friedrich Wilhem Murnau (pp. 167-188). Friedrich Wilhelm Plumpe est le nom d’artiste d’un réalisateur allemand né le 28 décembre 1888 à Bielefeld (Allemagne) et mort accidentellement le 11 mars 1931 à Santa Barbara (Californie). Ce réalisateur est considéré comme l’un des maîtres du cinéma expressionniste allemand. Ute Holl s’intéresse elle aussi au cadre : « Les limites de l’écran ne sont pas comme le vocabulaire technique le laisserait parfois entendre, le cadre de l’image, mais un cache qui en peut que démasquer une partie de la réalité » (p. 175). Elle évoque le rôle de l’expressionnisme en étudiant des images où les hommes sont cachés par des nuages : « Le nuage fait apparaître une contradiction fondamentale dans la technique culturelle de représentation en mettant à l’œuvre une spatialité humaine affectée par la transcendance » (p. 180). Ainsi, dans la représentation que le spectateur se fait, le nuage introduit-il subtilement une contradiction qui suggère une déchirure. Une autre vision possible est celle de pouvoir recouvrir de façon à rendre des éléments invisibles. Ce type de montage suggère un travail de rêve pour éliminer l’histoire et la politique (pp. 167-188).

Peter Tscherkassky est l’objet de l’étude de Christina Blümlinger (pp. 189-203). Peter Tscherkassky est un cinéaste autrichien né le 3 octobre 1958 à Vienne, considéré comme un parfait représentant de l’avant-garde dans les années 70. Il utilise des effets liés à la découpe de film et la pose d’élément sur l’image. Christina Blümlinger parle de sérialité : « La multiplication verticale des plans crée une mise en boucle de certains mouvements et une répétition des gestes » (p. 194). Cette sérialité serait intensifiée par l’utilisation de moyens techniques pour faire en sorte que le son ne soit pas synchrone avec l’image. Christina Blümlinger évoque l’idée de tradition bruitiste, de musique concrète ou de son acousmatique. Ces répétitions de geste et ces usages du son conduiraient à un cinéma dont les effets ne seraient pas intentionnels, mais créeraient en revanche une énergie invisible. Cette partie est plus courte que les autres, peut-être à cause de la contemporanéité de ce cinéaste (pp. 189-203).

D’excellente qualité, cet ouvrage présente un seul défaut, celui de supposer que le lecteur connaît les artistes étudiés. Sur le plan formel, il ne possède pas de conclusion. Il se situe dans une approche selon trois axes d’opposition. C’est d’abord celui de l’érudit contre l’ignorant ; il impose donc de connaître ou de s’intéresser aux artistes étudiés. Ensuite, il s’agit de l’opposition entre l’organisé et le désordonné puis de celle de l’ordre contre le chaos ; ces deux derniers axes servent de fondement aux réflexions sur le cadre, le montage, les formats et les représentations.

Bruno Salgues

 

Ce texte est publié dans « Questions de Communication », numéro 28

Andreas BEYER, Angela MENGONI, Antonia von SCHONING

Ma fiche de lecture dans question de communication

Questions de communication, 28

Éditions universitaires de Lorraine, 2015, 402 pages

(20 euros)

 

Commander :

http://www.lcdpu.fr/livre/?GCOI=27000100023970


Disponible sur Cairn.info :

http://www.cairn.info/revue-questions-de-communication.htm

 Pour lire la fiche ici : cliquez : qdc28-nl35-salgues

 


Comment faire pour retrouver la démocratie

Organiser de vrais débats

 

Pour éviter les peurs, ces outils doivent permettre d’organiser des débats où la transparence est la règle, où chacun prend une position, où l’on ne peut reprocher à quiconque d’avoir cette idée. Mais pour débattre utilement, il faut associer à ces outils de la communication et de la connaissance, d’où la nécessité de disposer d’apprentissages sur les éléments du débat. Comment débattre décemment sur le thème du gaz de schistes ou sur le repos hebdomadaire si un certain nombre d’informations ne sont pas connues ?

 

À cette nécessité du débat, il faut rajouter la revendication centrale de publicité et de transparence du pouvoir. Cette transparence du pouvoir pendant le temps de gouvernance n’est pas antinomique avec le respect de la vie privée. Ce point est assez délicat. La transparence touche les actes de gouvernance, le respect de la vie privée des hommes et des femmes.

 

De plus en plus, il apparaît nécessaire de dissocier la notion de système démocratique de celle d’État. Ce sont tout d’abord des revendications locales (catalans, basques, bretons, écossais …) ; ou bien les revendications sont liées à des re-découpage comme celui de l’ex-Yougoslavie. Mais c’est aussi une acceptation de la multiculturalité nécessaire, donc la protection des minorités. Cela signifie que la démocratie devra davantage s’exercer sur des échelons locaux.

 

La mise en place de débats est un commencement qui peut être la source d’une participation future à l’action (politique).

 

Il faut également débattre pour changer de comportement. Autrement dit, comment mettre fin à la situation où l’on a substitué « une politique du mode de vie à une politique du niveau de vie » ? (Roustang, 1982, 1987, 2002).       Est-ce une idée « écologique » ?

 

 

Avoir des actions constituantes

 

La construction de nouvelles structures de gouvernance imposera à la fois de l’harmonisation, de l’équilibre et de la liberté, tout en profitant des différences de chacun. Penchons-nous sur un exemple récent qui est celui de la relation existant entre les exigences citées. Harmonisation ou différences : un débat actuel ; le repos dominical n’est pas laïc, il est catholique ! Depuis l’époque des Romains, vers 300, ou en 1400 après J.C.[1],  selon les sources, le repos hebdomadaire est une avancée sociale d’équilibre et de liberté qui daterait de 1906 ! Désire-t-on réellement un état laïc ?

Les grands sujets

 

Nous ne traiterons ici que deux exemples : celui du genre et celui de l’organisation territoriale.

 

Homme femme : mode d’emploi

 

L’exclusion des femmes du pouvoir politique ou de certaines fonctions économiques est inacceptable. Mais à l’inverse, l’ouverture de certaines professions aux hommes n’est pas encore tout à fait réalisée. Pire, d’autres professions appartenant au domaine de la médecine et de l’éducation se féminisent à outrance. Quel sens pour un système éducatif dans lequel un étudiant arrive au Baccalauréat sans avoir eu à faire à un homme comme enseignant !

 

Organiser ensemble les territoires

 

L’agencement territorial a été organisé par les politiques. Le débat démocratique sur le territoire a été confisqué dans les PLU[2], les SCOTS[3]  et les Plans de Prévision des Risques. En ce qui concerne ces plans, le citoyen ne participe pas à leur élaboration. En revanche, pour leur validation avant adoption, il est proposé au citoyen de venir donner des idées au cours des débats, idées dont il ne sera pas tenu compte par la suite, sauf peut-être pour des citoyens regroupés ou non dans des associations et qui deviennent très bruyants ! Ils utilisent alors les mêmes méthodes que les politiques, c’est-à-dire les outils de la société du spectacle de Debord.

 

Changer de modèle politique

 

Le projet politique consiste donc à faire disparaître le triplet « Peur, Prévention, Preuve » et le remplacer par le triplet « Pulsion, Plaisir, Puissance ».

 

Pulsion

 

La formation des citoyens à la vie de la cité est depuis longtemps la clé. Mais cela passera également par un ré-enchantement, lequel sera complémentaire.

 

Plaisir

 

Il s’agit de donner du plaisir dans des territoires agréables, et donc d’en finir avec la manie d’interdire. Les villes ont bordé leurs trottoirs de plots dans le but d’empêcher les voitures de se garer. C’est que je nomme la « bittomania » et qui coûte dans certaines villes aussi cher que la construction d’une ligne de tram ! Au lieu de dépenser pour interdire, dépensons pour faire plaisir.

 

Puissance

 

Il s’agit d’utiliser la puissance de chacun, de la mettre en valeur et de mettre en avant les capacités au sens de Aymarta Sen. Cette action conduit à de nouvelles réflexions sur lien entre l’innovation et la croissance. Cela reviendra sans doute à réfléchir à de nouvelles formes de croissance qui ne sont pas seulement « pibiennes[4] », mais également relationnelles[5]. C’est la même logique que l’on retrouve dans la pédagogie de « conscientisation » du Brésilien Paulo Freire et de Monseigneur Romero archevêque de San Salvador.

 

Réorganiser le vivre ensemble : LE politique

 

Pour que cela fonctionne, il faudra organiser ou plutôt réorganiser le vivre-ensemble : le politique. Dans un premier temps, il faudra passer à des politiques positives, aux antipodes des politiques sécuritaires et des politiques fondées sur « la manie d’interdire ». Pour cela, il s’agit d’apprendre à l’école « LES politiques » pour éviter d’être obligé de mettre en place les interdictions. Puis, il faudra faire en sorte que les acteurs participent aux choix et expriment leurs volontés.

 

Prenons l’exemple des plages. Pour ces dernières,  il est possible d’imaginer des cartes qui expliquent les comportements à adopter dans différentes zones de la plage ; ainsi, les familles, les homosexuels, les naturistes, les sportifs et les amateurs de musique, pourraient profiter d’une partie de cet endroit commun et ainsi éviter l’interdiction par le biais de panneaux géants où est inscrit par exemple : « Interdit de jouer au ballon, musique interdite, … ».

 

L’organisation qui se crée est en général vécue comme subversive par la pouvoir en place. Avant la chute du mur de Berlin, les acteurs politique du capitalisme agitaient le torchon rouge du communisme. « Mais les pauvres que je viens de rencontrer au Guatemala, les Indiens misérables ne savent rien de Karl Marx. Ce qu’ils veulent c’est défendre leurs droits, leur dignité d’hommes et de femmes, leur culture, leurs terres. C’est pour cela qu’ils se sont organisés; mais le seul fait de s’organiser alors qu’ils ne disposaient jusque là d’aucun droit, est déjà subversif. En leur attribuant de plus l’étiquette de ‘communistes’ on les désigne comme ennemis.[6] »

Surveiller LA politique devenue transparente

Il s’agit de mettre en place une surveillance inversée de LA poltique. Cette surveillance de l’action des acteurs politiques n’a de sens que si la transparence existe. La « Self-gouvernance » est une approche dans laquelle on cherche à faire en sorte que les citoyens se gouvernent eux-mêmes sur certains points. Il s’agit souvent de structures nouvelles qui cherchent à répondre à un besoin. L’exemple des crèches parentales, dont l’égérie est Solange Pasaris, est assez exemplaire. Face à la pénurie des crèches publiques pour la garde d’enfant dans les villes, des citoyens se sont organisés pour garder à tour de rôle leurs propres enfants ainsi que ceux des autres. Ils se sont associés à des services émanant de professionnels de la petite enfance et regroupés sous le nom d’association des collectifs de parents et de professionnels. À ce sujet, il faut faire attention à la dérive de la co-construction sous contrainte qui est plutôt de l’ordre de la manipulation et du faux-semblant. Dans ces approches comme celles des crèches, par l’intermédiaire d’associations ou de collectifs[7], il est proposé à des citoyens de construire une solution aux problèmes qu’ils soulèvent. Cependant les contraintes sont telles que seule la solution du décideur est possible.

Organiser LA politique

 

Pour organiser LA politique, on peut le faire grâce aux nouveaux outils construits en utilisant les technologies de communications. Nous montrerons rapidement comment utiliser cette vision et ces technologies dans nos démocraties confisquées par les médias, la représentation, les attentes sécuritaires et le pouvoir de l’argent.

En utilisant les technologies de communication

 

L’évolution des systèmes techniques de communication permet de dépasser la e-democratie et la e-participation, deux approches qui sont les formes les plus fréquentes présentes dans les organisations, des villes,  des régions et des pays les plus avancés. Elle  permet également d’aller vers du e-selfgouvernement. Cette approche ne peut être limitée aux seules structures politiques, elle peut aussi être introduite dans des entreprises avec des statuts coopératifs.

 

Ce texte n’a pas pour ambition de décrire précisément la solution technique. Il faut noter en premier lieu que cela impose de s’aligner sur ce qui est devenu une nécessité, soit la coopération des individus entre eux. Il faut bien comprendre que cette coopération est en place lorsque les individus utilisent les logiciels sociaux. Nous proposons trois outils qui ne sont que des reprises de solutions déployées à l’étranger.

 

Modèle

Contenu

e-démocratie Les acteurs votent le plus souvent, non seulement pour élire des personnes, mais également pour faire des choix.
e-participation Les citoyens ou les parties prenantes contribuent à permettre les définitions des solutions.
e-selfgouvernement Les décisions sont co-produites et aussi co-administrées. 

Tableau 1 : Modèle de démocratie électronique

 

 

La e-démocratie consiste à favoriser les votes plus fréquents et par conséquent à les rendre moins coûteux.

 

Pour atteindre le e-selfgouvernement, il faudra construire une plateforme qui soit à la fois technique et citoyenne.

 

En réutilisant les expériences étrangères

Tout ceci existe dans des pays comme le Japon. Ces solutions ont été mises en œuvre suite aux tremblements de terre.

 

Tout ceci est rendu possible grâce aux technologies de l’information et seulement si les acteurs s’approprient ces dernières en termes d’usage.

 

Pour atteindre le e-selfgouvernement, il faut construire une plateforme dont l’approche se décompose, dans le cas d’une gouvernance urbaine, selon le schéma ci-dessous :

 

 

 

 

 

 

 

 

Figure 1: Modèle de plateforme citoyenne

En guise de conclusion, réfléchissons plutôt sur les dépenses publiques que sur les recettes fiscales

 

Il s’agit de répondre à une demande de connaissances et de pratiques. Prenons l’exemple suivant : Combien coûte un rond-point ? Un rond-point coûte environ 2 millions d’euros. En comparaison, équiper une classe en multimédia communicant avec des sièges confortables et des tables ergonomiques représente une somme de 100 000 euros, ce qui fait que la construction d’un rond-point équivaut à 20 classes équipables.

 

C’est peut-être pour cette raison que l’introduction de ces pratiques n’est pas ou est peu réalisée dans l’enseignement.



[1] La date diffère selon les sources utilisées.

[2] Plan Local d’Urbanisme

[3] Schéma de Cohérence Territoriale

[4] Nous entendons par là une croissance fondée sur le PIB (Produit Intérieur Brut), qui est la somme des valeurs ajoutées par les acteurs économiques et la production émanant des fonctionnaires.

[5] Je n’apprécie pas le terme de décroissance qui apparaît dans beaucoup de publications, bien que je sois en phase avec de nombreuses idées présentes dans ces approches.

[7] Il suffit de prendre garde à ce que ces collectifs ne virent pas au communautarisme et qu’ils soient donc « ouverts ».

Extrait d’une communication

6éme rencontres
Actualité de la Pensée de Marx et nouvelles pensées critiques
Les 4, 5, 6 décembre 2013 à l’Université Montesquieu (Bordeaux4)
« Demain le monde !? Horizons de civilisation »
Amphithéâtre « Manon Cormier », près de l’IEP (Sciences_Po Bordeaux)
et  le 7 décembre au 15-17 Rue Furtado à Bordeaux (Près Gare St-Jean)

Réfléchir au pouvoir pour plus de démocratie

Réfléchir au pouvoir

 

La relation entre le pouvoir et les formes de relation

 

Machiavel et Foucault nous invitent à réfléchir à la notion de pouvoir. Le pouvoir est une relation et se nourrit de nos informations de relation.        Le pouvoir dépend de nous, il est avide des informations de positionnement que nous générons. Enfin, le pouvoir produit des informations valorisantes qui nourrissent nos peurs. Ces informations sont diffusées par les médias sous forme d’information morte dans le but de renforcer ce sentiment de peur et donc notre dépendance.

 

Cependant, le pouvoir ne survit que parce que nous acceptons de prendre part à cette relation. Or, la caractéristique des outils de communication moderne et notamment les médias sociaux, est que ces derniers sont centrés sur la relation et construits comme tels, avec des moteurs de mise en relation. Facebook, Viadeo ou Linkedin fonctionnent parfaitement de cette façon et ont l’inconvénient de ne pas nous révéler comment le moteur de relation est construit.

 

La condition : s’émanciper de la peur

 

Certaines formes de pouvoir ne peuvent survivre si les citoyens s’émancipent de la peur. C’est le cas des régimes totalitaires qui ont été combattus par des résistances. C’est également la signification de l’occupation des lieux de la démocratie comme c’est le cas en Ukraine. Une société saine est alors définie comme une société qui est capable de mettre fin à la peur pour obtenir une société de liberté et de sécurité véritable.

 

La phase de construction

 

Lorsque l’on est dans une phase de construction, il faut non seulement débattre, mais aussi comme le propose Tony et Hardt, mettre en place un processus « constituant » qui organise de nouvelles structures et institutions et rend obsolètes ou inopérants les anciens systèmes.

 

Il est urgent de mettre en place des processus de construction, ou encore, il convient de trouver des solutions car :

 

•          les pouvoirs en place ne sont pas capables d’élaborer une solution politique à la crise économique qui date de 2007 ;

•          les pouvoirs en place sont incapables de mettre en œuvre des réformes structurelles et institutionnelles, alors même que ce message est le principal message issu des agences de notation. Ces agences sont décriées tant et plus pour leur immixtion dans les actes des gouvernants et les atteintes à la démocratie, mais tous les politiques les regardent avec attention.

 

Actuellement, les mouvements observés sont limités tout d’abord à l’expression de besoins plus urgents que cohérents. Les questions du « on a faim » ou celle du « on veut du travail » dépassent l’idée de mise en place des formes de gouvernance qui seront meilleures pour les citoyens. Ensuite, l’approche de ces mouvements est plus « déstitutionelle » que « constitutionnelle ». Les mouvements veulent chasser le gouvernement en place ou instituer un vote sanction aux prochaines élections. Enfin, des associations de pouvoir associant commandement et résistance se mettent en place ; les bonnets rouges alliant le patronat breton et les ouvriers que ce patronat éjecte lui-même hors du marché du travail en est un excellent exemple. Il faut être opposé aux décisions de Sarkozy, à celles  prises par Hollande, plutôt que de réfléchir au modèle industrialiste et agro-polluant de la Bretagne actuelle et aux solutions politiques pour s’en sortir.

 

Pour ces mouvements, il faut trouver des moyens de coercition autres que le droit, ce qui est en soi et fondamentalement une remise en cause des formes actuelles de démocratique. En Ukraine, le vote démocratique a validé les choix anti-européens du Président en place. Les bretons tentent de détruire les portiques de télépéage.

 

Pour sortir de cette situation, la mise en chantier d’outils  de construction qui ont recours à des technologies de communication apparaît de plus en plus utile.

 

 

Extrait d’une communication

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De l’information-relation à l’information vivante en démocratie

 

Différents types d’information doivent être mis en œuvre pour procéder à la mise en place des outils électroniques de la démocratie. Chacune d’entre elles dispose de caractères particuliers.

 

Information de relation

 

Comme il a été observé dans les révolutions arabes, la nouvelle société est a-territoriale, mais elle propose des heures et des lieux de « regroupement ». Les outils électroniques ont permis la création de ces relations. Force est de constater que les hommes politiques essayent de casser les liens, dans le seul objectif de se maintenir au pouvoir, souvent sous le couvert de la sécurité. L’outil électronique sert  à générer une information de relation.

 

Information de positionnement

 

Dans un premier temps, les mouvements en question ont vu la nécessité de reconstruire ou de reconquérir des lieux. Malheureusement, ce sont le plus souvent des points focaux. Il s’agit alors de mettre en œuvre des informations de positionnement. Ce type d’information fait l’objet d’un débat important dans le sens où ces outils permettent une traçabilité, traçabilité liée au fait que se sont des outils d’inscription comme le propose Ferraris.

 

Information valorisante

 

Dans un deuxième temps, il faut en finir avec le mythe de la bonne gestion. Le bon déficit des finances publiques proposé « au nez » et « au doigt mouillé » d’un fonctionnaire devra être réexaminé ou disparaître[1]. Le débat actuel sur les « déficits » est intéressant car il s’agit en outre d’une bonne gestion imposée… Les indicateurs de bonne gestion sont le signe de réussite lorsque les objectifs sont atteints. Les questions sont alors, simples. Au titre de quoi ? De qui ?

 

 

Guy Abeille, chargé de mission issu de l’Ecole Nationale de la Statistique et de l’Administration Economique (ENSAE) raconte comment il a été l’inventeur de ces 3 %. Il travaillait à l’époque au ministère des Finances, dans l’aile Richelieu du Palais du Louvre, et son chef de bureau était  Roland Galouzeau de Villepin[2] (ENSAE, lui aussi). Fin 1981, il a été chargé avec son chef de bureau par François Mitterrand d’établir un critère économique utilisable dans ses discours.  Il avoue que cette règle ne repose sur aucune théorie économique mais permettait à François Mitterrand de faire barrage à des ministres trop dépensiers. Selon une de ses interviews, « on a imaginé ce chiffre de 3 % en moins d’une heure, il est né sur un coin de table, sans aucune réflexion théorique. Mitterrand avait besoin d’une règle facile qui puisse être opposé aux ministres qui défilaient dans son bureau pour lui demander de l’argent. [...] On avait besoin de quelque chose de simple. 3 % ? C’est un bon chiffre, un chiffre qui a traversé les époques, cela faisait penser à la Trinité ». Dans un article publié sur La Tribune en 2010, ce même Guy Abeille avoue qu’ « en aucun cas il n’a titre à servir de boussole ; il ne mesure rien : il n’est pas un critère ». Dans une autre interview citée par Atlantico « 1 % aurait été trop maigre, 2 %, trop ‘plat’, ‘tandis que trois est un chiffre solide’ », précise la Tribune. Ce taux, ainsi sorti d’une soirée de réflexion  est entré dans les critères du traité de Maastricht en 1992.

 

Pour en savoir plus : http://www.atlantico.fr/pepites/deficit-public-regle-3-est-coup-soir-496410.html#v0Gpw3kJkS8olVjs.99

 

Encadré 1: Origine de la règle des 3 %

Parmi les actes des gouvernants, ce sont assurément les choix d’infrastructure qui s’avèrent être les attentes les plus fortes.  Bien souvent, le citoyen observe la mise en place de solutions qui ne lui conviennent pas sans avoir d’action possible. Le plus délirant, ce sont les panneaux qui ont été placés à côté de ces travaux en cours sur lesquels on peut lire : « Pour améliorer votre sécurité, le … limite votre vitesse », ou encore « Pour améliorer vos trajets quotidiens, nous supprimons la seconde voie », ou bien par ailleurs « On travaille pour votre qualité de vie : aménagement du cimetière ». Ces phrases exaspèrent le citoyen qui a souvent le réel sentiment d’être pris pour un imbécile.

 

L’information valorisante, celle issue des gouvernants et du management n’est pas la seule qu’il s’agit de produire. Ce terme d’information valorisante est proposé par Romano Alquati et désigne une forme d’information descendante, laquelle renvoie aux panneaux évoqués précédemment et qui en font partie.

 

Information morte versus information vivante

 

Matteo Pasquinelli nous propose de faire la distinction entre l’information vivante –  information qui doit être transformée – et l’information morte qui est cristallisée dans les machines et les procédures. Les médias traditionnels comme la presse et la télévision produisent essentiellement de l’information morte. Le médiatisé est gavé d’informations mortes, elles le suffoquent et l’empêchent de produire de l’information vivante. L’enjeu des formes nouvelles de démocratie utilisant l’électronique est de mettre en avant, puis d’utiliser et valoriser cette information vivante, sans aboutir à une société de surveillance encore plus forte.



[1] C’est notamment le cas pour la règle des 3 % imposés au niveau européen.

[2] Il s’agit du cousin de Dominique de Villepin, homme politique plus connu.

 

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Les tentatives de solution pour maintenir la démocratie

Nous nous proposons de regarder les conséquences des beaux discours sur la démocratie participative, mode de démocratie associé ou non à des technologies modernes de communication. Nous nous situons ici dans la lignée de Guy Debord, lequel, dans son essai Commentaires sur la société du spectacle, met en avant l’arrivée d’un « spectaculaire » intégré qui est le mélange du spectaculaire diffus (démocraties occidentales) et du spectaculaire concentré (stalinisme, fascisme et nazisme). Ce ne serait que l’aboutissement d’un capitalisme qui est la mise en œuvre de la légitimation d’une vision unique de la vie via des outils de communications (Debord, 1988).

La démocratie participative en échec

 

L’échec tout relatif de la démocratie participative est à mettre en parallèle avec l’explosion des discours qui l’on accompagnée. Une des raisons de cet échec a été la difficulté ou l’absence de volonté pour mettre en place les outils associés. Une autre raison est qu’elle répond peu aux attentes des citoyens et se faufile dans les mythes de la démocratie. Le psychologue Hervé Bokobsa y retrouve la peur, la prévention et la société de la preuve (Bokobza, 2006, Salgues, 2013). La peur est à l’origine de cette société sécuritaire qui fait l’essentiel du contenu des médias, la peur est fondée sur des impressions, des suggestions. La prévention consiste alors dans la mise en place de moyens de sécurité. Notons cette vérité patente, la vidéo-surveillance n’empêche pas les crimes ; elle les déplace, ou facilite la vie des policiers par le biais d’une hausse du taux d’élucidation. La preuve est attendue mais elle fait l’objet de deux « malheurs ». Ou elle n’arrive jamais, mais ce n’est pas grave aux yeux de ceux qui détiennent le pouvoir, car l’action est mise en place ; ou bien elle existe mais elle est dévoyée. L’affaire du Médiator est typique de l’échec de l’État dans le domaine de la santé publique. Les règles sont respectées. Il faut prouver que le médicament est utile, c’est un fait ; et ensuite, si des acteurs en détournent son usage, qu’advient-il ?

 

L’e-sollicitation

 

L’évolution des systèmes techniques de communication permet de mettre en place une e-sollicitation qui est l’avancée la plus fréquente des organisations, des villes,  des régions et des pays les plus avancés. À la fin des années 90, les exemples de Thouars et d’Agde ont été les plus décrits dans la presse. Il s’agit de mettre au point et d’utiliser des outils de dialogue orientés du citoyen vers les gouvernants. Là et hélas, le syndrome de l’ampoule grillée a frappé ! Les Maires n’ont pas été réélus et les fonctionnaires locaux ont été décriés.

 

Qu’en est-il ? Un citoyen qui s’aperçoit qu’une ampoule ne s’allume plus dans un réverbère situé dans la rue considère que ce fait est plus important pour lui que le débat et les choix politiques en cours. Il fait remonter cette information importante pour sa vie locale via le site de la Mairie ou de la Collectivité territoriale. Malheureusement, elle n’aboutit pas à la bonne personne, cette dernière avertit le bon service, lequel envoie le « bon de réalisation » au prestataire[1] choisi par les élus qui répare la dite lampe dans un délai certes raisonnable,  mais non immédiat. C’est ce délai que le citoyen espérant avoir une réponse immédiate à sa demande n’accepte pas et cela conduit à la sanction de l’élu et à de vives critiques auprès des fonctionnaires ! Le début de la transparence n’a pas été couronné de succès. Par ailleurs, l’exemplarité de l’action du Maire d’Agde menée auprès des gitans alors qu’il tentait de leur inculquer des règles de vivre-ensemble et de les former a été vivement critiquée par l’opposition de l’époque, comme si l’opposition désirait que cette population reste dans le registre des parias. Cette transparence révèle des hypocrisies et du non-dit, lesquels sont eux-mêmes parfois et malheureusement la source de la mise en place d’autres formes de politique ou de réglementation que nous aborderons par la suite (exemple de la « bittomania urbaine[2] », ou encore de la montée d’extrémisme.

 

L’État-procédure

 

Le mythe de la « e-democratie » s’est vu transformé par l’État créateur des procédures. Chaque gouvernement nous annonce la simplification de la vie administrative par des procédures informatisées. Cela fonctionne, si et seulement si vous rentrez dans les cases. Ces dernières masquent des actions non démocratiques et sont très utiles pour le maintien de structures ou d’hommes au pouvoir. D’autant plus que dans ce cas, ce n’est pas le gouvernant qui va faire une erreur mais la machine. Citons également ce système qui permet d’accueillir des entreprises performantes mais dont il faut,  pour l’utiliser ce dispositif, disposer d’un code SIRET, ce qui exclut de fait les autres entreprises européennes. Signalons aussi dans le même registre, l’impossibilité pour les entreprises ne disposant pas d’un établissement en France de répondre à des appels d’offre européens lancés par notre pays, ou bien encore le rejet systématique par les administratifs des réponses dans lequel apparait un citoyen européen  non français car leur logiciel ne sait pas les traiter[3] !

 

Les outils techniques associés permettent de donner du pouvoir à des personnes de faible niveau. L’exemple des agents de sécurité dans les aéroports en est l’un des exemples les plus pertinents. Ces outils techniques permettent de passer du statut de gouvernement à des actions réalisées par les sociétés privées[4].  Ils transforment la relation avec le citoyen en « gestion », ce qui conduit parfois au pire : la marchandisation.

 

À ceci s’ajoute l’utilisation par la société consumériste de la peur à des fins commerciales. Signalons la phrase de Zygmunt Bauman qui affirme que le consumérisme se fonde sur un désapprentissage. Illustrons-là par le biais de l’exemple suivant. Il s’agit d’une agence immobilière du Sud de la France qui construit des lotissements avec gardien et services payants de sécurisation et annonce dans sa plaquette et sa publicité urbaine de 4 mètres sur 3 : « Il faut bien lutter contre la démission de l’État qui ne protège pas ses citoyens ». Beau programme !

 

L’État adore la procédure et l’informatique sait (mal) faire, donc tout va bien !

 

Comment utiliser la vision de Toni et Hardt dans nos démocraties confisquées par les médias, la représentation, les attentes sécuritaires et le pouvoir de l’argent ? Bien entendu, dans le but de faire autrement. Cela impose que l’on  s’aligne sur ce qui est devenu une nécessité, soit la coopération des individus entre eux. Les citoyens utilisent les réseaux pour eux, pour leurs relations. Facebook, etc. sont des outils vedette en la matière.

 

La  réalisation reste complexe. Il s’agit de modifier le rôle des médias d’une part. Autrement dit, comment dissocier le pouvoir normatif des médias des autres formes de leur pouvoir ? Sinon, le citoyen va se trouver en face du message suivant : « Tout le monde fait cela, pourquoi pas toi ? », ce qui contribuera à revenir à l’individualisme néolibéral d’une armée de pingouins-hommes aux ordres des injonctions marchandes et gouvernementales. Ensuite, il faut lutter contre ce que Negri et Hardt nomment le pouvoir répressif, celui qui est souvent issu des attentes sécuritaires.

 

Pour cela, il faut concevoir une théorie de l’évasion. Les technologies de sécurité nous rendent visibles, donc vulnérables. D’où la nécessité de se rendre invisible, d’où les débats sur l’identité numérique, laquelle a été immédiatement mise sur la table par les politiques libéraux qui désirent mettre en place des interdictions.



[1] La réduction du nombre de fonctionnaires à souvent conduit à la disparation du fonctionnaire, employé payé au minimum qui faisait ce travail. Il a été remplacé par une entreprise privée qui en général agit sur bon  de commande. À titre d’exemple, La ville de Sète vient de signer un Partenariat Public Privé (PPP) avec le groupement Citelum-Sogetralec pour la gestion et la modernisation de l’éclairage public. Le coût total pour la ville est de 58 723 700 € TTC à rembourser sur vingt ans, à raison de 2,5 millions d’euros par an dont environ 1,5 millions de matériel et 1 millions d’emplois, ce qui correspond en coût complet à environ l’emploi de 20 fonctionnaires.

[2] Il s’agit d’installer des plots ou bittes d’amarrage sur les trottoirs et d’autres lieux afin d’empêcher les véhicules de passer ou de se garer.

[3] Les logiciels informatiques de marché public imposent aux personnes physique l’introduction de leur numéro de sécurité sociale et elle refuse par exemple et par conséquent le numéro d’identification d’un habitant du pays car son numéro ne commence pas par 1 ou bien 2 !

[4] Le nombre de ces agents privés est tenu secret officiellement, et ce pour des raisons de sécurité. Le nombre révélé pendant la grève de décembre 2011 serait de 10 000 agents. Selon un rapport de 2006 (www.aeroportsdeparis.fr, Sûreté aéroportuaire intitulé « La qualité au service du client », 20 avril 2006), à Roissy, 180 personnes employées du groupe Aéroport de Paris en assurent la coordination.

 

Extrait d’une communication

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Pourquoi la démocratie est-elle confisquée ?

Dans l’ouvrage intitulé Déclaration. Ceci n’est pas un manifeste, les hommes sont définis selon quatre axes : l’endetté, le médiatisé, le représenté, le sécurisé, axes que nous reprendrons par la suite. Ce qui est le plus important est de noter l’existence d’une forme de confiscation de la démocratie ou encore de perversion démocratique.

 

LA politique confisque la démocratie

 

Même sans reprendre les exemples de ces auteurs, il est devenu presque public d’observer comment LA politique confisque la démocratie. Commençons par l’exemple des communautés de commune, des agglomérations et d’autres structures de coopération communale.  Jusqu’à présent, nous n’avons pas élu nos représentants à la tête de ces structures ; ils ont été désignés parmi des élus dans d’autres communes. Le problème est que ces intercommunalités concentrent l’essentiel des moyens économiques, et donc des moyens d’action. La sécurité routière a été traitée par le pouvoir administratif sans qu’il n’y ait un vrai débat. Comme je le souligne dans mon livre Avenir d’un redressement, tout le raisonnement est focalisé sur l’idée de centrer la réglementation sur la vitesse. C’est une absurdité démontrée par un passage aux limites ; si la vitesse atteint zéro, il n’y aura plus d’accidents de circulation. L’argument utilisé ne résiste pas à une étude fine de quelques accidents. La réduction du nombre des morts sur la route est plus en rapport avec une amélioration de la qualité de la voiture qu’avec cette réduction de vitesse.

 

La perversion démocratique

 

La perversion démocratique est également une forme de confiscation. L’exemple des grandes surfaces est révélateur. Depuis la loi Royer, tous les textes sont « favorables » aux grandes surfaces alors qu’ils sont censés les restreindre. En limitant leurs surfaces par des procédures contraignantes, on gèle les situations et ce gente de magasin est devenu plus concurrentiel car leur chiffre d’affaires au m2 augmente. L’utilisation de l’expression « repos dominical » au lieu de celui de « repos hebdomadaire » est dans le même registre car elle vise les grandes surfaces sans l’avouer ostensiblement. Dans ce débat, il faut noter le glissement sémantique du vocabulaire. Que penser de cette notion dans un État qui se dit laïque, dans lequel les kabbalistes ont pour jour du seigneur le jeudi, les musulmans le vendredi, les juifs le samedi, et bien entendu les catholiques le dimanche ?

 

Soyons clair, l’exemple de l’évaluation universitaire via l’AERES que je cite également dans mon livre ne prend pas en compte la modernité. Pire, les indicateurs et objectifs utilisés sont incohérents avec les annonces politiques…

Des représentants qui ne représentent plus personne

 

Prenons l’exemple de l’UNEF (Syndicat des étudiants français). Fin des années 60, l’UNEF et son président Michel Moussel se félicitaient d’atteindre 100 000 adhérents pour 300 000 étudiants, soir 1 sur 3. En 2012, pour ce qui est de l’UNEF du congrès de Montpellier, le syndicat n’avait plus que 31 000 adhérents alors que l’on comptait plus de 3 millions d’étudiants. Nous pourrions prendre des exemples similaires avec les syndicats ouvriers, … Les commissions et conseils qui interviennent dans le recrutement des dirigeants aux fonctions universitaires ou politiques sont des moyens utilisés par les politiques au pouvoir pour se maintenir. Souvent, le système est fondé sur l’hypocrisie, parfois à la limite de la corruption.

 

La « non-réponse » à la question DES politiques traduit des formes de démission du pouvoir laissant à des obscures commissions construites de façon adéquate la possibilité de prendre les décisions que le politique a choisies (ou parfois de contrecarrer celles-ci). Nous pourrions faire une analyse identique en ce qui concerne les votes de nos parlementaires. Ils se rallient plus aux choix des gouvernements qu’ils ne construisent par eux-mêmes des législations. Souvent les votes sont liés aux partis, seuls quelques députés sont présents et ils votent à la place de leur collègue. Le problème découle du niveau de représentation réelle. Ne faudrait-il pas imposer des quotas de présence aux députés et aux sénateurs pendant les votes, quotas qui devraient être de l’ordre de la majorité des deux tiers ?

Le constat version Tony et Hardt

 

Bien que l’approche de Tony et Hardt soit souvent contestée et ce surtout du fait qu’elle s’attaque par la multitude à la notion marxiste de « lutte des classes », nous analyserons les conséquences de leurs propos dans les lignes qui suivent.

Les événements localisés

 

Ce que nous apprennent Tony et Hardt dans leur dernier livre est une analyse des mouvements comme le « printemps arabe » et « Occupy wall street ». Ces groupes créent rapidement leur propre gouvernance qui passe par l’utilisation des moyens technologiques. Ces moyens technologique permettent de mettre en place des luttes singulières (et non individuelles), qui sont indexées sur les contraintes locales. Ces luttes sont des stratégies de campement que l’on retrouve ces jours-ci dans les événements d’Ukraine.

 

Ces mouvements sont très différents des mouvements altermondialistes qui étaient quant à eux nomades. Ils mettent en place de nouvelles formes d’action politique. Il s’agit de luttes pour le commun, non seulement le bien commun, mais aussi le vivre-ensemble. C’est une contestation de l’impact de la loi de la propriété privée, sans être opposée cependant à la propriété et surtout la propriété publique. C’est une lutte permanente contre des formes de pouvoir de l’État, État qui se manifeste selon différentes formes, par des répressions, des peurs, des biopouvoir ou des installations de vidéosurveillance.

 

L’État antérieur était « le dépositaire de la volonté générale ». Il devient « le garant de l’intérêt général à travers le fonctionnement d’un service public responsable de la mise en œuvre de textes votés par la représentation nationale. » (Jean Louis Laville, 2005)

 

Il est intéressant de noter que les rassemblements se font dans les points focaux au sens géographique du terme, c’est-à-dire les endroits où l’on se rendait spontanément pour rencontrer quelqu’un. Introduire cette idée permet à la fois de relativiser l’influence des réseaux de télécommunication et d’affirmer que ces acteurs font des bons choix afin de rassembler le maximum de personnes.

 

Les conditions de la vie

 

Tony et Hardt ont défini quelque situations : les endettés, les médiatisés, les sécurisés.

 

L’endettement est une condition nécessaire à la vie sociale. Il est pratiquement impossible de vivre sans s’endetter. La culpabilité de ne pas posséder ou de faire est une forme de vie qui se résout par l’endettement. Il faudrait dé-potentialiser notre subjectivité à ce sujet, mais est-ce possible ? Cet endettement permanent change la donne dans l’approche propriétaire. La richesse apparaît davantage par le biais de la rente que par celui du profit. La rente est la valeur moyenne de l’exploitation du développement social.

 

 

 

Le médiatisé

 

Les citoyens ont  plus que nécessaire accès à l’information, aux moyens de communiquer, à la possibilité d’exprimer une opinion. La situation n’est pas seulement informationnelle. Le problème n’est pas d’amener les gens à s’exprimer, mais de trouver des moments de silence pour qu’ils aient quelque chose à dire  (Gilles Deleuze). La distinction entre temps libre et temps de travail intervient également dans cette notion d’homme ou de femme médiatisés pour lesquels les outils de communication permettent de prolonger le temps de travail à la maison.

 

Le sécurisé

 

Les technologies sécuritaires sont de plus en plus puissantes pour s’infiltrer dans la société, dans nos vies, dans nos corps (biopouvoir). L’homme est le sujet de la sécurité, il n’en est plus l’acteur. Nous sommes dans une société où les prisonniers et les gardiens sont les mêmes personnes. Il s’agit de vivre dans l’espoir d’éviter la punition en provenance de menaces extérieures. Cela se traduit par la nécessité de construire des murs et des cloisonnements (Brown, 2010, Salgues, 2013), mais aussi la nécessité d’asseoir le pouvoir sur une peur sociale généralisée, une peur plus « intentionnelle » ou une peur plus perçue que réelle, dans le sens où elle n’existe pas en réalité[1].

 

Le représenté

 

Vouloir intervenir dans le débat pousse rapidement à l’exclusion ; vous devenez un obstacle à la démocratie, vous osez discuter des choix démocratiques. De toute façon, le pouvoir des finances et celui de l’argent se mettent également en travers de certaines décisions, d’autant plus que ces derniers contrôlent les médias. On retrouve cette obstruction des médias à des formes émergentes de démocratie qui se résument en quelques idées. La première se définit comme un isolement par la crainte des représailles. Nous aboutissons à une société sans intelligence, manipulée par le « cirque médiatique »[2], mais dont le « normal » au sens statistique du terme devient la norme à respecter. L’homme singulier dont nous avons parlé ne doit pas exister, car il est remplacé par l’homme individualisé issu des statistiques et respectueux de l’ordre néolibéral. Toute opposition doit être combattue ! Avec cette évolution, va de pair un effondrement des structures de représentation.

 

Du constat aux solutions

 

L’observation des conditions de vie aboutit à un triste constat. Nous sommes en face d’hommes qui acceptent une privation de leurs capacités humaines, tout en restant médiatisés avec une conscience aliénée, ce qui est le propre de la société néolibérale.

 

Les solutions sont alors apparemment simples :

 

• Il s’agit d’avoir un devenir-singulier par opposition au devenir-individuel qui est issu quant à lui de la normativité statistique.

• Le processus de subjectivation commence par le refus, il faut reconnaître le réel.

• Il faudrait redéfinir le lien social qui ne passe pas seulement par l’argent, et par conséquent les initiatives comme les Systèmes d’Échanges Locaux (SEL) et autres monnaies locales qui sont à saluer. Le bitcoin, cette monnaie « non-étatique », en est un autre exemple.

• La coopération et l’interdépendance productive est une nécessité.

• Il s’agit alors de produire de nouvelles vérités avec des médias, des vérités qui ne sont que des outils. Ces nouvelles vérités se rapprocheront de la notion de formations afin que les citoyens puissent participer aux débats scientifiques dans lesquels ils sont exclus par le couple formé par les experts supposés et les gouvernants qui sont supposé décider, ils se retranchent régulièrement derrière des subterfuges pour ne pas réaliser les projets.



[1] Le modèle le plus courant est de produire la peur de se faire attaquer de nuit ; les citoyens ne sortent par conséquent plus, bien qu’il n’y ait aucun risque. Puis, ceux qui sortent sont considérés comme des délinquants car ils osent bafouer le non-écrit et non-réglementé qui est l’interdiction de sortie. La peur devient ainsi une interdiction de fait.

[2] En 1967, Guy Debord publiait l’ouvrage intitulé La société du spectacle chez Buchet-Chastel, ce livre a eu un fort retentissement avec les événements de mai 68, de nombreux auteurs et notamment Giorgo Agamben ont pu souligner  l’exactitude des prédictions.

 

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Les différents sens du mot politique

En guise d’introduction, revenons tout d’abord sur le sens du mot « politique ». Politique est un mot polysémique par excellence. Il représente tour à tour :

 

-          des notions de civilité que l’on retrouve dans le terme grec politikos, et que je nomme « LES politiques » dans le sens où l’on parle des politiques de sécurité aussi bien au niveau de l’État que dans des organisations ;

-          un mode de fonctionnement d’une société, politeia en grec. « LE politique », dans le sens que je défends, c’est ce qui permet aux hommes et aux femmes de vivre ensemble. Dans nos nations, liberté et égalité en sont les deux principes fondamentaux ;

-          enfin, ce sont des pratiques du pouvoir : politikè. Dans ce cas, LA politique désigne les fonctions autour du pouvoir, le terme fonction étant pris au sens managérial du terme.

 

Les ouvrages de Negri et Hardt[1]  sont le point de départ de ces analyses. Multitudes et  leur nouvel ouvrage intitulé Déclaration. Ceci n’est pas un manifeste nous parlent de démocratie confisquée, ce qui représente en fait une situation actuelle.

 

Ce texte est une forme de proposition et doit être le sujet de discussion.



[1] Nous utiliserons tout le long de ce texte les livres de Negri et Hardt comme références, nous prenons en compte la contestation autour de cet ouvrage et en partie l’abandon de la notion de « luttes des classes ».  Nous utilisons principalement : Déclaration, ceci n’est pas un manifeste et  Raisons d’agir, 2013.*

 

 

 

Extrait d’une communication

6éme rencontres
Actualité de la Pensée de Marx et nouvelles pensées critiques
Les 4, 5, 6 décembre 2013 à l’Université Montesquieu (Bordeaux4)
« Demain le monde !? Horizons de civilisation »
Amphithéâtre « Manon Cormier », près de l’IEP (Sciences_Po Bordeaux)
et  le 7 décembre au 15-17 Rue Furtado à Bordeaux (Près Gare St-Jean)

 

La Central European Initiative (CEI)

 

L’Initiative de L’Europe Centrale ou Central European Initiative (CEI) est le forum intergouvernemental le plus ancien et le plus représentatif  pour ce qui est de la coopération régionale en Europe. La CEI dispose d’un statut d’observateur dans l’Assemblée Générale des Nations-Unies.

 

Son origine se trouve dans la création du Quadrangulaire de Budapest du 11 novembre 1989. Les nations fondatrices étaient alors l’Autriche, la Hongrie, l’Italie et la République fédérale populaire de Yougoslavie. À cette occasion, les Ministres des Affaires étrangères de ces quatre membres fondateurs ont adopté une déclaration commune exposant l’empressement de leur Gouvernement à renforcer des relations cordiales et amicales et à développer par ailleurs une coopération entre leurs pays respectifs.

 

En 1990, la Tchécoslovaquie a été admise dans ce groupe et l’Initiative a été rebaptisée  « Pentagonale ». En 1991, avec l’admission de la Pologne, elle s’est intitulée « Hexagonale ». Un certain nombre de nouveaux pays ont été admis en 1992. A cette date, il a été décidé de rebaptiser cette organisation : Initiative de L’Europe centrale. L’expansion de l’Initiative entreprise a continué en 1993, en 1996 et de 2000 à 2006, avec l’admission d’un dernier pays, en l’occurrence le Monténégro, augmentant de ce fait le nombre des États membres à dix-huit.

 

Pendant cette période, plusieurs États membres de la CEI sont devenus des États de l’Union Européenne. Le Secrétariat de la CEI est basé à Trieste. Une coopération interuniversitaire est en place avec les meilleures universités de la zone. Cette coopération est coordonnée par l’Université de Trieste qui est considérée comme « parmi les 10 meilleures universités italiennes ».

 

 

University of Tirana (Albanie)

 

University of Klagenfurt (Autriche)

 

Belarusian State University (Biélorussie)

 

University of East Sarajevo (Bosnie Herzégovine)

 

University of National and World Economy (Sofia, Bulgarie)

 

University of Zagreb (Croatie)

 

Masaryk University (Brno, République Tchèque)

 

University of Budapest (Hongrie)

 

University of Trieste (Italie)

 

St. Cyril and Methodius University in Skopje (Macédoine)

 

Academy of Economic Studies (Chi?inau, République de Moldavie)

 

University of Montenegro (Montenegro)

 

Adam Mickiewicz University – Centre for European Integration (Poznan, Pologne)

 

University of Kragujevac (Kragujevac, Serbie)

 

Comenius University ( Bratislava, Slovaquie)

 

University of Ljubljana (Slovénie)

 

University of  Odessa, (Ukraine)

 

 

Tableau 1: Liste des universités partenaires du réseau

 

 

Source : Présentation de Margit Waestfelt, alternate secretary general  au Global Forum, Shaping the Future 2013, Driving the digital future, stratgeoes to grow stronger communities and businesses, 28 et 29 octobre 2013, Palzzio dei Congressi della stazione Marittima, Trieste, Italie

Quel développement pour les usages des TIC en ruralité ?

Marco Diani, sociologue au CNRS, se pose la question du développement des usages sous la forme suivante.

Comment faire en sorte que dans cette phase de développement numérique, on n’en reste pas à faire des vœux pieux et des constats d’installation des réseaux ? Il commence par une remarque : l’opposition territoriale ne passe pas par l’opposition ville/ruralité. D’où une seconde interrogation : que veut dire la ruralité avec le haut débit ? Il se propose donc d’évaluer les nouveaux profils professionnels, les nouveaux contenus qui sont susceptibles d’apparaître. En d’autres termes : quels sont les nouveaux élus du numérique ?

 

Il suggère de traiter ces questions en répondant à quelques points.

 

  1. Nous manquons terriblement d’initiatives et de connaissances  en matière de contenu. Que va-t-on mettre dans ces réseaux ?

 

  1. Tout cela devrait augmenter les interactions ainsi que les pouvoirs venant d’en bas ? Que fait-on avec cette nouvelle forme de pouvoir ?

 

  1. Il convient d’observer l’énorme déficit à apprendre à utiliser. Un grand nombre de personnes n’utilisent donc pas ces technologies. Il s’agit donc de se poser la question de la digitalisation des activités, en particulier pour ce qui est des populations dites traditionnelles, les 30% « d’illettrés ».

 

  1. « Isolement versus présence humaine dans le numérique », y compris dans le domaine public. Que fait-on avec des guichets virtuels ?

 

  1. Quelle est la place de la technologie, forme d’interaction, contenu ?

 

  1. On ne peut se diriger vers le monde numérique en ordre dispersé. Des milliers d’expérimentations sont lancés, peu de coordination sont mises en place et les bilans sont rares.

 

  1. L’absence d’ouverture internationale est certainement une faiblesse.

 

  1. Quels sont les intérêts d’une démocratie des flux, forme de consultation presque constante, rôle de l’immédiateté, forme nouvelle de populisme (empowerment qui a mal tourné !)

 

Pour Marco Diani, les nouvelles formes de relations au numérique doivent être analysées et c’est ce qui importe. Elles créent de nouveaux territoires. Ce sont des nouveaux territoires du « numéralitique », affirme-t-il en créant à cette occasion un néologisme.

 

Source : Ruralitic 2013, Université d’été des territoires numériques qui s’est déroulée au Centre de Congrès d’Aurillac (Cantal),  les 11 et 12 septembre 2013, http://www.ruralitic.org

Quel modèle pour la société du numérique ?

Gilles Babinet a donné son opinion dans le domaine du numérique en commençant par une position marquée. « Je ne suis pas sûr que pour la France, il faut utiliser le modèle californien, il faut s’intéresser à la société que nous voulons construire ». Il voudrait également éviter le modèle coréen, qui ne créé pas un pays heureux, car la société doit se remettre à penser. Il pose alors quelques questions pour préciser sa pensée.

 

Veut-on construire une éducation qui traumatise les enfants ? On sait que le partage permet d’apprendre plus rapidement. Pourquoi ne pas l’introduire ?

 

Comment repenser l’enseignement supérieur, pourquoi ne pas construire des cafés éducatifs et ainsi permettre au moindre village d’avoir  accès  à la connaissance ?

 

Veut-on créer des hospices automatisés et intégrer une société « jeuniste » excluant les personnes âgées que nous ne voyons pas, ou créer au contraire des échanges intergénérationnels ?

 

Quelle société de consommation voulons-nous ? Société consumériste qui gaspille ? Quelle économie locale ?

 

Il faut faire en sorte que les débats existent, l’utopie est perdue. Ce qui est important, c’est la réalité.

 

Pour Gilles Babinet, il y aura une réforme et c’est la fin de l’emploi salarié comme mode de travail unique  Il faut re-comprendre la réalité de l’emploi. On doit observer ces modèles qui constituent des niveaux de cohérence qui deviennent acceptables. C’est ce que font des communautés en Suède ou au Japon

 

Source : Ruralitic 2013, Université d’été des territoires numériques qui  s’est déroulée au Centre de Congrès d’Aurillac (Cantal),  les 11 et 12 septembre 2013, http://www.ruralitic.org