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Arts, cinema, théatre, spectacle….

Interpositions. Montage d’images et production de sens

Analyse du livre de :

Andreas Beyer, Angela Mengoni, Antonia von Schoning, dirs,

Interpositions. Montage d’images et production de sens, Paris, Éd. de la maison des sciences de l’homme, coll. Passages/Passagen, 2015, 208 pages

Issu d’un colloque intitulé Interpositions et conséquences des images qui a eu lieu à Paris à l’Institut national d’histoire de l’art en 2013, l’ouvrage se caractérise par deux critères d’excellence. D’une part, il est international, certes d’essence franco-allemande, mais les textes sont excellemment traduits, ce qui le rend très compréhensible. D’autre part, chacun de ses articles est construit sur le même modèle, soit un exemple et un apport théorique, ce qui fait du livre une base pour la conception de cours à destination d’étudiants en master ou doctorat.

La longue introduction d’Andreas Beyer (pp. 9-15) témoigne de l’ambition : « promouvoir les sciences traitant des particularités, des fonctions, de la puissance, du pouvoir et de l’impact des images » (p. 9). Aussi résume-t-elle l’ouvrage écrit dans le cadre du projet Eikones en une phrase : « Si elle veut faire face aux difficultés auxquelles elle est confrontée, la société de l’image est de plus en plus dépendante d’une critique de l’image (Bildkritik) » (p. 11).

Proposée par Martin Muller, la première contribution (pp. 19-35) a pour modèle l’encyclopédie et se caractérise par le montage, la construction d’un ordre spécifique ainsi que le renvoi. L’encyclopédie renvoie à la notion de montage : « On peut considérer comme un montage d’image le procédé spécifique de production de sens qui distingue l’Encyclopédie dans son dispositif formel et détermine fondamentalement l’ordre de ses planches et des éléments visuels qui les composent » (p. 19) ; « Le terme de montage renvoie en premier lieu à son origine qui le rattache au langage de la technique de fabrication industrielle » (p. 20, 21). Dans sa fabrication, l’encyclopédie décrit la division des tâches que l’on retrouve dans la fabrication industrielle. Les planches sont divisées en parties pour expliquer les modes de fabrication. Outre ce montage, l’encyclopédie a une autre caractéristique : l’apparition d’un document dans lequel le rangement n’est pas l’ordre alphabétique. L’encyclopédie se veut « la figuration du système des connaissances humaines sous la forme d’une arborescence à partir de trois types de connaissances propres à l’entendement humain, la Mémoire, La Raison et l’Imagination » (p. 24, 25). Cet ordre se ramifie dans les domaines d’application de l’histoire, de la philosophie et même de la poésie, chacun de se subdivisant en sous-domaines. Enfin, le mot voyez est utilisé comme outils de construction. Ainsi les renvois « ont[-ils] pour fonction de compenser dans les volumes de textes de l’Encyclopédie, l’antinomie de ces deux principes d’ordre » (p. 25), en l’occurrence la subdivision des connaissances et l’ordre alphabétique. La conclusion se situe dans le constat que « les planches encyclopédiques touchent aux limites de la représentation visuelle, ou plus précisément figurative, des connaissances et du savoir » (p. 30), ce qui peut conduire à des constellations sémantiques particulières (pp. 19-35).

Antonia Von Schöningest consacre la deuxième contribution (pp. 37-53) à l’œuvre de Johann Jakob Scheuchzer, médecin, savant et naturaliste suisse qui a réalisé des volumes sur l’histoire de la terre. Ici, le concept fondamental est celui de l’histoire naturelle qui aurait été forgé par Pline l’Ancien : « L’historicité et l’évolution historique ne sont pas encore une problématique de cette histoire naturelle, où il s’agit plutôt de dépeindre les qualités et l’apparence des choses, afin de les identifier et les classer selon un ordre naturel absolu et rationnel » (p. 38). L’étude du texte de Johann Jakob Scheuchzer est également consacrée à une classification. L’auteur met en avant le fait que « la description des objets se fait la plupart du temps en latin, mais on trouve aussi des noms allemands, français et même arabes » (p. 39). Le travail de Johann Jakob Scheutzer portait sur la définition et l’interprétation des fossiles à une période où la croyance dans le déluge ou la grande catastrophe était déterminante : « D’un côté de nombreux auteurs tenaient les fossiles pour des jeux de la nature, ludi naturae […]. Les uns attribuaient à la nature une vis plastica, un pouvoir de création qui lui permettait de générer toutes formes minérales possibles. Les autres expliquaient les fossiles en s’imaginant, disséminées dans la terre des graines qui produisaient des formes ressemblant à celle que l’on trouvait à la surface du globe. […] De l’autre côté, on émettait au sujet des fossiles, l’hypothèse qu’il s’agissait des restes d’une vie passée. Cette interprétation faisait à son tour surgir de nouvelles questions sur l’âge des objets trouvés et les raisons de leurs fossilisations » (p. 41). Cette contribution révèle que l’ensemble du texte met en relation les fossiles avec des figures allégoriques que sont les personnifications de la Constance (Constantia), de la Pitié ou de la Crainte de Dieu (Timor Dei) (pp. 37-53).

Le chapitre d’Anke Te Heesen (pp. 55-68) s’attache au thème du rangement de la connaissance dans des meubles ; et ce dans la lignée du naturaliste Georg Foster : « Ouvrir et fermer, déplacer et multiplier, condenser et relier sont les concepts clés de l’histoire à la fois interne et externe du meuble armoire » (p. 66). L’auteur part du principe que la difficulté de l’histoire naturelle est la multiplicité des objets que l’on a commencé à ranger dans des bahuts, des châsses-reliquaires, puis dans les armoires qui sont devenues des moyens pour présenter les objets sous forme de collection. Cette fonction de l’armoire qui est celle de la présentation et de la collection est déterminante dans la naissance de l’institution qui se développerait au cours du xviiie siècle et qui se nomme musée. Les armoires deviennent donc de véritables dispositifs de stockage et de classification, dans le sens où un ordre de juxtaposition et de rangement existe et correspond à une science (pp. 55-68).

La galerie électorale de Düsseldorf est le thème traité par David Ganz (pp. 71-86). De fait, cette galerie est une reproduction sous forme de gravure des tableaux du prince électeur du Palatinat. Elle a été publiée en 1778 à Bâle. L’auteur qualifie la reproduction de remontage ou de montage au second degré : « Elles transcrivent le montage de premier degré dans un espace virtuel fictif et procèdent du coup à un remontage de ce qui a été monté, à un réarrangement sous certaines conditions médiales spécifiques » (p. 72). La relation entre la collection réelle et cette même collection présentée sous la forme de gravure est, par le fait, une forme de traduction : « L’ordonnance temporaire de l’accroche s’inscrit dans la durée, un effet qui est assurément voulu, mais qui soulève aussitôt le lien entre musée réel et musée de papier ». De plus, ce catalogue introduit la distinction dans son écriture entre l’estampe qui est reproduction sous forme de gravure d’un tableau et les gravures qui restituent l’accrochage des différents tableaux sur un mur. Dans ce dernier cas, David Ganz note l’importance des cadres. Derniers éléments, cette œuvre apparaît à un tournant historique dans les collections d’arts, celui où les collections des princes et des riches marchands évoluent vers le musée dans une perspective d’histoire de l’art (pp. 71-86).

Le Musée imaginaire d’André Malraux (1947) est la référence étudiée par Georges Didi-Huberman (pp[RH1] . 89-109 ). Ce dernier qualifie le travail réalisé par André Malraux de remontée dans le temps : « C’est en remontant l’art qu’il en invente l’histoire » (p. 89). Le Musée imaginaire est une entreprise éditoriale dont André Malraux fut le maître d’ouvrage et le metteur en scène. C’est cette dernière fonction qui intéresse le plus Georges Didi-Huberman. La première remarque est l’introduction implicite d’objet dans ces ouvrages : « Des objets absents du Louvre peuvent donc réintégrer le Musée Imaginaire, vitraux, tapis ou fresque par exemple. Des outils cachés à notre regard révèlent désormais leurs qualités d’œuvres d’art : sceaux, intailles, monnaies. Sans compter l’immense production non occidentale que Malraux s’enorgueillit, bien exagérément, il va sans dire, d’avoir restituée au monde de l’art universel. La grande fécondité du Musée imaginaire par rapport au musée traditionnel tient donc dans sa capacité pratique, technique de faire rencontrer enfin des objets éloignés dans l’espace ou dans le temps » (p. 91).

La technique utilisée est celle de la photographie, laquelle, par sa nature de document, de prélèvement ou d’enregistrement devient un outil de révélation, de persuasion et de certitude. Georges Didi-Huberman note l’honnêteté d’André Malraux. Elle « consiste, ici, à revendiquer clairement l’ensemble de ses opérations et, même, à en tenter une justification théorique » (p. 97). En ce qui concerne le cadrage, André Malraux utilise volontiers « le gros plan qui à la fois nous rapproche de l’objet et nous permet de le rapprocher de l’autre » (p. 97). Ceci permet par exemple à André Malraux de rapprocher une statue de l’art gothique de Reims à l’art bouddhique du Gandhara, ou encore de mettre en parallèle une tête sculptée de Pablo Picasso et une statut de fécondité de l’époque sumérienne. La question posée par l’ouvrage d’André Malraux est celle de la remise en cause de l’institution muséale, quelle qu’elle soit. Georges Didi-Huberman aboutit à une conclusion différente : « Cela ne veut pas dire qu’il faille déserter nos musées, renoncer à nos livres d’art ou cesser d’admirer la sculpture africaine à l’aube de nos préoccupations les plus actuelles. Cela veut dire qu’il faut réintroduire la division dans nos émotions esthétiques elles-mêmes : division anthropologique et division historique (c’est-à-dire, en dernière analyse, politique) » (p. 100). Ainsi, chez André Malraux, l’art  est-il pensé comme une resacralisation et une purification de la vie historique (pp. 89-109).

Luis Pérez-Oramas traite des Parangole Botticelli (pp. 111-129). Ce sont des formes carnavalesques utilisées en Amérique latine et trouvant leur inspiration dans l’œuvre de Sandro Botticelli. Luiz Pérez-Oramas cherche à savoir s’il faut voir des œuvres « comme une contaminatio de ce qui est proche ? Avec une configuration spatiale donnée a priori, où les œuvres deviennent inévitablement l’objet d’une dispositio, d’une mise en espace muséale » (p. 111). Il utilise d’abord la notion d’objet théorique empruntée à Louis Marin[RH2]  (Opacité de la peinture. Essais sur la représentation en Quattrocento (Éditions de l’EHESS, nouvelle édition, 2006) Ainsi celle-ci « prend[-elle] une dimension (peut-être) nouvelle, dans la mesure où elle répond à la logique d’une pensée prudentielle : opératrice de connaissance et savoir médiateur entre la vocation universelle de la théorie, face à laquelle la nature accidentelle et empirique des objets oppose sa résistance, et l’habitus, la connaissance habituelle, la coutume ou la simple pratique des objets, qui n’est jamais simple, incapable de rendre compte de leur transformation en objet actif, de leur activation au cœur d’une expérience qui est toujours anachronique » (p. 113). Hélio Oiticica est l’un des principaux concepteurs de parangole. Il appartient au mouvement du néo-concrétisme. Dans le manifeste de ce mouvement (1959), il est possible de lire que ces artistes ne conçoivent pas une œuvre d’art comme une machine, pas non plus comme un objet, mais comme un quasi-corpus. Luis Pérez-Oramas s’intéresse donc à la relocalisation d’une œuvre d’art qui se caractérise par une « altération, déformation, transfiguration » (p. 125) associée à une « survie d’une ancienne logique rhétorique qui se trouve au fondement d’une théorie humaniste de l’art » (ibid.). Le décalage historique reste présent : « Les images de Botticelli parlent d’une antiquité au-delà de l’Antiquité de même que le parangole parle d’un art au-delà de la modernité dans lequel il trouva sa première source » (p. 123). Le parangole correspond également à une action : « Le mot parangole veut dire dans l’argot carnavalesque de Rio de Janeiro une soudaine confusion, une agitation entre les personnes » (p. 125). Cet art du parangole à la fois issu de l’antiquité se veut une forme dans laquelle on lie l’aspiration à la modernité à la forme du moderne (pp. 111-129).

Angela Mengoni (pp. 131-149) s’intéresse à l’Atlas de Gerhard Richter qui est une œuvre d’art composée de grands tableaux sur lesquels sont accolées les images. Dd’abord, elle remarque que l’utilisation de planches normalisées de 51,7 cm sur 66,7 cm crée « les conditions de possibilité de stockage » (p. 132). Comme les premières planches sont formées avec des photographies tirées des albums de famille, Angela Menagoni distingue cette partie de l’œuvre qu’elle qualifie de « sorte de bagage mémoriel qui aurait accompagné Richter dans son voyage pour ensuite se déployer sur les panneaux mobiles » (pp. 132-133). Cet atlas avait pour vocation d’être exposé ; la première exposition a eu lieu à Utrecht en 1972, date à laquelle l’œuvre quitte le qualificatif de materalien (matériaux) pour se nommer Atlas. À ce moment, « l’indifférence à l’égard de tout critère de hiérarchisation interne et de sélection des sujets ferait de l’Atlas une archive anomique, une archive sans nomos, sans loi ni principe organisateur » (p. 135). De fait, Angela Mengoni remarque qu’il y a un ordre archival lié à « la prolifération visuelle en elle-même ou bien dans la sérialité de la grille comme autant de corrélats symboliques d’une anesthésie mémorielle » (p. 117). Nous sommes en face d’une polarité entre deux tensions. La simple juxtaposition d’images dans une accumulation proliférante empêche toute sélection d’opérer et produit un effet amnésique, la possibilité de mise en relation, d’une corrélation entre les images agit sur la conscience du spectateur chez lequel il crée une élaboration. Le mélange d’image familiale et d’image prise à l’extérieur, de publicité, crée un sentiment particulier que relève Angela Mengoni : « Cela implique l’expérience, pour la génération de Richter, de la permanence non reconnue, mais effective de la violence historique au cœur du confort du Heimat » (p. 140). Angel Mengoni se réfère à Paul Ricœur et remarque que « seule la mise à distance de ce passé inassimilé, c’est-à-dire sa progressive élaboration, permet de libérer le présent vers la tension au futur qui lui est propre. Au contraire, un passé qui n’a jamais eu lieu n’a pas libéré le champ du présent, il y reste incrusté » (pp. 144-145). Avec l’œuvre de Gerhard Richter, le spectateur se retrouve en face d’un rapport de postérité, de dépendance, donc de solidarité vis-à-vis de ses propres vécus, avec la dépendance de sa propre vie. Ainsi cet atlas est-il un révélateur pour celui qui le regarde : « Tel un sismographe de la mémoire, l’Atlas détecte par endroits cette mémoire inaccomplie de ce passé dénié qui persiste et insiste dans le présent ». Ces visuels entreposés sur ces planches sortent de leur état pour agir comme un dispositif qui ne serait rien d’autre qu’un devenir-voir ou un devenir-savoir, donc avec un effet similaire au travail de révélation de la psychanalyse (pp. 131-149).

Antonio Somaini étudie le cinéma de Sergueï M. Eisenstein (pp. 153-176). Ce cinéaste russe de la période soviétique né le 10 janvier 1891 à Riga et décédé le 11 février 1948 à Moscou est souvent considéré avec David W. Griffith et Abel Gance comme l’un des « pères du montage ». En outre, c’est un théoricien du montage car il s’est penché sur son cas toute sa vie. Selon lui, un montage n’était pas destiné à une opération spécifique au cinéma, mais pouvait être présent dans d’autres œuvres. C’était « une façon de produire du sens à travers la composition d’éléments hétérogènes qui pouvait trouver des applications bien au-delà du cinéma » (p. 154). Sergueï M. Eisenstein considérait que « la théorie du cinéma avait toujours été inséparable d’une réflexion sur son histoire, et comment cette double visée avait, à son tour, toujours été en étroite corrélation avec sa pratique cinématographique » (p. 155). C’est le point de départ de la réflexion d’Antonio Somaini. Un des éléments de cette réflexion concerne le « carré dynamique », idée que Sergueï M. Eisenstein avait mise en avant pour refuser les formats au cinéma et disposer d’une forme variable. Il souhaitait « une forme variable et dynamique, en mesure de s’adapter à toutes les exigences possibles de la composition du cadre » (p. 157). L’histoire n’a pas été le cadre de cette émergence. Le second point de réflexion est celui de la couleur, laquelle, selon lui, ne doit être utilisée que de façon mimétique et naturaliste. Pour Sergueï M. Eisenstein, le montage était une forme heuristique, herméneutique et descriptive capable de se proposer comme forme de pensée et de connaissance. Pour le cinéaste, le montage n’est pas une disposition linéaire d’images orientées vers une continuité narrative, mais c’est « l’exploration de la force productive du conflit, du choc, de la collision entre éléments hétérogènes », (p. 159). Ce serait le principe dramatique, et la création d’une activité comparative chez le spectateur (pp. 153-176).

Ute Holl consacre sa réflexion à l’œuvre cinématographique de Friedrich Wilhem Murnau (pp. 167-188). Friedrich Wilhelm Plumpe est le nom d’artiste d’un réalisateur allemand né le 28 décembre 1888 à Bielefeld (Allemagne) et mort accidentellement le 11 mars 1931 à Santa Barbara (Californie). Ce réalisateur est considéré comme l’un des maîtres du cinéma expressionniste allemand. Ute Holl s’intéresse elle aussi au cadre : « Les limites de l’écran ne sont pas comme le vocabulaire technique le laisserait parfois entendre, le cadre de l’image, mais un cache qui en peut que démasquer une partie de la réalité » (p. 175). Elle évoque le rôle de l’expressionnisme en étudiant des images où les hommes sont cachés par des nuages : « Le nuage fait apparaître une contradiction fondamentale dans la technique culturelle de représentation en mettant à l’œuvre une spatialité humaine affectée par la transcendance » (p. 180). Ainsi, dans la représentation que le spectateur se fait, le nuage introduit-il subtilement une contradiction qui suggère une déchirure. Une autre vision possible est celle de pouvoir recouvrir de façon à rendre des éléments invisibles. Ce type de montage suggère un travail de rêve pour éliminer l’histoire et la politique (pp. 167-188).

Peter Tscherkassky est l’objet de l’étude de Christina Blümlinger (pp. 189-203). Peter Tscherkassky est un cinéaste autrichien né le 3 octobre 1958 à Vienne, considéré comme un parfait représentant de l’avant-garde dans les années 70. Il utilise des effets liés à la découpe de film et la pose d’élément sur l’image. Christina Blümlinger parle de sérialité : « La multiplication verticale des plans crée une mise en boucle de certains mouvements et une répétition des gestes » (p. 194). Cette sérialité serait intensifiée par l’utilisation de moyens techniques pour faire en sorte que le son ne soit pas synchrone avec l’image. Christina Blümlinger évoque l’idée de tradition bruitiste, de musique concrète ou de son acousmatique. Ces répétitions de geste et ces usages du son conduiraient à un cinéma dont les effets ne seraient pas intentionnels, mais créeraient en revanche une énergie invisible. Cette partie est plus courte que les autres, peut-être à cause de la contemporanéité de ce cinéaste (pp. 189-203).

D’excellente qualité, cet ouvrage présente un seul défaut, celui de supposer que le lecteur connaît les artistes étudiés. Sur le plan formel, il ne possède pas de conclusion. Il se situe dans une approche selon trois axes d’opposition. C’est d’abord celui de l’érudit contre l’ignorant ; il impose donc de connaître ou de s’intéresser aux artistes étudiés. Ensuite, il s’agit de l’opposition entre l’organisé et le désordonné puis de celle de l’ordre contre le chaos ; ces deux derniers axes servent de fondement aux réflexions sur le cadre, le montage, les formats et les représentations.

Bruno Salgues

 

Ce texte est publié dans « Questions de Communication », numéro 28

Andreas BEYER, Angela MENGONI, Antonia von SCHONING

Ma fiche de lecture dans question de communication

Questions de communication, 28

Éditions universitaires de Lorraine, 2015, 402 pages

(20 euros)

 

Commander :

http://www.lcdpu.fr/livre/?GCOI=27000100023970


Disponible sur Cairn.info :

http://www.cairn.info/revue-questions-de-communication.htm

 Pour lire la fiche ici : cliquez : qdc28-nl35-salgues

 


Avoir les honneurs du journal le 31 décembre …..

Monique Marie Ihry est dans le journal pour ses oeuvres le 31 décembre ….

De quoi bien finir l’année …

midilibre31dec

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Et bientôt un nouveau livre …

 

 

Les frères Jacquard détricottent la musique …

 

Les frères jacquard nous avaient conviés à Roubia sur la péniche Le tourmente pour un spectacle. Ce petit village de 500 âmes est situé dans l’Aude au bord du Canal du Midi. L’invitation commençait par ces mots : « Mini Tour en cœur d’Hérault, si vous ne venez pas aux frères Jacquard, les Jacquard viendront à vous ! ».

La première impression fut un sentiment de ringardise quelque peu accentué par la présence de la péniche. La patte d’éph des pantalons ainsi que les cravates des années 70 confirmaient cette impression « has been », mais ce ne fût qu’une erreur d’interprétation première. Le look s’avérait en fait parfaitement cohérent avec un concert de tubes des années 70 fortement revisités. Par ailleurs, la cravate servait essentiellement à s’essuyer le front baigné de sueur !

Le principe est simple : une mélodie auquel on attribue des paroles d’une autre chanson, des textes nouveaux et hilarants sur des musiques connues. N’essayez pas de comprendre comment c’est fait, laissez-vous envoûter par le spectacle. Johny Halliday, la Compagnie créole, Cabrel, Indochine, Polnareff et bien des autres sont mis à contribution.

Le groupe est composé de trois hommes, trois guitares et trois voix excellentes. Dans une des chansons deux flûtes font leur apparition, l’une noire et l’autre une blanche, symbole des notes de musiques, mais cette chanson est plus que cela, c’est une allégorie du professeur de musique de l’interprète.

Les frères Jacquard sont aussi une performance scénique en soi, performance qui pourrait être rangée dans la case pitrerie, mais elle correspond si bien aux œuvres que cette mise en scène en devient parfaitement adaptée ! La scène musicale de l’envoûtement de la spectatrice sous les airs de la chanson « I love you » est particulièrement réussie, à tel point que la volontaire s’est prêtée au jeu.

Une chanson en l’honneur des Gorges du Tarn nous invite à aller faire un tour en canoé. Une autre est très terroir : « J’aime la saucisse de Francfort, j’aime la saucisse Morteau, j’aime la saucisse de Toulouse, mais celle que je préfère, c’est les knackies », une chanson est digne des anthologies. Une parodie de « Paris s’éveille » est également un vrai délice. Le public a aimé également « Bisous » et « Monique », deux titres qui font appel à du vécu.

Les frères Jacquard se nomment tous Jean, prénom additionné d’un autre, mais je ne suis pas certain que cela soit vraiment le leur.  Dommage qu’ils n’ont pas de disque sinon des cartes postales à emporter en souvenir. Il est vrai que le disque ne rendrait pas la performance scénique, mais pourquoi pas un DVD qui les filmerait !

Pour contacter les frères Jacquard

Mail : lesfreresjacquard@gmail.com

Et leur minitel plein d’infos : http://www.3615freresjacquard.com

SIANA 2015, c’est parti, inauguration le 2 avril 2015

il y a 10 ans, Hervé Perrard et moi-même, nous créons SIANA

SIANA 2015
C’est à partir du 2 avril

Découvrez notre grande exposition !
du 02 au 30 avril
à l’ENSIIE (Evry)

 

Avec Horizons MatricielsNicolas Rosette vous propose une immersion dans notre relation aux machines, une thématique idéale pour découvrir les arts numériques !

Sur une dizaine d’œuvres, sept ne se révèlent à vous qu’avec vous ; cette interactivité nous rappelle que la machine est le fruit de notre créativité. Mais au-delà l’exposition présente des créations qui stimulent notre imaginaire et nos représentations de ce monde qui est désormais le nôtre : interconnecté, mû par des machines quasi-autonomes et des algorithmes complexes. La densité de l’écosystème numérique est vertigineuse et cela nous amène naturellement à y projeter des représentations fantasmatiques plutôt qu’à le décrypter. En laissant nos inconscients agir et en programmant des machines pour décider à notre place, ne sommes-nous pas en train d’accomplir le destin funeste de mythes ancestraux ?

Vous pourrez le voir, les grandes questions du numérique sont voisines de nos interrogations quotidiennes, et les artistes y apportent leurs réponses sensibles.
Avec : Marie-Julie Bourgeois, Bertùf, Michaël Cros, Tomek Jarolim, Jean-Benoit Lallemant, Grégoire Lauvin, et les collectifs One Life Remains et Spéculaire.

Vernissage le 2 avril à 18h30 à l’ENSIIE
Venez rencontrer les artistes !
Ouverture du 2 au 30 avril, du mardi au samedi, de 13h à 18h
Accès par le 17 cours Blaise Pascal, 91000 Évry

Découvrez l’exposition de manière privilégiée, avec une visite guidée, sur demande.
Pour les groupes, en complément de la visite, nous proposons divers ateliers tout au long de la manifestation, en partenariat avec l’association Préfigurations et l’Atelier Canopé Essonne.

 

Pour en savoir plus : http://www.siana.eu

Téléphone mobile et création, un ouvrage ….

Ce texte est un commentaire de l’ouvrage de Laurence Allard, Laurent Creton, Roger Odin, qui a pour titre Téléphone mobile et création paru aux éditions Armand Colin, collection Recherches, en 2014.

Une version de ce commentaire est paru dans :

Question de Communication, numéro 26-2014

Globalement, j’ai pris beaucoup de plaisir à lire cet ouvrage de grande qualité. Certes, certaines thèses développées m’étaient connues depuis longtemps, notamment celle de Maurizio Ferraris pour qui « le téléphone portable est une machine à écrire » (p. 23) ou celle de Serge Tisseron selon laquelle le « téléphone mobile a, bien entendu, bouleversé la pratique photographique » (p. 117). Serge Tisseron analyse la triple révolution apportée par la téléphonie mobile : libération de la pratique, possibilité de voir immédiatement, inversion du rapport de la photographie à l’acte de voir (p. 118). Thèse moins répandue, Roger Odin, Benoît Labourdette, William Uricchio voient dans cet appareil un outil du cinéma (pp. 37-79). William Uricchio rappelle que « l’histoire du cinéma en général s’enracine tout particulièrement dans le réflexe documentaire » (p. 65). Plus loin, ce même auteur explique que, « depuis son origine, le documentaire a mis en relation ses spectateurs avec les évènements du monde » (p. 66).

Dans le livre, la fin de certains modes de communication est relevée. À titre d’exemple, la communication directe avec la personne et la connaissance de sa localisation ont fait disparaître des phrases telles « Je vous le passe », phrases que l’on prononçait pour rentrer en contact avec une personne lorsque l’appel se faisait sur le téléphone familial.

Ce livre analyse également des fonctions importantes et nouvelles telles la portabilité (p. 38), la possibilité de manipuler (pp. 31-32), celle de sauvegarder (pp. 30-33) et la capacité à construire des objets sociaux (pp. 33-34). La multiplicité des fonctions est relevée par Roger Odin (p. 39). La coopération et la collaboration sont aussi des mots clés.

Le téléphone mobile est un lieu de rencontres, non seulement de personnes entre elles, mais également de ce qu’aucun des auteurs de cet ouvrage n’ose appeler rencontre des technologies. Roger Odin offre une excellente analyse de la rencontre entre le téléphone mobile et le cinéma. Sans lui, « des films entiers n’auraient pas été possibles » (p. 38). À juste titre, il fait remarquer que le téléphone mobile a peu modifié la technique cinématographique, mais il a influencé de façon importante la narration (p. 41). Il permet l’interactivité avec le spectateur, ce qui ajoute une composante au spectacle photographique (pp. 49-50). Benoît Labourdette (pp. 55-59) insiste sur une différence majeure avec d’autres technologies ; celle-ci concerne le public qui s’ouvre et s’élargit. Si la vision d’un film super 8 était auparavant limitée au champ familial, la caractéristique du téléphone mobile est quant à elle de diffuser au monde entier, depuis 2005 environ, la production via des plateformes (pp. 55-59). La modification de la narration est conceptualisée par William Uricchio : « Digitalisation, mise en réseau et accessibilité, ces trois facteurs ont permis une intense participation, élargi la notion de données jusqu’à inclure la localisation et changer fondamentalement la notion du sujet documentaire (p. 62).

Ce livre rappelle un fait essentiel. L’impact économique de l’objet n’est pas négligeable ; il permet de réduire les coûts de production de films de cinéma au même titre que le caméscope, la webcam… Le volume de la production partageable est aussi un sujet de réflexions. « Alors que j’écris ce texte, les usagers de YouTube mettent plus de 72 heures de vidéo en ligne toutes les minutes et Facebook pousse plus du milliard d’usagers à mettre en ligne sur leur page personnelle, au jour le jour, leur autobiographie multimédia (photos, vidéo-clips, cartes de géolocalisation, liens et pages de journaux intimes » (p. 63).

En Afrique du Sud, le projet Yoza présenté par Steve Voslo (pp. 101-106) est très intéressant par les enseignements qu’il suggère. Ils prennent la forme de leçons : faire participer le public, renouveler rapidement les contenus, bien prendre en compte le fait que le mobile est toujours connecté, les utilisateurs savent ce qu’ils veulent et l’expriment, les utilisateurs veulent commenter et voter, il faut tirer parti des réseaux existants, l’usage s’érode dans le temps et il y a des fans fidèles qui s’expriment et beaucoup d’utilisateur muets (pp. 103-106). L’article de Christopher Kirkley (pp. 107-115) sur l’échange de musique dans les communautés touareg est passionnant. Il décrit les conditions des échanges de personnes à personnes – en général par Bluetooth – et ceux qui ont lieu par le réseau. Le lien entre la technologie et l’usage est parfaitement analysé (pp. 107-115).

Au début de son texte, Nicolas Nova (pp. 129-138) cite les noms attribués à ce dispositif selon les pays : « mobile, cellulaire, natels, gsm [global system for mobile communications], Handy, Keitai ». Malheureusement, il n’analyse pas les conséquences sociales, quand l’appareil est vu comme un élément de la mobilité, un prolongement de la main – une prothèse – ou un dispositif technologique, ce qui prédétermine des usages, comme j’en fais part dans mes publications. Par la suite, le contenu relatif aux applications géolocalisées est très intéressant, non seulement dans la description des exemples choisis, mais également dans la conclusion qui montre à la fois la détermination technologique et l’existence pour la plupart des utilisations de ce que l’on nomme usages détournés.

La contribution d’Anne Jarrigeon et de Joëlle Menrath (pp. 83-100) est une des rares à posséder une entrée technologique car elle est consacrée au sms (short message service), ces messages courts qui sont devenus des succès insoupçonnés. Pour montrer l’originalité de ce texte, ces deux auteures expliquent que la majorité des analyses sont d’ordre linguistique, mais elles ignorent beaucoup de travaux sociologiques ainsi que ceux issus des technologues. Elles ont recours à Laurence Allard qui a explicité le caractère performatif des sms. Pour cette dernière, c’est un des moyens du « travail expressif à travers lequel les individus performent leur identité » (p. 84). Anne Jarrigeon et Joëlle Menrath se limitent alors au sms en tant que pratique d’écriture ; elles annoncent un discours situé « à la croisée des sciences de la communication, de l’anthropologie et de la psychanalyse » en ignorant de nombreuses bonnes études réalisées dans ce domaine et en pratiquant également l’autocitation de façon excessive. Le sms est devenu banal, il suffit de connaître le nombre de sms envoyés pour s’en rendre compte. Elles se référent trop rapidement à trois thèses, en l’occurrence celle de l’expérience identitaire de Paul Ricœur (Bourdieu P., 1986, « L’illusion biographique », Actes de la recherche en sciences sociales, 62/63), celle de l’idiorrythmie de Roland Barthes (1977, « Comment vivre ensemble ? – Sur l’idiorrythmie , cours au Collège de France – janvier-mai 1977 », accès : http://rhuthmos.eu/spip.php?article1346, consulté le 13/01/15) , et enfin celle de la compétence personnelle. Pour ce dernier cas, elles citent la conférence de Ted de Sherry Turkle, (accès : https://www.ted.com/talks/sherry_turkle_alone_together, consulté le 13/01/15) alors qu’il existe de nombreux travaux dans ce domaine, dont l’un des premiers publiés en français de Leopoldina Fortunati et de Marina Chiaro (1999, « Nouvelles technologies et compétence des usagers », Réseaux, 96, vol. 17, pp. 147-182). Elles ne réutilisent pas tout à fait à bon escient Michel de Certeau (1980, L’Invention du quotidien, 2 tomes Paris, Gallimard, 1990) avec le concept de braconnage situationnel. Il en est de même sur les limites de la performativité de la téléphonie mobile au sujet desquelles il existe de nombreuses publications, notamment celles de Christian Licoppe (Licoppe C., Zouinar M., coords, 2009, Réseaux, 156, « Les usages avancés du téléphone mobile »).

Petite déception, certains auteurs n’analysent le sujet que de façon partielle ou comme complément d’une thèse qu’ils développent. C’est particulièrement vrai pour ce qui est de l’article de William Uricchio (pp. 61-80) qui traite pendant quinze pages du documentaire social et dédie seulement trois pages au téléphone mobile. Il aurait été raisonnable de demander à cet auteur de réduire cette première partie. Le texte de Thomas Paris (pp. 171-182) contient onze pages de description de l’économie de la création, et ce, sans références au téléphone mobile ; cela ressemble à un cours dont peu de pages concernent le sujet. En revanche, l’intéressante présentation de CrowdVoice par Esra’a El Shafeï (pp. 81-82), réduite à deux pages sur le service open source permettant de faire connaître des mobilisations sociales et politiques, aurait mérité davantage d’explications. Il en va de même d’Iranian Stories proposé par Thibault Lefèvre, Louis Racine, Nicolas Rouilleault et Cyril Cadars (pp. 163-169). Ces auteurs présentent une plateforme de recueils et de diffusion de témoignages sur la situation en Iran, ainsi que des compléments comme une chronologie de la période concernée. Ils démontrent l’intérêt de telles solutions technologiques et le rôle que joue le téléphone dans ce domaine.

L’article d’Anne Jarrigeon et de Joëlle Menrath (pp. 83-100) contient trop de notes en bas de pages, dont toutes ne sont pas utiles. Ces dernières auraient mérité d’être intégrées dans le texte. Le texte de Laurence Allard (pp. 139-162) a pour titre « Express Yourself 3.0 ! Le mobile comme technologie pour soi et quelques autres entre double agir communicationnel et continuum disjonctif soma-technologique ». Ce titre appellerait une traduction dans un langage plus lisible. Assurément, ce texte est le plus insatisfaisant du recueil. 

L’intérêt de l’ouvrage est de mobiliser des disciplines multiples, signalées comme « sociologie, psychologie, économie, esthétique, ergonomie, musicologie, pragmatique » (quatrième de couverture). Il est globalement très agréable à lire ; par conséquent,  il est ouvert à tous les publics. Il permet de réfléchir sur ses propres pratiques en matière de téléphone mobile et d’envisager de nouvelles utilisations.


Une histoire des festivals, XXe-XXIe siècle, un livre pour comprendre

Ceci est le commentaire du livre :Anaïs Fléchet, Pascale Goetschel, Patricia Hidiroglou, Sophie Jacotot, Caroline Moine, Julie Verlaine, dirs, Une histoire des festivals, XXe-XXIe siècle, Paris, Publications de la Sorbonne, coll. Histoire contemporaine, 2013, 354 pages

Une version de ce commentaire est paru dans :

Question de Communication, numéro 26-2014

Cette histoire des festivals est un ouvrage collectif à la fois original, passionnant et international. Ce dernier point en fait un livre spécifique qui compare les festivals « à la française » avec ceux d’autres pays européens comme le festival de Salzbourg en Autriche (pp. 203-216) ou encore les Festik et Festat du Cameroun (pp. 187-201). L’ouvrage s’intéresse à différentes formes de festivals : musique, cinéma, bande dessinée, chanson, etc. Ceci en fait un élément intéressant, auquel il faut ajouter le volume.

Le point fort de l’ouvrage est la mise en perspective de chacun des thèmes abordés sous formes de monographies, pour lesquelles il manque cruellement des chapitres de synthèses. Si les auteurs se refusent à définir la notion de festival qui est de fait leur sujet d’étude, c’est que, selon eux, le travail serait alors illusoire : « La définition et la pertinence même de la forme festival sont interrogées », affirment-ils dès les premières pages (p. 10). Ils assurent que « la question des espaces et des moments publics apparaît comme cruciale » (p. 11). Le volume est composé de deux parties. La première nommée « Jalons et territoires » (pp. 17-147) présente « une perspective chronologique autour de l’émergence, des filiations et des générations » (p. 13). Intitulée « Formes et dynamiques » (pp. 149-330), la seconde consiste en un travail d’histoire comparative de différentes manifestations.

Le premier article, « Qu’est-ce qu’un festival ? Une réponse par l’histoire » (pp. 19-32), signé par Pascal Ory, se livre tout de même à une tentative de définition. Selon lui, festival est « un terme anglais qui ne prend son sens actuel qu’à partir du moment où il est adopté hors de son pays d’origine, pour un usage qui dépasse le sens original et dont peuvent rendre compte d’autres termes d’acceptation locale » (p. 19). Pascal Ory signale l’existence du nom à l’époque de la Restauration avec le festival du Nord qui a eu lieu en 1829. Le dictionnaire de 1838 rattachait ce genre à la France, et l’Encyclopédie des gens du Monde distinguait les festivals des comices agricoles issus de la circulaire Decazes de 1819, des expositions ou fêtes de l’industrie selon un modèle promu par François de Neufchâteau en 1798. Pascal Ory fait remarquer que le terme allemand de festspiel est repéré chez Johann W. von Goethe dès 1800 (pp. 19-32).

En étudiant le Fribourg International Film Festival, John Wäfler (pp. 99-107) décrit le festival comme un objet sociopolitique et un élément d’une politique culturelle, qui s’intéresse à un autre objet, soit le film dans le cas étudié. L’article de Caroline Moine (pp. 41-53) s’intéresse à l’enjeu des festivals artistiques pendant la Guerre froide. D’abord, elle annonce  un premier axe de réflexion centré sur des enjeux stratégiques à trois niveaux : diplomatique (il était important de se montrer puissant dans d’autres domaines que le domaine militaire) ; culturel (l’ambition était de faire redécouvrir le patrimoine national) ; économique (avec les revenus et les emplois que cela procure). Ce dernier point est réel, c’est l’essence du texte de Sotirios Haviaras et Marie-Noëlle Semet (pp. 151-159) pour qui la source des revenus est essentiellement touristique. Alice Byrne explique clairement les actions menées pour attirer les touristes dans le cas de l’unique Festival of Britain de 1951. Un autocar a fait le tour de l’Europe et le British Council a relayé la manifestation par des publications et des actions (pp. 233-249). Pour Caroline Moine, « c’était la nouvelle carte culturelle de l’Europe qui se jouait durant cette période » (p. 43). Elle cite plusieurs exemples. Le Printemps de Prague est fondé sur une composante patriotique. Le Festival de cinéma de Cannes était en concurrence de date avec la Mostra de Venise, avant de changer de période en 1951. Ce côté patriotique se retrouve aussi dans le Festival of Britain étudié par Alice Byrne, ou bien encore dans ceux du Mali présentés par Elina Djebbari (pp. 291-301). Il est défini comme « à la fois un vestige de l’indépendance et un exemple de réalisation d’une politique contemporaine dans un pays ouest-africain organisé en partenariat avec les organisations internationales », mais dans lequel « les pratiques culturelles sont utilisées à des fins identitaires » (p. 301). Cette même idée est également le fil conducteur de l’article de Catherine Coquery-Vidrovitch (pp. 317-330) sur Festac, Festan et Panaf, festivals qui se déroulent dans différents pays africains. A contrario, la Semaine d’art, fondée par Jean Vilar à Avignon, était présentée comme un acte de défi, de fondation et de rupture, qui « se voulut d’emblée comme un anti-Cannes et anti-Chorégies d’Orange, jugés trop officiels, trop classiques » (p. 45). Autre exemple, la Berlinale dans la partie Ouest de Berlin, « olympiade du film soutenue, avant tout, y compris financièrement, par des forces d’occupation américaines, dans un but géopolitique clair, et par les producteurs de cinéma américains qui y virent, après les festivals de cinéma déjà existants, une nouvelle tribune en Europe idéalement placée » (pp. 46-47). Des festivals ont été organisés dans différents pays de l’Est, ils sont destinés aux jeunes. Le deuxième axe de réflexion proposé par Caroline Moine est celui du rôle des festivals dans la démocratisation culturelle et la montée des mouvements contestataires. Dans un premier temps, la culture est présentée comme un élément essentiel du maintien de la paix, comme un vecteur du rayonnement de l’Europe et comme un moyen de favoriser la circulation des idées, des publications et des œuvres d’art d’un pays à un autre. Dans les années 60, la contestation est née dans les festivals avec l’idée de s’approprier les manifestations en changeant leurs règles de fonctionnement. En témoignent divers évènements, notamment l’ambiance insurrectionnelle et violente du festival d’Avignon de juillet 1968 qui semblait être une réplique des évènements de mai. L’intérêt de cet article est de bien montrer la dynamique des évolutions (pp. 41-53). Parfois même, selon Florence Tamagne, le public des festivals est assimilé à une horde de barbares, et un débat apparaît entre des manifestations qui se veulent pacifiques et les atteintes à l’ordre public quand elles sont présentées comme « de longues orgies, sur fond de drogue et d’hystérie musicale (p. 91). Stephano Pisu (pp. 55-62) complète le texte de Caroline Moine en analysant la place et le rôle de l’urss. Présente au début des grands festivals européens, par exemple à Venise en 1946 et 1947, l’urss s’en détournera et organisera ces propres festivals, manifestations souvent éphémères et fantômes. Pour les Soviétiques, il s’agit de construire des festivals autour d’un cinéma démocratique et progressiste (ce qui ne serait pas le cas des festivals occidentaux), mais aussi valorisant le cinéma soviétique et discréditant les organisations des festivals de l’Ouest. Un élément important a conduit à leur échec, et ceci malgré l’énergie mise par Yvan Bolsakov, ministre soviétique du cinéma et de la propagande ; c’est la faiblesse de la production locale. Cet article se lit avec plaisir, comme un roman (pp. 55-62) ! On retrouve cette concurrence entre l’Est et l’Ouest dans l’article de Laurence Guillon (pp. 175-185) sur les festivals juifs se déroulant dans les deux Allemagnes. Au Cameroun, la concurrence entre deux cultures existe ; faisons référence au Festik (vitrine du révisionnisme arabe-choa) et au Festat (renaissance de l’identité culturelle Sao Kotoko) (pp. 187-201). Un axe complète la description de Caroline Moine, c’est la notion de culture pour le développement que l’on trouve dans la contribution de Sarah Andrieu (pp. 123-138). La concurrence peut également être relativement locale, par exemple le Festival international de télévision fitv de Monte-Carlo créé en 1960 et le marché international des programmes télévisés (miptv) qui a démarré à Cannes en 1965 (p. 276). Cette situation permet à Caroline Poel (pp. 176-178) de traiter de la relation entre concurrence des manifestations, art et marché de façon argumentée et intéressante.

L’opéra était en disparition, les festivals les ont fait revivre. C’est ce que montre Aude Ameille (pp. 33-40). Elle commence par le sujet concernant la dégénérescence avec trois arguments. Le premier est que l’opéra est considéré comme un art bourgeois et, de ce fait, est discrédité. De plus, « l’utilisation qu’en ont fait les régimes totalitaires le fait apparaître comme un art dangereux » (p. 34). Enfin, « l’opéra apparaît, pour beaucoup de compositeurs et de spectateurs, comme un genre dépassé, poussiéreux, qui n’a plus sa raison d’être en cette seconde moitié du xxe siècle où les divertissements pouvant le concurrencer se multiplient » (p. 34). L’opéra semble voué à la mort et les grandes maisons d’Opéra cessent brutalement de proposer des créations dans les années 50. Selon Aude Ameille, le rôle le plus standard des festivals réside dans la relance de la création artistique : « Deux types de festivals ont joué un rôle non négligeable dans cette renaissance : ceux conçus spécialement pour permettre aux opéras d’être créés, ainsi que ceux qui existaient auparavant, consacrés aux œuvres du répertoire, mais qui après la Seconde Guerre mondiale, ont accueilli des créations » (pp. 35-36). L’auteure détaille trois exemples de festivals créés de toute pièce, et ce par des compositeurs. Le premier est le festival d’Aldeburg, se déroulant loin de Londres pour ne pas être traité de bourgeois et qui a été fondé en 1947 par le compositeur britannique Benjamen Britten. Le deuxième est le festival créé en 1958 par Gian Carlo Menotti à Spolète, une petite ville d’Ombrie en Italie, ce créateur utilisant l’exemple d’Aldeburg comme référence. Le troisième compositeur à avoir monté son festival est l’Allemand Hans Werner Henze. Il habite lui aussi en Italie, à Montepuliciano en Toscane. Ce montage plus tardif fait dire à son promoteur que ce festival est une animation politico-sociale et culturelle. D’autres hommes sont à la tête du renouveau de la création dans les festivals existants. Aude Ameille en cite également trois. Créé en 1919, le festival de Salzbourg en Autriche est relancé par l’Allemand Wilhelm Furtwängler, puis par Herbert von Karajan. Le festival de Glyndebourne en Angleterre doit sa relance à John Cristie qui souhaitait programmer de jeunes compositeurs. En France, le festival d’Aix-en-Provence doit ses créations à Gabriel Dussurget, puis à Stéphane Lissner. Très intéressant, bien construit et extrêmement bien documenté, l’article se termine par une note optimiste avec la création récente d’autres festivals comme Ars Musica à Bruxelles en 1983 et Musica à Strasbourg en 1989 (pp. 33-40). Dans sa contribution consacrée au Burkina Faso, Sarah Andrieu (pp. 123-138) traite des festivals comme des formes globalisées avec des activités locales. Elle explique avec conviction le passage d’une pratique participative à une pratique représentationnelle qui se fonde sur un processus de révélation de la culture et de sa sauvegarde dans la nouvelle pratique.

L’article de Marcos Napolitano (pp. 79-88) est très intéressant car il relie la naissance des festivals à des changements technologiques, notamment dans les méthodes d’enregistrement de la musique. En revanche, la dynamique semble différente pour les Queer Festivals étudiés par Skadi Loist. Au début, il s’agissait de festivals revendicatifs ; ils s’organisaient en circuits régionaux avant de devenir globaux. L’étape récente est à la fois un processus de différenciation, une ré-invention des formes et une mise en place de nouveaux réseaux (pp. 109-121). Cette notion de revendication existe aussi dans les KlezKamp de New York ainsi que dans le festival de culture juive de Cracovie étudié par Patricia Hidiroglou (pp. 161-174).

Dans un débat entre institutionnalisation et interdiction (pp. 89-97), Florence Tamagne traite de l’instrumentalisation des festivals pop en Europe. Face aux souvenirs du nazisme, les festivals juifs de Berlin se positionnent comme yiddish, ce qui conduit Laurence Guillon (pp. 175-185) à s’interroger sur cette double détermination qui provient, là également, des interdictions (notamment du mot juif dans la partie rda). Cette institutionnalisation est vue différemment par Patricia Hidiroglou (pp. 161-174) pour qui l’évolution des festivals est liée à l’évolution de la culture juive et vice versa. Et elle est perçue en deux phases dans la très bonne description faite par Michel Rapoport (pp. 217-232) pour le festival d’Aldeburg déjà cité. Dans un premier temps, il s’agit de l’invention d’une tradition sur la terre natale de son créateur. Dans un second temps, se met en place une tradition de l’innovation notamment par la création régulière d’œuvres. Sylvain Lesage (pp. 251-264) analyse l’institutionnalisation du festival de la bande dessinée d’Angoulême. Né d’une rencontre d’hommes, ce festival s’est vite institutionnalisé grâce à la participation du conservateur du Musée municipal qui a accepté de dépoussiérer son établissement, à la fois par son implication qui reste complexe avec la ville et par la création récente d’un pôle dédié à l’image. Sans que l’on en connaisse la raison, et bien que ces deux institutions aient été des moteurs du festival, ce texte ne parle pas de l’importance de l’école d’art et de celle de jeux vidéo qui sont présents depuis assez longtemps dans la ville (pp. 251-264).

Le livre a fait l’objet d’un excellent travail éditorial qu’il faut souligner. De plus, les index présents en fin d’ouvrage sont précieux et peuvent être très utiles à de nombreux chercheurs. Juste, une petite remarque, l’ordre de présentation des articles aurait pu être mieux agencé. Pour l’anecdote, l’article sur le huitième art que représente la télévision est situé après celui sur le neuvième art (la bande dessinée). De même, l’excellent article d’Iris Berbain et Lenka Bokova (pp. 303-315) sur les sources pour l’histoire d’un festival arrive bien tard, à la page 305. Je regrette que ce texte se limite au festival d’Avignon, mais la démarche peut être reprise par d’autres chercheurs. Enfin, l’ouvrage mériterait un article conclusif.

Certains articles m’ont personnellement irrité sur plusieurs points. « Marqueurs générationnels devenus pour certains de véritables lieux de mémoire, les festivals de musique populaire jouèrent un rôle majeur dans la création musicale à partir des années 1950 » (p. 63), tel est le point de départ de l’article d’Anaïs Flechet (pp. 63-77), dont la principale faiblesse est l’utilisation de notes de bas de page pour des définitions essentielles. Signalons que l’une d’entre elles est celle de la musique populaire (au sens de la pop music américaine), excluant de ce fait les musiques traditionnelles et folkloriques. Pour justifier sa démarche scientifique, elle argumente en fournissant des chiffres relatifs au succès de certains festivals, qui compte plusieurs centaines de milliers de participants, ce qui peut paraître un peu cavalier. Elle utilise les concepts de connexion culturelle, d’espace culturel transnational qu’elle attribue à Philippe Poirrier pour une publication de 2012 (accès : http://tristan.u-bourgogne.fr/CGC/publications/Festivals_societes/P_Poirrier_intro.html) alors qu’elle ne cite pas l’excellent ouvrage sous la direction d’Anna Boschetti publié auparavant (2010, L’espace culturel transnational, Paris, Nouveau Monde Éd.). Par la suite, elle justifie l’importance de son travail par la difficulté d’identifier les différents festivals de musique populaire alors que de telles listes existent sur l’internet. Je prendrai pour seul exemple la liste présente sur Wikipedia, (accès : http://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_de_festivals_de_musique#Pop).

Une autre contribution, celle de Skadi Loist (pp. 109-121), liste l’ensemble des festivals Queer. Un inventaire des festivals est la base du travail de Sarah Andrieu sur le Burkina Faso. Preuve que ce travail préliminaire tient de la bonne méthodologie ! Enfin, Anaïs Fléchet (pp. 63-77) justifie le succès de ces festivals par la présence médiatique et utilise le concept d’événement monde, en se référant cette fois à juste titre à Jean-François Sirinelli et son article. Mais elle ne fait aucune référence à la culture de masse liée au baby-boom qui est l’essentiel de la thèse soutenue pendant de nombreuses années par cet auteur. Elle ne fait pas davantage référence aux critiques qu’elle a engendrées qui auraient nourri la suite de son texte. L’auteure introduit « l’invention de nouvelles formes de sociabilités, corollaire de la montée en puissance d’une nouvelle classe d’âge devenue la principale consommatrice des produits de l’industrie culturelle » (p. 71). Cette phrase pourrait apparaître comme de la langue de bois par les critiques de cette industrie culturelle. Ceux-ci lui reprochent en premier lieu d’intégrer le champ du temps libre dans le monde économique. L’auteure pourrait lire avec profit Walter Benjamin, pour qui les nouvelles technologies de la reproduction produisent une perte de la fonction rituelle de l’œuvre d’art au profit de l’exposition en série. Avant de se lancer dans un discours sur des dynamiques plurielles pour traiter des différences organisationnelles et des formes de tribune parfois politique que ces manifestations engendrent – contestations culturelles, luttes contre les guerres et les dictatures – (pp. 63-77), cette auteure pourrait également relire Max Horkheimer, Theodor Adorno et Jürgen Habermas pour qui cette culture de masse est alors le symptôme d’une civilisation programmant l’autodestruction de la raison et le déclin de la conscience critique.

Autre critique, les articles sont en grande partie centrés sur les festivals médiatisés ou influencés par des universitaires. D’autres festivals très connus comme le festival de Cinéma ainsi qu’au festival Pablo Casals qui se tiennent dans la ville de Prades, ne sont pas traités. Ce festival de cinéma est plus ancien que celui de Cannes. On ne lit rien non plus sur le festival de Radio France-Méditerranée avec une multitude de concerts gratuits dans de petits villages. Il n’est pas davantage fait allusion au Jimi, le festival « des indés et de l’autoproduction » qui se déroule dans le cadre du Festi’valdemarne, au festival Siana dans l’Essonne, ou à l’art numérique à Enghien-les-Bains dans le Val-d’Oise. Cela conduit Françoise Taliano des Garets (pp 279-289) à défendre une thèse qui paraît fausse sur la naissance des biennales d’art contemporain ; elle en fait un nouvel âge d’or des métropoles régionales, bien que le titre de son texte (« Les biennales d’art contemporain de Bordeaux, Lyon et Nantes, un nouvel âge de l’événement urbain ? ») soit plus nuancé. En revanche, le raisonnement sur leur naissance est parfaitement juste. Toutes nées après les années 60, les biennales de Bordeaux, Nantes et Lyon ont été créées pour que ces villes apparaissent plus dynamiques et pour masquer par ailleurs le passé industriel : « En se déployant sur un territoire urbain extensif, voué aux flux internationaux, elles reflètent surtout leur époque, celle de la nouvelle condition urbaine » (p. 289) La conclusion de ce texte est tout à fait cohérente et fait allusion à bon escient à la notion de condition urbaine d’Olivier Mongin (2005, La condition urbaine, Paris, Éd. Le Seuil). Bilbao est citée, mais Lille est largement oubliée. Cet article ne porte pas de réflexion sur la temporalité (par exemple, L’Armada de Rouen a lieu tous les six ans), ni sur la naissance des grandes ferias du Sud de la France, celle de Béziers est née en 1968 (pp. 279-289).

L’article de Sylvian Schryburt (pp. 139-147) est des plus banaux, il revient à dire qu’il y a deux groupes, les petits festivals et les grands festivals. Seulement ces derniers auraient des noms qui leur sont associés tels Pina Bausch et Jean Vilar à Avignon. Le texte d’Amélie Charnay (pp. 203-216) est très agréable à lire, mais il reste malheureusement très descriptif et pèche par un manque d’analyse. Il constitue une excellente histoire du festival de Salzbourg ainsi que son rôle dans la construction de l’identité autrichienne, et dans la propagande du nazisme. Le port du costume du paysan traditionnel du Tracht par les festivaliers en lieu et place du smoking mériterait quelques explications par exemple.

La création de structures complémentaires au festival comme les off, les musées et les fondations sont assez peu traités dans l’ouvrage, à l’exception du texte de Michel Rapoport sur Aldeburgh (pp. 217-232) et de celui de Sylvain Lesage sur Angoulême qui leur donnent une place centrale dans leur analyse.

À l’exception de la présentation de Géraldine Poels sur le festival international de télévision de Monte-Carlo et de l’article de Sylvain Lesage sur Angoulême, ce livre contient très peu de contenu sur la légitimation des différentes formes de « pratique artistique ». Concernant ce texte de Géraldine Poels, le tableau présentant les formats et la date de leur apparition (p. 270) dans le concours est fabuleux pour ceux qui s’intéressent à ce sujet.

Hormis l’index fort utile, ce livre contient de très intéressants contenus méthodologiques. L’ouvrage est donc à utiliser plus pour ces derniers que pour ses parties descriptives et analytiques, lesquelles apparaissent, à la fin de la lecture, quelque peu répétitives.

« Faites » Noailles

Si vous ne connaissez pas Noailles, c’est un quartier de Marseille situé à l’est de la Canebière, juste au dessus du vieux port. Ce quartier a été rendu célèbre tant par la présence des marins qui venaient s’encanailler, que par les échecs de Casanova. Cet endroit est devenu récemment un grand supermarché international aux couleurs et aux saveurs d’épices réputé dans la ville de Marseille.

 

Les « faites de Noailles » se sont déroulées le 21 septembre 2013. Ce jeu de mots « Faites » a également un sens car les habitants ont non seulement envie de faire la fête, mais ils souhaitent également changer le quartier et par conséquent la vision péjorative que l’on a de celui-ci. Certains osent même parler de quartier « en recomposition » !

 

Cette journée était comportait des portes ouvertes, des démonstrations de recyclage et des expériences scientifiques effectuées par les petits débrouillards. Mais le grand spectacle était celui des jeunes alternant danses Hip-hop et slam. Enfin, l’attraction de cette journée était les grapheurs qui ont envahi les murs du quartier avec des œuvres qu’il convient d’aller voir. Ainsi par exemple, un vieux portail de garage entièrement tagué est-il devenu une œuvre composée de trois lions. Allez vous promenez dans le quartier, rue de l’Arc, rue d’Aubagne et rue du Musée, cela vaut le déplacement !

Quel modèle pour la société du numérique ?

Gilles Babinet a donné son opinion dans le domaine du numérique en commençant par une position marquée. « Je ne suis pas sûr que pour la France, il faut utiliser le modèle californien, il faut s’intéresser à la société que nous voulons construire ». Il voudrait également éviter le modèle coréen, qui ne créé pas un pays heureux, car la société doit se remettre à penser. Il pose alors quelques questions pour préciser sa pensée.

 

Veut-on construire une éducation qui traumatise les enfants ? On sait que le partage permet d’apprendre plus rapidement. Pourquoi ne pas l’introduire ?

 

Comment repenser l’enseignement supérieur, pourquoi ne pas construire des cafés éducatifs et ainsi permettre au moindre village d’avoir  accès  à la connaissance ?

 

Veut-on créer des hospices automatisés et intégrer une société « jeuniste » excluant les personnes âgées que nous ne voyons pas, ou créer au contraire des échanges intergénérationnels ?

 

Quelle société de consommation voulons-nous ? Société consumériste qui gaspille ? Quelle économie locale ?

 

Il faut faire en sorte que les débats existent, l’utopie est perdue. Ce qui est important, c’est la réalité.

 

Pour Gilles Babinet, il y aura une réforme et c’est la fin de l’emploi salarié comme mode de travail unique  Il faut re-comprendre la réalité de l’emploi. On doit observer ces modèles qui constituent des niveaux de cohérence qui deviennent acceptables. C’est ce que font des communautés en Suède ou au Japon

 

Source : Ruralitic 2013, Université d’été des territoires numériques qui  s’est déroulée au Centre de Congrès d’Aurillac (Cantal),  les 11 et 12 septembre 2013, http://www.ruralitic.org

La réflexion des élus autour du numérique

La réflexion des élus autour du numérique a été présentée au cours d’une session de Ruralitic.

 

Pour Claudy Lebreton, président de l’Assemblée des départements de France (ADF), les mécanismes politiques se trouvent en face de nouvelles organisations pour lesquelles les institutions politiques sont en porte à faux. Il en résulte dans un premier temps des inégalités qui se creusent dans les usages et qui sont fidèles aux inégalités sociales et culturelles. Puis naît une menace relative à l’égalité des territoires.

 

Face à l’ampleur des enjeux du numérique, le secteur public n’est pas capable d’agir seul. Selon Claudy Lebreton, il faut laisser l’initiative au local, l’État doit agir en réseau car la proximité est nécessaire. Le résultat dépend de la qualité et de l’universalité du territoire.

 

Nicole Rouaire (Vice présidente de la Région Auvergne) se propose de séparer la notion des infrastructures de celle des usages, ce qui pourrait paraître une banalité. Un de ses arguments est que la problématique de l’infrastructure nécessaire masque de fait les réflexions en termes d’usage. Le second argument est la spécificité des réflexions sur les usages des technologies de communication. Il faudra ensuite rendre cohérent l’ensemble des actions dans ce domaine, d’autant plus qu’un partenariat fort des acteurs est nécessaire. Une méthode de travail consiste à introduire les TIC dans toutes les actions des régions, idée également proposée par Viviane Artigalas de la Région Midi-Pyrénées. Toutes les deux pensent que tout est à créer car les réponses ne sont pas encore là !

 

Selon John Billard, dans le mandat des maires (2008-2014) sont arrivés la dématérialisation des actions publiques et les sites web communaux. Pour lui, Internet est un des éléments de la démocratisation. Son rêve est que les conseils municipaux soient visibles par les habitants via le réseau. Il voit ainsi la montée en puissance bien réelle de nos réseaux.

 

Il faut se passer de la notion d’acquisition d’objets qui est souvent l’image du numérique  comme le souligne Pascale Luciani Boyer , maire-adjoint de Saint-Maur-des-Fossés dans le Val de Marne, qui distingue trois périodes :

 

Période 1. Les acteurs ne savaient pas comment ils allaient se servir de l’outil. Ils observaient comment cela se transforme. La solution consistait à greffer les nouveaux outils sur l’existant. L’information était principalement descendante.

 

Période 2. Le questionnement a changé. Comment les TIC vont transformer et améliorer le service public ? Les citoyens sollicitent l’administration pour avoir des outils. Nous sommes dans une phase où l’information est essentiellement remontante.

 

Période 3. C’est maintenant l’ère de la culture numérique qui est dans une mutation sociale. Les citoyens communiquent entre eux, ils collaborent et co-construisent dans la cité. Le vrai chantier est de l’intégrer dans la politique et ses institutions. C’est une nouvelle dimension de tous pour tous.

 

Marco Diani part d’un remix des territoires qui engendre à son tour un remix des « présentialités ». Ainsi se construit une nouvelle approche de l’identité qui est associée à une nouvelle écologie du numérique.

 

Source : Ruralitic 2013, Université d’été des territoires numériques qui s’est déroulée au Centre de Congrès d’Aurillac (Cantal),  les 11 et 12 septembre 2013, http://www.ruralitic.org

 

Petite histoire du téléphone mobile

Première phase

 

1920 : premier radiotéléphone américain de Motorola. Les voitures de police de Detroit possèdent la radiotéléphonie en 1921. 1940. Réseau de radiotéléphone de la ville de Chicago. 1945 : les militaires mettent au point des systèmes performants au cours de la deuxième guerre mondiale. 1956 : mise en place du réseau de correspondances publiques de Paris (fréquence de 150 Mhz).

Le téléphone mobile est vu comme un objet destiné au VIP et à la sécurité.

 

Deuxième phase

 

1968 : Carterphone Decision. Décision de la FCC qui permet à tous les réseaux mobiles de se connecter au réseau d’AT&T imposant des systèmes cellulaires. 1969 : démarrage aux États-Unis de la Task Force of Telecommunications Policy qui commence à réfléchir sur les mobiles.

Cette période donnera le nom à l’objet dans les différents pays.

 

Troisième phase

1982 : début du groupe GSM par le CEPT. Allocation des sous-bandes par le CEPT (de 890 à 915 MHz pour les mobiles vers la station de base et de 935 à 960 pour l’inverse). 1987 : démarrage du réseau RDS (Operator en France). MoU GSM signé par 13 pays européens — Belgique, Danemark, Espagne, France, Finlande, Grande-Bretagne, Irlande, Italie, Norvège, Pays-Bas, Portugal, RFA, Suède — (quatre autres pays ont rejoint le MoU en septembre 87, l’Autriche, le Luxembourg, la Suisse et la Turquie). Directive 87/371 et 87/372 de la CEE.  1989 : désignation d’opérateurs concurrentiels : SFR en France, Arcor en Allemagne.  1991 : désignation des opérateurs GSM en Europe (mars 91 en France). France Télécom établit la première communication entre un mobile GSM et le réseau téléphonique (juillet 91). 1992 : début de la commercialisation du GSM (phase 1) en France et Allemagne. Plusieurs pays d’Asie, l’Australie et le Cameroun adoptent le GSM. 1993. Les consommateurs français peuvent s’abonner effectivement aux deux réseaux.

Le téléphone mobile à la norme GSM devient un produit « grand public ».

 

Quatrième phase :

 

1995 : démarrage des messageries aux normes Ermes, Tam Tam (Cofira) et Kobby (Bouygues).  1997 : apparition des terminaux multimodes GSM-DECT et GSM-DCS, apparition des SMS ou 900-1800. Choix des normes UMTS (Troisième génération). 2001 : démarrage des réseaux 3G.

Multiplication des usages possibles pour les équipements : le téléphone mobile est plus qu’un téléphone.

 

Source :

Bruno Salgues, Les télécoms mobiles, GSM, DCS, deuxième édition revue et augmentée, Hermes, 1997

Bruno Salgues, 30 ans de téléphonie mobile, Futurs sans limites humaines, LULU, 2013

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