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D’Hippocrate à e-ppocr@te, les systèmes d’information en santé et l’éthique … un nouvel ouvrage

ISTE Editions vous annonce la parution d’un nouvel ouvrage sous la direction de Bruno Salgues dans la collection Systèmes d’information, web et informatique ubiquitaire dirigée par Jean-Charles Pomerol

Les systèmes d’information en santé et l’éthique
d’Hippocrate à e-ppocr@te


Jérôme BérangerEconomiste et gestionnaire de santé, Jérôme Béranger est consultant sénior et chercheur associé (PhD) pour la société Keosys. Ses recherches portent sur l’éthique et la sociologie des systèmes d’information destinés à l’e-santé, les m-health et les Big data.
Le livre est disponible en ebook au prix de 9,90 euros (prix réservé aux particuliers).
Le livre est disponible en  version papier au prix de 69 euros.
La numérisation exponentielle des données médicales a entraîné une transformation de l’exercice de la médecine. Cette évolution soulève notamment une nouvelle complexité des problèmes entourant les NTIC en santé. Le bon usage de ces outils de communication – la télémédecine, l’e-santé, les m-health, les Big data médicaux – doit permettre d’améliorer la qualité du suivi et de la prise en charge des patients pour un système d’information à « visage humain ».Face à ces enjeux, Les systèmes d’information en santé et l’éthique analyse sous un angle déontologique la relation médecin-patient, le partage, la transmission et le stockage de l’information médicale, établissant les repères d’une éthique propre à la numérisation de l’information médicale. S’appuyant sur des recommandations de bonnes pratiques étroitement associées à des valeurs, cette modélisation développe des outils de réflexion et présente les clés pour comprendre les enjeux décisionnels qui tiennent compte à la fois des contraintes technologiques et du caractère complexe de la réalité humaine en médecine.
Sommaire1. L’émergence de l’information médicale face aux enjeux de l’éthique personnelle et sociétale
2. La communication dans la relation médecin-patient orientée autour de la décision médicale
3. Le traitement de l’information médicale dans le droit
4. La modélisation éthique : de la conception à l’utilisation du système d’information
5. Les applications de ce modèle éthique
6. Les changements environnementaux indispensables entourant les SI en santé
7. L’organisation des SI tournée vers l’éthique et la connaissance médicale partagée
8. Une médecine personnalisée orientée vers l’éthique418 pages – Mars 2015
Ouvrage papier – broché
ISBN 978-1-78405-070-2

 

Pour acheter l’ouvrage : http://iste-editions.fr/products/les-systemes-d-information-en-sante-et-l-ethique

Pour acheter et consulter d’autres ouvrages écrits ou dirigés par Bruno Salgues: http://salgues.sopixi.fr/

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Interculturel en entreprise, un ouvrage

Cet article est une note de lecture de l’ouvrage de Danielle Leeman, Alain Cazade, Jean-François Chanlat, Gilles Louÿs, Sébastien McEvoy, dirs, L’interculturel en entreprise : quelles formations ? Aspects civilisationnels, économiques, historiques, juridiques, linguistiques. paru aux éditions de Limoges, Lambert-Lucas, col. Info-com, en 2011.

Une version de ce commentaire est paru dans :

Question de Communication, numéro 26-2014

Signé Alain Cazade et Danielle Leeman, l’avant-propos (pp. 9-11) annonce la couleur : « Le lieu d’une recherche spécifique et incontournable, dans le contexte actuel, se dessine ainsi, comme l’importance à lui donner dans les formations dispensées par l’Université » (p. 11). À ce titre, ce livre s’adresse à tous ceux qui, de près ou de loin, traitent de ce sujet ou sont confrontés à ce thème dans leur pratique. Cet avant-propos contient une liste à la Prévert de comportements culturels qui peut servir d’introduction à des cours sur le sujet de l’interculturalité. Quelques pages plus loin, Cornelius Crowley évoque les topoï, sujet bien connu des hommes du marketing (pp. 12-13). C’est également le prétexte invoqué par les auteurs pour s’intéresser à ce sujet.

L’article de Danielle Josèphe (pp. 63-70) commence par une reprise de la définition de Louis Porcher dans La Civilisation (1986, Paris, Éd. Clé) : « Interculturelle est l’attitude qui consiste à construire entre des cultures différentes des relations de réciprocité c’est-à-dire de connaissance mutuelle, connaissance étant prise ici au sens de saisie des lois de fonctionnement de chacune des cultures considérées » (p. 63). Signée Cornelius Crowley, la préface (pp. 11-16) souligne le fait que « la culture est une affaire d’entre » au même niveau que les termes d’intérêts et d’intéressement (p. 11). Pour lui, il ne s’agit pas seulement d’une affaire d’entre soi, mais aussi d’une affaire « d’entremise et d’entreprise » (p. 11).

Le sujet abordé par Danielle Josèphe concerne l’interculturel dans l’enseignement du français langue étrangère ou seconde. Ce sujet impose de différencier les notions d’interculturel et de multiculturel. Pour cela, elle utilise le concept de Martine Abdallah-Pretceille qui distingue l’interculturel, soit une construction susceptible de favoriser la compréhension des phénomènes sociaux et éducatifs en liaison avec la diversité culturelle, et par ailleurs le multiculturel qui n’a quant à lui pas de vision éducative, mais qui reconnaît la pluralité des groupes et veut éviter leur éclatement (p. 65). Cette distinction semble approfondie par Mehdi Majidi (pp. 81-85). L’organisation doit alors évoluer en trois niveaux. Le local, premier niveau ; c’est celui où le facteur interculturel est important. Ensuite, l’organisation doit intégrer des valeurs stratégiques où la diversité culturelle devient importante. Enfin, l’organisation cherchera la source de son avantage concurrentiel en répondant à des demandes multiculturelles. Concernant les compétences à acquérir en termes d’interculturalité, Maria del Carmen Méndez García nous propose le modèle icopromo (intercultural competence for professional mobility) (pp. 87-92), tandis que le texte des consultants Nicolas Delange et Philippe Pierre (pp. 99-108) invite à réfléchir sur les compétences nécessaires pour les cadres mobiles dans un contexte multiculturel. Ces deux auteurs utilisent la notion de compétence culturelle de Philippe Laurent et Yih-Teen Lee (2005, « Comment appréhender la compétence interculturelle », Revue économique et sociale, 3, sept., pp. 13-21), soit « l’ensemble des connaissances, habilités, capacités et compréhensions qui permettent à une personne qui possède ces qualités de comprendre les comportements, les valeurs et les approches de vie des peuples différents que soi-même, et d’agir de manière acceptable par d’autres pour faciliter la communication et la collaboration » (pp. 103-104). Sans en faire la vraie démonstration, ils concluent qu’il n’y a pas de compétences culturelles, sinon des compétences sociales (pp. 99-107). Dans la même veine, Gilles Louys défend l’idée que ce qui est le plus important, ce n’est pas l’interculturel, mais plutôt l’intercivilisationnel (pp. 109-114). À partir de son expérience d’enseignement des langues dans des écoles d’ingénieur, Didier Bottineau (pp. 115-126) insiste sur l’importance de la pratique de la langue.

Evelyn Odonkor (pp. 17-20) a étudié les publicités destinées aux enfants en France, au Ghana et aux États-Unis selon sept axes : l’accomplissement, le bonheur, l’amusement, la force, l’héroïsme, l’humour et la relation adulte-enfant. Parmi eux, seuls les quatre derniers varient en fonction des cultures. L’humour est le seul s’avérant très différent. Par exemple en France, il est possible de se moquer des enfants et des adultes dans les contenus publicitaires, alors que cela ne concerne que les adultes aux États-Unis et que toutes formes de moqueries sont proscrites au Ghana, pays où l’adulte est la personne qui sait ce qui est le mieux pour la famille.

L’article de Patricia Gutiérrez et de Mercé Pujol Berché (pp. 21-31) réalise une analyse intéressante de l’interculturalité dans le groupe d’hôtels Accor entre la France et l’Espagne. Pour ce faire, les deux auteures utilisent pour l’interprétation la notion de chaîne d’action de Hall et Hall (Hall E. T., Hall M. R., 1987, Guide du comportement dans les affaires internationales, trad. de l’américain par E. Jacquemot, Paris, Éd. Le Seuil, 1990). Il s’agit d’un ensemble d’évènements auxquels une ou plusieurs personnes participent. Le texte de Fabien Blanchot (pp. 33-44) s’intéresse aux alliances d’entreprises ; il prend comme support celle de Nissan et Renault. Il propose une liste d’effets des différences culturelles : incompréhension, factionnalisme ou clanisme, déstabilisation managériale. À partir d’une analyse de la littérature, il liste les effets vertueux des alliances interculturelles, ainsi que leur cause. Le management interculturel est alors proposé comme une quadruple action : intégratrice, de sensibilisations aux différences, de connaissance et d’appui sur les similitudes, de développement de compétences d’action. Cette contribution analyse ensuite 14 leviers d’action utilisés dans le cas de l’alliance Nissan-Renault. L’étude de cas de Jean-Pierre Segal (pp. 51-61) sur le transfert du cadre institutionnel métropolitain des relations de travail dans le cadre de la Nouvelle-Calédonie est à la fois captivante, passionnante et témoigne en outre d’un vécu. Sa conclusion est aussi d’une grande valeur et se décompose en trois points : la place de l’école dans ce processus, l’importance des autres variables et la nécessité de recherche-action dans ce domaine. Cette thèse sur l’importance du rôle de l’école est reprise par Danielle Josèphe qui montre comment intégrer l’interculturel dans l’enseignement du français langue étrangère et seconde. En revanche, dans son étude du cas d’une entreprise franco-latino-américaine de parfumerie, Emmanuel Sauvage (pp. 93-98) montre l’importance de la compréhension réciproque.

Diana Balaci (pp. 77-80) explique comment l’interculturalité est apparente dans les bâtiments de l’Institut français de Bucarest. Simon Bouquet (pp. 127-142). utilise comme support de ces démonstrations la Déclaration universelle des droits de l’homme dont il fait une intéressante analyse sémantique.

Ce livre contient des articles de qualités inégales. L’article sur l’interculturel franco-allemand et les styles de management dans les firmes multinationales de Véronique Boirie (pp. 45-50) ne fait aucune référence aux nombreux travaux sur ce sujet liés aux rapprochements européens ou aux tentatives échouées dans le domaine de la construction de matériel de transport, de la pharmacie, des télécommunications et de l’informatique. La conclusion est alors banale ou évidente, selon de quel point de vue on se place : « Les logiques de fonctionnement dans les groupes étudiés sont différentes selon le rapport au pouvoir et à l’autorité et posent la question du rôle des managers et de leur manière de le vivre selon la culture nationale d’origine » (pp. 45-50). L’article de Gilles Lecointre (pp. 71-76) apporte peu d’éléments au débat, mise à part une idée assez éloignée qui est celle de l’instauration d’un contrat d’emploi à long terme dans l’entreprise (celte).

Notons également des pratiques d’autocitations présentées comme des évidences de lecture, lesquelles dans les faits sont improbables, notamment dans le texte de Patricia Gutiérrez et de Mercé Pujol Berché, celui de Fabien Blanchot. Ces auteurs ont du mal à faire croire qu’ils sont mondialement célèbres et que tout le monde a lu leur prose. Les phrases du type « La présente contribution s’appuie en partie sur moi-même » peuvent être mal appréciées par le lecteur intéressé par ce sujet.  

Sur le plan de la forme, l’article de Maria del Carmen Méndez García (pp. 87-92) rédigé en espagnol aurait mérité un résumé en français ou en anglais. Pour éviter la répétition des mêmes auteurs comme Philippe d’Iribarne, Geert Hofstede, Luc Boltanski et Ève Chiapello…, une bibliographie commune aurait pu être présente, d’autant plus que la forme des bibliographies est différente d’un article à l’autre. Sur ce sujet, de trop nombreuses citations d’auteurs ne sont pas présentes dans la bibliographie. Mentionnons par exemple « (Jamet, 2009) » dans l’article de Didier Bottineau (p. 125).

Le livre se termine par deux points de vue apportés, d’une part, par les acteurs du master Interculturel et international de l’université Paris Ouest Nanterre La Défense et, d’autre part, par ceux du master Management interculturel de l’université Dauphine. Signalons la vision réaliste de ces acteurs qui s’interrogent notamment sur les relations entre les formations et les entreprises et sur la réalité concrète des modèles universels de gestion. Ces résumés et commentaires sont d’excellents apports pour guider le lecteur dans la lecture du volume, tant les différences sont réelles.


 

Marketing ! Un nouvel ouvrage…

etudes de marché

Mon ouvrage réalisé avec Laurent Bister vient de sortir

Le marketing des objets technologiques et des services numériques

 

ou encore :

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Comment co-construire un logiciel hospitalier

Sillages obstétriques est un des modules de la suite Sillage proposé par le SI (Syndicat Interhospitalier de Bretagne). Le CHIPS (Centre Hospitalier de Poissy Saint-Germain) dispose d’une maternité de type 3. L’éditeur et la maternité ont co-construit une nouvelle version de l’outil. Tel était l’objet de la présentation.

 

 

Quelques chiffres sur le CHIPS

Maternité de type 3, avec  plus de 4 700 naissances

280 professionnels de santé

37 748 accès aux plans de soins

4 873 patients informatisés

251  934 documents créés

4 807 naissances

Le logiciel

 

Le logiciel Sillage comportait un référentiel obstétrique, l’objectif du projet était de le faire évoluer par un accompagnement entre Sib et CHIPS. Celui-ci a débuté le 9 octobre 2011 par une mise en évidence : les manques de la première version. Un partenariat de 18 mois a été défini avec deux sessions de travail mensuelles.

 

La brique Sillage Obstétrique est intégrée au dossier patient dans différentes dimensions :

-          Rendez-vous

-          Dossier Obstétrique

-          Partogramme[1]

-          Dossier de soins

-          Production de soins

-          Circuit du médicament

-          Programme de médicalisation des systèmes d’information[2] (PMSI)

-          Bureautique

 

Le projet

 

Le projet a démarré avec le référentiel, version 5, avec la génération  de l’accès à l’information et une adaptation des fiches. C’est le cas en particulier des partogrammes qui ont été définis avec les sages-femmes. Ce travail a permis l’intégration du PMSI et d’une synthèse obstétrique. Une importante activité de refonte a été la création d’une cartographie qui permette les liens entre la mère et l’enfant. Il en résulte un meilleur suivi de l’accouchement et une synthèse qui s’enrichit.

 

Le projet a mobilisé sept sages-femmes cadres pour faire comprendre les besoins nécessaires. Elles ont acquis une bonne maîtrise de la solution. À ce stade, les promoteurs du projet ont remarqué le rôle important de la pharmacie dans les prescriptions.

 

La mise en œuvre

 

Il a fallu dans un premier temps augmenter le nombre de matériels. Une des demandes a été de disposer d’ordinateurs sur des chariots mobiles. Le choix du type de chariot de soins a été laissé assez libre à la discrétion des services.

Il a  fallu également faire participer les acteurs au paramétrage, en particulier pour la production de soins. La traçabilité de tous les personnels de santé a été également nécessaire. Elle a été complexe du fait même de la présence d’acteurs à temps partiel dans la structure.

Les apports et les limites du projet

Globalement, un gain de temps a été mesuré et apprécié. Il résulte d’une meilleure traçabilité et a pour conséquence une amélioration  de la qualité. L’accès à l’information a été facilité, le partage de l’information nécessaire a été un plus. Dans les deux cas, la rapidité a été plébiscitée.

Un besoin de synthèse dans les situations d’urgence est apparu, ce qui a engendré des demandes d’une meilleure lisibilité liée à l’information et à la quantité d’informations disponibles. Ces nouveaux besoins sont apparus avec l’utilisation du logiciel.

 

Au cours du déploiement,  le système a montré des limites au cours la saisie de l’urgence. Elle a été limitée aux seuls  cas où cela est nécessaire. Elle a été reportée après les actes médicaux.  L’ampleur de la couverture fonctionnelle a été l’origine de réflexions. La mise en œuvre a nécessité une formation initiale qui a été ciblée et dans laquelle les manipulations ont pris une grande place. La résistance aux changements des plus classiques, demande beaucoup de patience. Elle a été plus importante quant aux médecins.

 

Dans cette version, il manque la communication ville-hôpital, ce qui constituera l’étape suivante. Les grossesses sont le plus souvent suivies en ville mais par le biais d’un dossier papier commun.

 

 

Les clés de réussite

 

La réussite de ce projet passe clairement par une implication des différents métiers et la prise en compte de leurs référentiels. La coopération avec l’éditeur est nécessaire. Après un an et demi de travail préalable, il y a le moment où « il faut y aller », ce qui est une décision à prendre.

 

Source : 22 ème Journées nationales Athos de Grenoble, 17et 18 octobre 2013, Secrétariat ATHOS, Tél : 05.62.99.56.98 ou 05.62.99.52.60, Fax. 05.62.99.56.39, e-mail : athos@athos.asso.fr, Adresse : ATHOS Hôpitaux de LANNEMEZAN, 644 Route de Toulouse, BP 167, 65308 LANNEMEZAN, site web :  http://www.athos.asso.fr/



[1] Le partogramme, systématiquement réalisé dans les maternités, est une courbe sur laquelle le temps est porté en abscisse et la dilatation du col de l’utérus indiquée en centimètres, en ordonnée. La sage-femme ou le médecin notent tous les événements marquant le déroulement du travail (première étape de l’accouchement) : la dilatation du col de l’utérus, la hauteur de présentation fœtale, le rythme des contractions utérines, la couleur du liquide amniotique après rupture des membranes, le rythme cardiaque du fœtus, ainsi que la température de la femme et, le cas échéant, le traitement prescrit. Source : Larousse Médical.

[2] Le PMSI est un dispositif faisant partie de la réforme du système de santé français ayant pour but la réduction des inégalités de ressources entre les établissements de santé (ordonnance du 24/04/1996) sur la réforme de l’hospitalisation. Afin de mesurer l’activité et les ressources des établissements, il est nécessaire de disposer d’informations quantifiées et standardisées, le PMSI. Source : Wikipedia.

L’approche traditionnelle ou DOI (Diffusion Of Innovation)

Everett Rogers définit la diffusion comme « le processus par lequel une innovation est communiquée par un temps fini à travers certains canaux parmi les membres d’une société » (Rogers, 1995, p.5). Il définit dès lors cinq critères : avantage relatif, compatibilité, complexité, expérimentabilité et observabilité.

 

Il a introduit la notion de leader d’opinion qui permet que l’innovation se diffuse. Le fait que le téléphone mobile soit à la fois l’innovation et le canal multiplie de ce fait l’importance de la notion de leader. Les cinq critères précédemment cités renvoient également à quelques notions clés que nous aborderons par la suite. La notion d’utilisation réelle que l’on fait de l’objet conduira à étudier les usages détournés. Celle de masse critique des acquéreurs est peu opérante dans notre produit du fait de la rapidité de diffusion. Enfin, le degré de réinvention de la part de l’utilisateur est une notion clé dont il est possible d’établir cette hypothèse qu’elle permet la création d’une nouvelle ère, une nouvelle société.

 

L’avantage relatif  (Relative advantage)

 

Le degré par lequel l’innovation est perçue comme étant meilleure est désigné par « avantage relatif ». Rogers suggère ainsi que plus l’avantage relatif perçu d’une innovation est grand, plus rapide est son taux d’adoption. L’avantage relatif du GSM est bien là, en plus du téléphone, il permet de téléphoner en mobilité, même si ceci peut rester relatif en termes de législation par exemple. Il serait possible de réfléchir à cette occasion à toutes les questions relatives aux lois qui interdisent l’usage du téléphone dans des outils de mobilité comme la voiture. En effet, de nombreux pays ont adopté des législations interdisant de téléphoner à bord de son véhicule.

 

La compatibilité (Compatibility)

 

La compatibilité correspond au degré selon lequel l’innovation est perçue comme étant conforme aux valeurs existantes, aux expériences antérieures, et aux besoins des adopteurs potentiels. Tornatzky et Klein (1982) ainsi que Ndubinsi et Sinti, (2006) en ont fait le constat. En effet, l’innovation était plus facilement adoptée lorsqu’elle s’était avérée compatible avec les usages de l’adopteur potentiel. Le téléphone mobile permet de téléphoner vers un téléphone fixe et vice versa. Ce point reste également discutable, le coût élevé des communications des fixes vers mobiles est un facteur négatif.

La complexité (Complexity)

 

 

D’après Rogers,  il s’agit du degré selon lequel une innovation est perçue comme difficile à comprendre et à employer. Il suggère qu’une innovation doit être simple à comprendre si l’on veut que les usagers potentiels l’adoptent. Lederer et alii (2000) ont montré que la complexité a pu négativement influencer l’adoption de l’Internet. L’article analyse le web à travers le modèle TAM, par exemple de 1995 à nos jours, notamment par le biais de l’exemple des commandes comme « http:// ». En revanche, le téléphone mobile fonctionne comme un fixe, ou presque. Ce qui expliquerait les rapports de 1 à 2 de la diffusion mondiale de ces technologies.

 

L’expérimentabilité (Trialability)

 

La possibilité d’expérimenter est majeure. L’expérimentabilité est le degré selon lequel une innovation peut être expérimentée sur une base limitée. C’est la raison pour laquelle dans les innovations TIC, la part du gratuit est importante. Agarwal et Prasad (1998), Tan et Teo  (2000) suggèrent que cette possibilité de tester aide à réduire au minimum  l’inconnu, ainsi que les craintes qui en résultent. Ces auteurs insistent sur la confiance que l’on doit avoir pour adopter et par ailleurs comment la possibilité d’expérimenter facilite cette adoption. Tester le téléphone mobile est quasiment impossible, sauf par l’intermédiaire d’amis et de la famille, ce qui explique que cet argument est  important. Pouvoir tester sans acheter (ou pour la modique somme de 1 euros) a donc été un argument majeur dans la diffusion des téléphones mobiles.

 

L’observabilité (Observability)

 

 

L’observabilité est définie comme le degré par lequel les impacts, effets ou résultats d’une innovation sont évidents aux yeux des autres. D’autres auteurs  préféreront l’usage du  terme de « démonstrabilité », à l’image de Moore et Benbasat (1991). Le téléphone mobile est rapidement  présenté comme l’outil de toutes les stars. Interviewé en 1995 par « Ici Paris », j’expliquais au journaliste qui reprenait scrupuleusement mes propos sur  l’idée d’un développement généralisé du mobile, même si l’article était illustré par des photos de stars ayant un téléphone mobile dans la main Aujourd’hui, de telles photos sont plus rares. Le journaliste avait voulu me « stariser ». Il avait sous-titré ma photo « Bruno Salgues, monsieur portable fait des conférences dans le monde entier et vient de publier un livre à ce sujet ».

 

Rogers est le premier à introduire le terme d’ « early adopter ». La publicité, élément du mix marketing, trouve sa justification dans cette approche. Elle doit présenter le produit au consommateur en montrant l’usage fait par ses utilisateurs. Une des difficultés de cette époque est qu’il était alors rigoureusement impossible de définir ces usages. Il était de même impossible de trouver des variables qui ne permettaient de segmenter qu’en montrant l’utilisateur comme un « nomade ». Parmi les premiers utilisateurs de téléphone mobile, les fichiers des opérateurs ne révélaient que la présence de « nomades », ils représentent moins de 5 % aujourd’hui. Au commencement de la téléphonie mobile, les catégories socioprofessionnelles des usagers étaient très différentes, y compris leur métier, les chefs d’orchestre côtoyant les VIP (pour Very Important Person). La seule caractéristique commune était le fait d’être nomade, aucune segmentation n’était possible. La segmentation consiste à attribuer par bijection un produit à un groupe d’utilisateur. Parmi les utilisateurs, on trouvait pêle-mêle « des chefs d’orchestre, des commerciaux itinérants, des professeurs conférenciers, des politiques ». (Extrait d’un document de la firme Motorola en 1998)

 

 

En ce qui concerne cette notion de segmentation, il faut remarquer à ce stade que certains sociologues des usages retrouvent les principes de base du marketing. Ainsi, Steve Woolgard  affirme que les concepteurs évaluaient « l’utilisabilité » des objets techniques avant leur distribution commerciale. Ainsi, la conception de l’objet technique est-elle à relier à une  « configuration de l’usager ».  De plus, ces auteurs définissent mal le terme qu’ils utilisent, ce qui n’est pas le cas de Rogers.

 

Madeleine Akrich s’intéresse au design des objets techniques. Pour elle, ce type d’objet comporte un script qui agit comme un scénario, une histoire. Ce scénario anticipe les besoins des usagers en y intégrant leurs intérêts, leurs compétences, leurs habilités et des formes de comportement. Pour résister à cet objet, Madeleine Akrich apporte une idée nouvelle par rapport à Anne-Marie Laulan en proposant à l’usager de « se désinscrire ».

 

Pour conclure, il convient de constater que cet équipement que représente le téléphone mobile, ne correspond pas parfaitement aux critères définis par Rogers, bien qu’il les utilise. Il serait dès lors intéressant de se demander si des modèles plus récents correspondent mieux à ce nouvel outil.

 

Pour résumer : les critères de Rogers

 

Avantage Relatif – Relative advantage

Compatibilité – Compatibility

Complexité – Complexity

Expérimentabilité – Triability

Observabilité – Observability

 

Source : Rogers, Bonne question, 1995.

 

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Bibliographie

 

Akrich, Comment décrire les objets techniques, Techniques et culture, n° 9, 1987.

 

Rogers: Diffusion of Innovation, The Free Press, Fourth edition, New York, NY, USA, 1995.

 

Complément

 

On retrouve ces idées de Woolgar dans le livre édité par John Law, A sociology of Monster, Essays on power, technology and Domination, Rouledge Editor, London, 1991. L’article est intitulé « Configuring the user, the case of usability trial ».

Le télétravail vu depuis la ruralité

Réfléchir une nouvelle fois sur le télétravail pouvait être ennuyeux. Cela n’a pas été le cas. En effet, nous sommes à l’heure des bilans et les premiers constats prennent forme. Tout d’abord, il  faut replacer le numérique dans les sujets de société et se poser la question : comment construire l’avenir ? Les enjeux ruraux et territoriaux sont des questions de citoyenneté. Il s’agit alors de savoir comment utiliser la nouvelle donne et en particulier avec le télétravail.

Formation, accompagnement des travailleurs, animation d’un pôle de compétences en télétravail, accompagnement de 27 entreprises en télétravail, 700 personnes formées, tel est le bilan d’une structure de télétravail.  Le télétravail ne nécessite pas seulement des conditions techniques pour travailler à distance, il faut également se rencontrer pour  des raisons humaines et professionnelles et des équipements sont nécessaires. Il faut également être formé aux usages.

 

Pour le département de la Dordogne, il est plus facile de faire venir 300 télétravailleurs qu’une  entreprise de 300 personnes, tel est le constat du Conseil général de la Dordogne. L’ouverture de 10 télécentres est en cours en 2013 et 2014.

 

Gérard Amigues rappelle que  3 télécentres ont été ouverts dans le Lot ainsi que des centres multimédias, et que d’autre part le département dispose d’un plan de développement pour le numérique. Sa question se résume au fait que la notion de télétravail est toujours un mythe ou devient une réalité. Il établit le constat que les acteurs disposent d’une marge très réduite dans ce domaine, ce sont des raisons « techniques » et « juridiques » qui bloquent les projets plus que des aspects humains.

L’association de professionnels du numérique a créé l’Association SISMIC, l’association SISMIC se heurte aux mêmes freins relatifs au débit, aux usages, … Il ne faut pas dire que l’ADSL suffit, mais il n’est pas possible que l’on attente que  le très haut débit arrive. A contrario,  les travailleurs ne viendront pas sans Internet. Pour un commercial qui travaille à distance ou une secrétaire dans la même situation, il n’est pas nécessaire d’avoir du très haut débit.

L’association essaye une animation du réseau de télécentres.

Vincent Descœur, rappelle que son expérience a maintenant plus de 6 ans. Le  début en 2006 est lié à l’appel à projet DATAR. Vincent Descœur se dit fervent défenseur des télétravailleurs dans la ruralité, car il y a plusieurs dizaines d’emplois créés. L’accueil de nouveaux actifs est une obsession pour sa région et il y ajoute une nécessité de mobilité. Quelle est la problématique d’un territoire ? reconquérir des acteurs, réduire les temps d’accès au travail, réduire le chômage ?  …

Pascal Rassat affirme qu’il existe de freins culturels dans les entreprises. Parmi les réticences, il y a la peur de non-retour au bureau des employés. Le contexte se résume au fait que le télétravail est possible partout, mais encore faut-il des lieux spécifiques pour cela.

Le télétravail semble donc progresser, mais pas aussi rapidement que certains l’avaient souhaité.

Source : Ruralitic 2013, Université d’été des territoires numériques qui s’est déroulée au Centre de Congrès d’Aurillac (Cantal),  les 11 et 12 septembre 2013, http://www.ruralitic.org

Eclectic, des entrepreneurs en réseau

Eclectic présenté par Simon Bretin. Il s’agit d’une coopérative d’activités d’entrepreneurs. Cette coopérative fonctionne à partir de trois idées : tester et développer son activité, intégrer un réseau d’entrepreneurs et donc s’aider, affirmer que l’innovation  ne viendra pas des entreprises classiques et installées, mais de nouvelles entreprises innovantes.

 

Source : Ruralitic 2013, Université d’été des territoires numériques qui s’est déroulée au Centre de Congrès d’Aurillac (Cantal),  les 11 et 12 septembre 2013, http://www.ruralitic.org

Question de modèle dans les TIC : interaction versus intension

 

La première question serait la suivante : comment améliorer les modèles d’adoption et de diffusion ? Face au succès du téléphone mobile, cette question n’a pas de sens. Mais il convient tout de même d’analyser ces modèles de diffusion, ce que nous ferons.

 

Les modèles traditionnels d’adoption des technologies ne sont guère pertinents quant aux technologies de l’information et de la communication (TIC). Dès que l’on veut appliquer ces modèles dans le monde réel, les acteurs du marketing se heurtent à des difficultés. En outre, le facteur culturel ne semble pas être, dans ces cas, un facteur  déterminant du  succès du produit. Nous étudierons donc par la suite ces méthodes et ces approches issues du marketing.

 

Sur la planète, plus de deux humains sur trois (soit près de cinq milliards d’individus) utilisent un téléphone portable à la norme GSM, et trois milliards d’entre eux en possèdent un dans leur poche. Ils le nomment cellular, cellulaire, handy, telefonino ou portable selon les langues, ce qui pourrait laisser penser que les usages et cultures associés sont très différents. À peine plus d’un milliard d’adresses Internet sont actives dans le monde, ce qui concerne par conséquent un pourcentage de la population mondiale bien plus faible. Les fabricants de cartes à puce en ont vendu 4,3 milliards en 2007, ceci représentant plus de 4,5 milliards d’utilisateurs dans le monde  : il s’agit de ces fameuses cartes SIM qui permettent de  faire fonctionner les téléphones mobiles. Malgré ce succès fulgurant, force est de constater que certaines personnes sur la planète n’ont pas accès à cet outil, ou n’ont pas la possibilité d’utiliser toutes les fonctionnalités. Nous étudierons la réalité de la fracture numérique et ses conséquences.

 

Une des caractéristiques de ces technologies est l’interaction qu’elle permet.

 

Définition : l’interaction est le terme utilisé pour désigner à la fois la forme que prend le dialogue entre l’utilisateur et l’appareil, et le fait que plusieurs personnes peuvent communiquer par l’intermédiaire de cet appareil.

 

Cette notion d’interaction renvoie à une discussion sur la passivité de l’utilisateur dans la communication. Ces technologies ne sont utilisées que si un individu a l’intention d’y avoir recours, et si une forme d’individualisation en résulte.

 

Il n’est pas possible de se fonder sur une seule théorie de l’intention. Rappelons la définition de l’intention :

 

Définition : L’intension est la raison pour laquelle on communique. Elle est attribuée en général au destinateur.

 

Pour que cela soit vrai, il faudrait que chaque humain ait subitement voulu communiquer en masse avec le téléphone mobile, ce qui n’est bien évidemment pas le cas.

 

 Le téléphone mobile a longtemps été analysé en termes anthropologiques comme une « prothèse ». L’ensemble du marketing des constructeurs de matériel et des opérateurs se sont donc positionnés dans cette voie. Mais il est possible de l’analyser comme un processus d’individualisation, ce que nous retiendrons.

 

Définition : L’individualisation est un processus qui apparaît lorsque les individus utilisent ces technologies avec une interaction particulière.

 

Nous chercherons à qualifier ce processus d’individualisation. Auparavant, nous montrerons les faiblesses des analyses économiques, des modèles marketing et stratégiques d’adoption, puis nous expliciterons les nouvelles notions qui deviennent déterminantes. Ensuite, nous chercherons à définir une nouvelle approche de développement de ces produits.

 

 Source : enquête et études du Cabinet Eurosmart pour le Salon Cartes de Paris qui a eu lieu du 13 au 15 novembre 2007

 

Ce texte est issu de mon livre 30 ans de téléphonie mobile

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Comprendre les TIC

Les TIC permettent l’émergence de formes d’action collectives, distantes et asynchrones. Pourtant, les nouvelles approches par l’activité dans le but d’analyser le travail soulignent l’importance du contexte, de la situation et du langage. Nous avons ici choisi le mot langage qui représente un concept plus évolué que celui de code. La signification de la succession de messages qui formeront un langage dépend du code à partir duquel il est construit. Cependant, dans le cas du téléphone mobile, le langage dépend fortement du lieu et de la période. Nous proposons de présenter une première réflexion relative à l’articulation entre cet éclatement du temps et de l’espace et « l’ici et maintenant » de la situation.

La question fondamentale est souvent celle des changements majeurs liés aux TIC, donc au téléphone cellulaire. C’est une question récurrente depuis 30 ans. Contrairement à des ouvrages récents, nous ne traiterons pas du débat concernant la position entre le déterminisme technique et le déterminisme social, ce qui est clairement dépassé. Je pense à l’ouvrage récent de Jaurriguiberry et Proulx. Nous ne situerons donc pas dans la notion de double médiation sociale et technique tel que le propose Josiane Jouet (Jouet, 1993 et 2000). Dans son approche, l’outil technique structure la pratique, les formes d’usage et le sens accordé à la pratique prennent leurs sources dans le corps social (Jouet, 1993, page 100 et suivantes). Ne rentrant pas dans ce débat, ce texte part d’un principe de Gilbert Simondon, selon lequel l’opposition entre technique et culture est fausse et sans fondement (Simondon, 1958).

La théorie utilise le concept de message qui se définit par le contenu de la communication. Parce qu’il est composé de mots, de gestes, de signes assez tangibles, le message représente par conséquent l’élément matériel de la communication. Or, dans le cas de notre téléphone mobile, il contient non seulement une part d’immatériel, mais il devient également totalement virtuel lorsque l’information de géolocalisation est utilisée. C’est pour cette raison que la notion d’usage, ou que la théorie de la réception sont apparues. En ce qui concerne cette dernière, il s’agit de savoir ce que les gens font des médias et non ce que les médias opèrent sur les gens. La question des usages est au centre de ce texte. Une autre avancée théorique est celle des «  cultural studies ».  Cependant, nous utiliserons assez peu cette approche car elle est concentrée sur la signification des messages. Les pratiques de décodages par les individus constituent l’essentiel des études dont on dispose depuis Sonia Livingstone (2003), Benjamin E. Hermalin et Michael L. Katz (2006). Notre approche se situe davantage autour du produit que sur les seuls contenus que ce dernier véhicule.

Bibliographie :

Hermalin B., Katz M. L., “Your network or mine? The economics of routing rules”, The RAND Journal of Economics, Volume 37, Issue 3, pp. 692–719, September 2006.

Jaurriguiberry et Proulx, Usages et enjeux des technologies de communications, Eres Éditions, 2011.

Jouët J., « Retour critique sur la sociologie des usages », Revue Réseaux, CNET-Hermes, Volume   18, n°   100, pp. 487-521, 2000

Simondon G., Du mode d’existence des objets techniques, Aubier, Paris, 1958.

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Introduction du livre : Télésanté, espoir du monde rural

Le présent ouvrage reflète un moment précis de l’histoire du système de santé, celui où l’attente pour les services de télémédecine dans les zones rurales, mais aussi plus largement dans tout le pays, s’amplifie rapidement. Les auteurs ont participé à la manifestation RuraliTIC qui s’est tenue à Aurillac les 12 et 13 septembre 2012. D’autres ont réagi aux propos de ces auteurs. Organiser des ateliers pour la télémédecine pouvait paraître encore risqué il y a peu. Souvent, les responsables locaux, élus, administrateurs, responsables associatifs ou entreprises, considéraient la santé comme un domaine spécialisé, hors de leur responsabilité sinon bien sûr de leurs besoins. Ils pensaient que la télémédecine était au mieux un outil technique pour les professionnels et les responsables d’établissements, au pire un moyen d’évacuer les questions difficiles de l’accès aux soins pour les zones rurales ou les quartiers dits difficiles en évoquant des substituts pauvres et d’ailleurs illusoires. Tel n’est manifestement plus le cas, et la preuve en a été la fréquentation importante des ateliers comme l’intérêt des discussions qui s’y sont prolongées. Cette tendance nouvelle se vérifie partout : chacun comprend que la santé n’est pas qu’une affaire personnelle ou technique mais un enjeu social fondamental, qu’elle porte sur l’ensemble du mode de vie et des relations au sein d’un territoire. Chacun voit aussi les possibilités de techniques informatique et télécom et l’importance de les exploiter non pour se substituer à un  système de santé devenu inaccessible, mais au contraire pour en faciliter l’accès, permettre aux acteurs de santé du territoire de s’y maintenir, assurer un maillage bien plus efficace allant du domicile au Centre hospitalier universitaire, de l’éducation thérapeutique des citoyens à la connaissance médicale la plus avancée.

Les technologies de l’information et de la communication (TIC) appliquées au secteur de la santé recouvrent de multiples applications et terminologies : « télésanté », « télémédecine », « téléexpertise », « téléconsultation », etc. L’ensemble des actes et services de santé assurés à distance grâce aux technologies de l’information et de la communication est appelé télésanté. Celle-ci comprend la télémédecine qui a été officiellement définie dans la Loi Hôpital, Patients, Santé et Territoires (HPST) de 2009, « elle met en rapport, entre eux ou avec un patient, un ou plusieurs professionnels de santé, parmi lesquels figure nécessairement un professionnel médical et, le cas échéant, d’autres professionnels apportant leurs soins au patient. ». Ce livre ne discutera ni des définitions, ni des avantages relatifs de l’une ou l’autre solution.

 

Dans un contexte de baisse de la démographie médicale, de hausse des maladies chroniques et de vieillissement de la population, les TIC permettent que soient prodigués des soins à distance rendant contingente l’interaction physique entre le médecin et le patient. La télésanté est donc perçue comme une solution pertinente sur des territoires où l’offre de soins est déficitaire. Selon le décret d’application de la loi, qui limite du reste son objet à la seule télémédecine, il s’agit de dématérialiser la consultation (téléconsultation), la prescription (téléprescription), l’expertise (téléexpertise), la surveillance (télésurveillance), l’assistance (téléassistance) et la régulation médicale. Dans le monde rural, la situation est exacerbée. Le plus souvent, s’ajoute la faible performance et même l’absence des réseaux qui pourraient être support de ces utilisations. De plus, le sanitaire y est étroitement associé au médico-social et au social, ce que le cadre réglementaire actuel ne permet toujours pas de traiter de façon satisfaisante. Ce livre ne discutera pas non plus de l’importance relative de ces actes et de leur vitesse successive de dématérialisation.

 

Avant, l’expertise médicale était liée et limitée aux sites de présence du médecin. Ou le client venait voir le médecin, ou le médecin rendait visite au client. La télémédecine rend disponible l’expertise médicale en tout lieu. La télésanté étant la problématique au champ d’une santé élargie faisant une large part au social. Tout l’intérêt de cet ouvrage est de traiter de ces deux questions. Par opposition au chapitre précédent, ce point est au cœur de l’ouvrage.

 

Plusieurs évolutions sont inévitables. Tout d’abord, la médecine devient une pratique médiatisée, et la relation sera nécessairement différente entre le malade et son médecin. Ensuite, cette situation va conduire à une internationalisation à la fois dynamisante et contraignante. A terme, le malade pourra se situer dans la campagne prés d’Aurillac et le médecin au Canada. Enfin, les nouvelles coopérations rendent inéluctables des changements organisationnels. Si ces trois aspects sont pris en compte, la télémédecine peut être un élément clé pour apporter des solutions aux problèmes actuels de la santé. Nous avons ajouté dans ce texte des expériences et des réflexions provenant de nos amis canadiens et africains.

Mais, alors que les grands programmes nationaux pour le déploiement technique et pratique sont lancés, force est de constater que, bien qu’ils se concentrent sur la télémédecine ou le cadre réglementaire fourni est plus avancé,  ce cadre n’est pas encore assez mature ou respecté tant du point de vue  juridique, que du point de vue financier ou technique, ou même de la protection des droits des patients : trop de contradictions, trop de changements rapides pour être pris en compte, à la fois trop de rigueur et de complexité et trop de souplesse… Et l’on serait finalement en droit de se demander si le lancement officiel de la télémédecine en France a trop tardé ou au contraire, s’il est tout simplement prématuré.

 

Cet ouvrage collectif abordera dans un premier temps les applications numériques pour la santé avant d’en voir les contraintes puis les différentes approches possibles sur le plan économique comme celui des méthodes.

Ils ont participé à cet ouvrage coordonnée par Bruno Salgues et Norbert Paquel

Jeannot Allouche, Gérard Amigues, Christelle Aupetit-Berthelemot, Jean-Pierre Bastard Laurent Billonnet, Jean Cassagnes  Jacques Cinqualbre, Caroline Conti, José Côté, Jean-Michel Dumas, Romain Endelin, Jean-Paul Fortin, Marie-Pierre Gagnon, Michel Habrias, Marie Marsaux, Guy Paré, Joy Raynaud, Stéphane Saint-Amand, Robert Picard, Michel Tchonang Linze, Amélie Trépanier, Damien Uhlrich, Pierre Ygrié, Olivier Zablocki

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