Archives pour la catégorie Bruno Salgues

Quand un ministre assiste jusqu’au bout à ma conférence …

Grande joie à l’ïle Maurice

Pour ma part, depuis le gouverneur de Californie « Arnold Schwarzenegger » au Cebit en 2009, c’est la première fois qu’un ministre, Soomilduth BHOLAH,assiste à la totalité de ma conférence ! (PS: Il est ministre des Affaires, PME et Coopératives de l’île Maurice).

PS2 : aucun ministre français n’a assisté à une de mes conférences jusqu’au bout.

Le témoignage de l’un de mes anciens étudiants pour les voeux de cette année

Un texte qui me fait chaud au coeur

(l’orthographe a été conservée à l’identique)

« Monsieur, je n’oublierai jamais votre aide quand j’étais en France. Maintenant, je suis vraiment content que j’ai appris plusieurs choses et je veux payer ma gratitude ainsi.Je ne sais pas beaucoup sur vos projets mais je vous prie de bien vouloir partager quelque chose au sujet de votre projet afin que je puisse également contribuer commeparticipant à la promotion du projet en Inde.

K. R. Bengalore, India

 

Avoir les honneurs du journal le 31 décembre …..

Monique Marie Ihry est dans le journal pour ses oeuvres le 31 décembre ….

De quoi bien finir l’année …

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Et bientôt un nouveau livre …

 

 

Conférence d’Henri Sterdyniak, le 5 novembre 2015 à Capestang

Henri Sterdyniak a introduit le sujet en rappelant que l’économie est une construction sociale qui doit être démocratiquement débattue. Il en profite pour fustiger les économistes adeptes d’une approche limitée au calcul.

Le conférencier a commencé par un rappel d’histoire économique dans le but d’expliquer que la crise financière est le signe de la faillite de la contre-révolution généralisée dans les années 80. Pendant la période dite des « 30 glorieuses », un compromis entre le capitalisme et le travail existait ; il était fondé sur l’importance du syndicalisme et l’existence d’une forte croissance. Mais le capitalisme dont les représentants sont Ronald Regan et Margaret Tatcher a fait la contre-révolution libérale à la fin des années 70. La thèse sous-jacente est qu’il vaut mieux avoir du chômage dans une économie où l’entreprise est gouvernée dans l’intérêt des actionnaires et non dans celui de l’emploi. C’est pour cela que la rémunération des grands managers est réalisée avec des « stocks option », donc des actions de l’entreprise, ainsi, cherche-t-on davantage à augmenter la valeur de l’entreprise que l’emploi.

La mondialisation a affaibli la classe ouvrière et les classes moyennes en Europe. Les capitalistes vont chercher des emplois ailleurs. Une seconde révolution a été celle de la mondialisation financière, des masses des capitaux qui cherchent de la rentabilité financière. Ces capitaux se déplacent parmi les entreprises et les pays. Ainsi, la gestion des entreprises s’est-elle orientée selon les intérêts de la finance. Des bulles  financières naissent lorsque la valeur des actions devient différente de la valeur réelle des entreprises.

À ce stade, Henri Sterdyniak introduit la distinction entre les pays qui se « débrouillent » bien, très compétitifs, ils accumulent des excédents. D’autres sont déficitaires comme les pays du sud de l’Europe. Enfin, citons la Chine ? qui place ses excédents dans la dette aux États-Unis, dette issue des ménages pauvres ? qui a subi la crise des subprimes en 2008.

Selon Henri Sterdyniak,  l’épisode de 2010 est assez original et a contribué à la dégradation des finances publiques. Il a fallu aider les banques, puis soutenir l’activité, ce qui a conduit à des budgets en déficit.

La stratégie de faire des politiques d’austérité qui devaient rétablir les finances publiques s’avère un échec. Moins de dépenses publiques, moins d’impôts sur les riches sont les éléments de politiques d’austérité très coûteuses, car elles ont déprimé l’activité. Les classes dirigeantes n’ont pas tenu compte des leçons de la crise. Les entreprises continuent à être gérées vers les actionnaires. Les leitmotivs de ces politiques sont simples : il faut aussi réduire les dépenses publiques, il faut accepter des baisses de salaire pour être compétitifs.

En Europe, la protection sociale est développée, il existe un Droit du travail. Mais cette Europe est dominée par une technocratie libérale et fédéraliste qui veut prendre la totalité des pouvoirs. Le pouvoir passe à des organismes non élus telle la banque centrale européenne. Les points clés de la politique sont : pression pour faire baisser les impôts sur les entreprises, laisser jouer la concurrence et privatiser avec tout ce que cela impose face aux modèles nationaux. Mais l’Europe ne s’est jamais remise de la crise, le taux de chômage est important.

En Espagne, au Portugal et en Italie, une politique est imposée en échange de l’aide pour « mettre ces pays dans le droit chemin ». L’Europe est incapable de s’organiser pour que les pays aient une croissance satisfaisante. En Grèce, en échange de l’aide des pays européens, l’Europe impose des mesures horribles, réduction des salaires, des retraites, privatisation, fin de la couverture universelle maladie. La conséquence immédiate est la  paupérisation de ses habitants. En France, le gouvernement de gauche n’a pas réussi à impulser une politique de gauche. Il s’en est suivi une augmentation des impôts de 30 milliards et de nouveaux impôts sur le capital. Par ailleurs, une partie de ces fonds a été également prise sur les autres populations. Pour atteindre une réduction de 50 milliards de dépenses publiques, il a fallu accepter une baisse des pouvoirs d’achat.

C’est à partir de ce constat que  « les économistes atterrés » ? regroupement auquel appartient Henri Sterdyniak ? ont décidé d’écrire un nouveau manifeste. « Il faut changer », tel est le cri de ce nouvel ouvrage d’Henri Sterdyniak. La société a le choix, on n’est pas condamné par des voies économiques types. Comme il y a différentes options possibles, on peut avoir des systèmes de santé solidaires ou non, on peut opter pour une école gratuite ou des formations payantes. Il y a des décisions sociales à prendre et l’on n’est pas obligé de laisser le marché choisir. C’est pour cette raison qu’il faut faire ces choix sociaux démocratiquement

Henri Sterdyniak rappelle l’importance de la démocratie car il y a en l’occurrence des votes ouverts. Pour lui, la démocratie est menacée, d’une part parce que les moyens de communication sont aux mains des puissances d’argent, les journaux sont achetés par les chefs d’entreprise. D’autre part, ils sont menacés par les constructions politiques officiellement indépendantes, mais qui le sont aussi du vote démocratique. La Banque Centrale Européenne est pour lui l’exemple le plus regrettable.

Les économistes atterrés proposent de s’intéresser à quinze chantiers. Le précédent ouvrage était fondé sur dix fausses évidences. Ces chantiers sont guidés par cinq valeurs fortes : la démocratie, l’égalité, l’intervention publique, l’initiative des citoyens et l’écologie.

Henri sterdyniak met en avant le chantier de l’écologie : contrainte lourde. On ne peut pas continuer à gaspiller les ressources, il faut que les activités économiques prennent en compte les contraintes tout en prenant le risque que l’ajustement ne se fasse pas ; la solution peut être le rationnement par le prix. L’auteur cite l’exemple du prix de l’énergie duquel en résulte que seuls les plus riches pourront voyager et se chauffer. Il se heurte au discours dominant selon lequel ce sont les entreprises qui savent faire. Volkswagen truande les essais car c’est moins coûteux que de faire des voitures propres. C’est une preuve que les choix que font les entreprises et le marché n’ont pas pour but de satisfaire des besoins fondamentaux. C’est plus rentable de faire des modes et des produits qui durent peu que de faire de « bons produits ».

Ainsi, une solution serait de donner davantage de poids aux clients. Il faut mobiliser les consommateurs pour changer les entreprises. De plus, il faut faire l’effort de connaître ce qui est vraiment utile pour aller vers une société sobre et solidaire. Ainsi, l’économie sociale et solidaire, les banques coopératives, l’économie du partage devraient se développer. Ces évolutions remettront en cause le capitalisme traditionnel. Henri Sterdyniak nous propose de faire attention à une trop grande dérégulation. Les sites web de type uber et airbnd permettent des réponses politiques de type : « Vous gagnerez moins, mais vous pourrez gagner de l’argent en louant votre appartement et votre voiture ».

L’économiste nous rappelle que les gens ont plus besoin de crèches que d’agences bancaires. Il nous propose de réfléchir aux besoins non-marchands que seul le service public rend : éducation, culture santé. Il propose également reconnaître les avantages du bien public.

Le chantier de l’égalité est un autre point abordé par l’auteur. Il fustige les raisonnements suivants : « S’il y a des inégalités, cela pousse les pauvres à travailler », « Ce qui fait marcher la machine, c’est la concurrence ». Pour Henri Sterdyniak, ce qui fait fonctionner les entreprises, c’est la mobilisation de tous. Il signale au contraire le gâchis prodigieux de l’inégalité. En France 20 % des enfants grandissent dans l’univers de la pauvreté. La lutte pour l’égalité est un point essentiel du combat à mener.

Henri Sterdyniak trace les contours d’une nouvelle politique. Il faut financer la transition écologique, développer les transports en commun, améliorer l’habitat. Cela demande de l’investissement, et par conséquent réorienter le système bancaire et financier. Séparer les banques de dépôts et d’affaires est nécessaire afin de s’assurer que les dépôts financent les collectivités locales et les entreprises qui créent de l’emploi ; il convient également de lutter contre la spéculation.

L’Europe, c’est un grand rêve, on a le choix entre plusieurs positions. La première consiste à laisser l’Europe aux mains de la technocratie qui impose des règles, comme par exemple le traité transatlantique. Cette Europe conduirait à une unification des normes qui se feraient par des organismes au bon vouloir des industriels ; ces normes permettraient aux entreprises de remettre en cause les services publics au nom de la concurrence et donneraient la possibilité aux entreprises de porter plainte contre les actions de l’État. La deuxième voie consisterait à renoncer à l’Europe sous le prétexte l’Euro est la monnaie d’une zone déséquilibrée avec les pays du Nord qui imposent des politiques d’austérité. Sterdyniak privilégie une troisième voie consistant à changer l’Europe en refusant tout d’abord toute nouvelle évolution vers davantage de pouvoir, et ce, tant qu’elle ne change pas de politique. Peut-être faudra-t-il mettre en place des situations de crises en Europe pour changer la manière dont cette dernière fonctionne. Il faut disposer d’une politique industrielle, d’une Europe sociale, et ce avec une harmonisation fiscale. L’Europe est l’instrument qui peut réaliser le changement.  Cependant, l’Europe actuelle n’est pas dans la capacité de le faire, cela passe par le combat politique et idéologique.

En guise de conclusion de son propose préliminaire, Sterdyniak rappelle que la rationalité, ce n’est pas le néolibéralisme. La rationalité c’est mettre au premier plan une transformation écologique, économique et sociale.

Parmi les questions posées dans la salle, une d’elles s’interroge sur le fait que l’on ne voit pas l’élan des peuples qui était attendu dans le premier livre de l’auteur. La France a maintenu un système social généreux. Peut-être pouvons-nous penser que le cynisme des dirigeants consiste à se dire que dans ce système social les gens iront au combat sur le plan syndical et politique. Mais, de fait,  le combat continu est gouverné par l’idée qu’il faut maintenir le modèle social. La France est un espace avec un effet de redistribution fort qui devient un filet de sécurité. C’est également un frein à la « rebellisation » des personnes.

 

Une autre série de questions concerne le rôle des économistes atterrés. Ces économistes essayent de peser à Bruxelles pour des choix différents. C’est notamment le combat pour la taxation des transactions financières. La commission n’est pas un organisme neutre. Ainsi, donner davantage de pouvoir à l’Europe est un problème. Lorsque l’Europe à tous les pouvoirs, cela peut être dangereux pour les peuples. Par exemple, personne ne contrôle la Banque Centrale Européenne. De plus, l’Europe ne fait pas assez contre les paradis fiscaux. Il y a eu une très forte volonté pour nous amener à ce qui est l’Europe actuelle.

Interrogé sur le problème des inégalités, Henri Sterdyniak affirme que ce dernier devient de plus en plus important. Même les milliardaires américains s’en inquiètent. Le travail disparaît, nous sommes dans une société de progrès avec moins de main d’œuvre. Henri Sterdyniak cite Waren Buffet : « La guerre des classes existe et nous l’avons gagnée ». Cela répondait à un projet des années 80 qui avait pour finalité de revivifier le capitalisme. La stratégie est claire et avec deux composantes. D’une part une composante matérielle : on investit en Chine et non aux États-Unis. Par ailleurs il y a une composante idéologique : le privé, c’est mieux que public. Il nous propose un exemple. En 1970, le système bancaire français est très largement public, banques à capitaux publics, contrôle fort de l’État. Mais, depuis la fin des années 70, les lois Debré, puis la loi Beregovoy, ont mis en place la concurrence sous l’influence des Anglais. De plus, la dette des états est devenue des titres publics qui s’échangent sur les marchés financiers.

L’auteur termine par ce qu’il considère comme étant l’une des caractéristiques du capitalisme, en l’occurrence la croissance des inégalités et un développent du précariat. Seule la France a maintenu un impôt élevé sur les patrimoines. L’avenir du travail est une vraie question, tout comme celle du travail inutile. Selon Henri Sterdyniak, beaucoup d’emplois sont dans ce cas. Il y aurait deux solutions : avoir en permanence une masse de chômeurs, ou redistribuer, rémunérer un peu plus. C’est un choix social. Il est également possible de développer des activités non-marchandes.

 

L’avenir est : davantage de coopération ! Tel a été son mot de conclusion.

 

Pour en savoir plus :

Manifeste d’économistes atterrés. Crise et dettes en Europe. Dix fausses évidences, 22 mesures en débat pour sortir de l’impasse, Paris, Les liens qui libèrent, 2010, ISBN 2918597260

Le nouveau Manifeste des économistes atterrés, 15 chantiers pour une autre économie, Paris, Les liens qui libèrent, 2015, ISBN : 979-10-209-0139-2

 

Conférence transcrite par Bruno Salgues, non vérifiée par le conférencier

Bensé à la médiathéque de Capestang

Le vendredi 28 mars, la Médiathèque de Capestang proposait un concert de Bensé. L’artiste a joué dans des salles célèbres et vient de terminer des représentations aux Trois baudets à Paris. Il a voulu nous présenter des tranches de vie en chanson ; à cette occasion il a évoqué le thème du vent et celui des femmes. Avec humour, son harmonica, sa guitare et son piano, il nous parle de Cassandre, d’Olivia et de sa persane. Tout en précisant que ce n’est pas totalement autobiographique, il évoque ces jeunes filles  rencontrées, son petit appartement parisien, rêve de voyages et de grands espaces. Bensé se souvient de son passage en péniche sur le Canal du Midi à Capestang à l’occasion de son enterrement de vie de garçon dont il semble avoir gardé davantage de souvenirs que de son mariage, lequel fut bref.  Pendant son spectacle, il entretient une relation avec le public fort agréable, public qui le lui rend bien par ses nombreux applaudissements.

 

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Bensé, photographie Bruno Salgues

 

Une soirée des plus sympathiques dans cette médiathèque, à l’occasion d’un mini tour  réalisé en passant par Montpellier et Bédarieux avec la complicité de la Médiathèque départementale. Un public conquis qui a cependant été déçu de ne pouvoir acheter des CD, ces derniers étant épuisés chez son distributeur. Gage de succès ! Personnellement, j’ai davantage apprécié ses morceaux au piano, plus émotionnels qu’à la guitare dont la technique est largement maîtrisée. Si Bensé passe quelque part, n’oubliez pas d’aller le voir ou d’écouter son dernier CD intitulé Le printemps.

SIANA 2015, c’est parti, inauguration le 2 avril 2015

il y a 10 ans, Hervé Perrard et moi-même, nous créons SIANA

SIANA 2015
C’est à partir du 2 avril

Découvrez notre grande exposition !
du 02 au 30 avril
à l’ENSIIE (Evry)

 

Avec Horizons MatricielsNicolas Rosette vous propose une immersion dans notre relation aux machines, une thématique idéale pour découvrir les arts numériques !

Sur une dizaine d’œuvres, sept ne se révèlent à vous qu’avec vous ; cette interactivité nous rappelle que la machine est le fruit de notre créativité. Mais au-delà l’exposition présente des créations qui stimulent notre imaginaire et nos représentations de ce monde qui est désormais le nôtre : interconnecté, mû par des machines quasi-autonomes et des algorithmes complexes. La densité de l’écosystème numérique est vertigineuse et cela nous amène naturellement à y projeter des représentations fantasmatiques plutôt qu’à le décrypter. En laissant nos inconscients agir et en programmant des machines pour décider à notre place, ne sommes-nous pas en train d’accomplir le destin funeste de mythes ancestraux ?

Vous pourrez le voir, les grandes questions du numérique sont voisines de nos interrogations quotidiennes, et les artistes y apportent leurs réponses sensibles.
Avec : Marie-Julie Bourgeois, Bertùf, Michaël Cros, Tomek Jarolim, Jean-Benoit Lallemant, Grégoire Lauvin, et les collectifs One Life Remains et Spéculaire.

Vernissage le 2 avril à 18h30 à l’ENSIIE
Venez rencontrer les artistes !
Ouverture du 2 au 30 avril, du mardi au samedi, de 13h à 18h
Accès par le 17 cours Blaise Pascal, 91000 Évry

Découvrez l’exposition de manière privilégiée, avec une visite guidée, sur demande.
Pour les groupes, en complément de la visite, nous proposons divers ateliers tout au long de la manifestation, en partenariat avec l’association Préfigurations et l’Atelier Canopé Essonne.

 

Pour en savoir plus : http://www.siana.eu

D’Hippocrate à e-ppocr@te, les systèmes d’information en santé et l’éthique … un nouvel ouvrage

ISTE Editions vous annonce la parution d’un nouvel ouvrage sous la direction de Bruno Salgues dans la collection Systèmes d’information, web et informatique ubiquitaire dirigée par Jean-Charles Pomerol

Les systèmes d’information en santé et l’éthique
d’Hippocrate à e-ppocr@te


Jérôme BérangerEconomiste et gestionnaire de santé, Jérôme Béranger est consultant sénior et chercheur associé (PhD) pour la société Keosys. Ses recherches portent sur l’éthique et la sociologie des systèmes d’information destinés à l’e-santé, les m-health et les Big data.
Le livre est disponible en ebook au prix de 9,90 euros (prix réservé aux particuliers).
Le livre est disponible en  version papier au prix de 69 euros.
La numérisation exponentielle des données médicales a entraîné une transformation de l’exercice de la médecine. Cette évolution soulève notamment une nouvelle complexité des problèmes entourant les NTIC en santé. Le bon usage de ces outils de communication – la télémédecine, l’e-santé, les m-health, les Big data médicaux – doit permettre d’améliorer la qualité du suivi et de la prise en charge des patients pour un système d’information à « visage humain ».Face à ces enjeux, Les systèmes d’information en santé et l’éthique analyse sous un angle déontologique la relation médecin-patient, le partage, la transmission et le stockage de l’information médicale, établissant les repères d’une éthique propre à la numérisation de l’information médicale. S’appuyant sur des recommandations de bonnes pratiques étroitement associées à des valeurs, cette modélisation développe des outils de réflexion et présente les clés pour comprendre les enjeux décisionnels qui tiennent compte à la fois des contraintes technologiques et du caractère complexe de la réalité humaine en médecine.
Sommaire1. L’émergence de l’information médicale face aux enjeux de l’éthique personnelle et sociétale
2. La communication dans la relation médecin-patient orientée autour de la décision médicale
3. Le traitement de l’information médicale dans le droit
4. La modélisation éthique : de la conception à l’utilisation du système d’information
5. Les applications de ce modèle éthique
6. Les changements environnementaux indispensables entourant les SI en santé
7. L’organisation des SI tournée vers l’éthique et la connaissance médicale partagée
8. Une médecine personnalisée orientée vers l’éthique418 pages – Mars 2015
Ouvrage papier – broché
ISBN 978-1-78405-070-2

 

Pour acheter l’ouvrage : http://iste-editions.fr/products/les-systemes-d-information-en-sante-et-l-ethique

Pour acheter et consulter d’autres ouvrages écrits ou dirigés par Bruno Salgues: http://salgues.sopixi.fr/

Pour toute information complémentaire, merci de nous contacter à info@iste-editions.fr

Retrouvez toutes nos publications sur le site http://iste-editions.fr/

Une histoire des festivals, XXe-XXIe siècle, un livre pour comprendre

Ceci est le commentaire du livre :Anaïs Fléchet, Pascale Goetschel, Patricia Hidiroglou, Sophie Jacotot, Caroline Moine, Julie Verlaine, dirs, Une histoire des festivals, XXe-XXIe siècle, Paris, Publications de la Sorbonne, coll. Histoire contemporaine, 2013, 354 pages

Une version de ce commentaire est paru dans :

Question de Communication, numéro 26-2014

Cette histoire des festivals est un ouvrage collectif à la fois original, passionnant et international. Ce dernier point en fait un livre spécifique qui compare les festivals « à la française » avec ceux d’autres pays européens comme le festival de Salzbourg en Autriche (pp. 203-216) ou encore les Festik et Festat du Cameroun (pp. 187-201). L’ouvrage s’intéresse à différentes formes de festivals : musique, cinéma, bande dessinée, chanson, etc. Ceci en fait un élément intéressant, auquel il faut ajouter le volume.

Le point fort de l’ouvrage est la mise en perspective de chacun des thèmes abordés sous formes de monographies, pour lesquelles il manque cruellement des chapitres de synthèses. Si les auteurs se refusent à définir la notion de festival qui est de fait leur sujet d’étude, c’est que, selon eux, le travail serait alors illusoire : « La définition et la pertinence même de la forme festival sont interrogées », affirment-ils dès les premières pages (p. 10). Ils assurent que « la question des espaces et des moments publics apparaît comme cruciale » (p. 11). Le volume est composé de deux parties. La première nommée « Jalons et territoires » (pp. 17-147) présente « une perspective chronologique autour de l’émergence, des filiations et des générations » (p. 13). Intitulée « Formes et dynamiques » (pp. 149-330), la seconde consiste en un travail d’histoire comparative de différentes manifestations.

Le premier article, « Qu’est-ce qu’un festival ? Une réponse par l’histoire » (pp. 19-32), signé par Pascal Ory, se livre tout de même à une tentative de définition. Selon lui, festival est « un terme anglais qui ne prend son sens actuel qu’à partir du moment où il est adopté hors de son pays d’origine, pour un usage qui dépasse le sens original et dont peuvent rendre compte d’autres termes d’acceptation locale » (p. 19). Pascal Ory signale l’existence du nom à l’époque de la Restauration avec le festival du Nord qui a eu lieu en 1829. Le dictionnaire de 1838 rattachait ce genre à la France, et l’Encyclopédie des gens du Monde distinguait les festivals des comices agricoles issus de la circulaire Decazes de 1819, des expositions ou fêtes de l’industrie selon un modèle promu par François de Neufchâteau en 1798. Pascal Ory fait remarquer que le terme allemand de festspiel est repéré chez Johann W. von Goethe dès 1800 (pp. 19-32).

En étudiant le Fribourg International Film Festival, John Wäfler (pp. 99-107) décrit le festival comme un objet sociopolitique et un élément d’une politique culturelle, qui s’intéresse à un autre objet, soit le film dans le cas étudié. L’article de Caroline Moine (pp. 41-53) s’intéresse à l’enjeu des festivals artistiques pendant la Guerre froide. D’abord, elle annonce  un premier axe de réflexion centré sur des enjeux stratégiques à trois niveaux : diplomatique (il était important de se montrer puissant dans d’autres domaines que le domaine militaire) ; culturel (l’ambition était de faire redécouvrir le patrimoine national) ; économique (avec les revenus et les emplois que cela procure). Ce dernier point est réel, c’est l’essence du texte de Sotirios Haviaras et Marie-Noëlle Semet (pp. 151-159) pour qui la source des revenus est essentiellement touristique. Alice Byrne explique clairement les actions menées pour attirer les touristes dans le cas de l’unique Festival of Britain de 1951. Un autocar a fait le tour de l’Europe et le British Council a relayé la manifestation par des publications et des actions (pp. 233-249). Pour Caroline Moine, « c’était la nouvelle carte culturelle de l’Europe qui se jouait durant cette période » (p. 43). Elle cite plusieurs exemples. Le Printemps de Prague est fondé sur une composante patriotique. Le Festival de cinéma de Cannes était en concurrence de date avec la Mostra de Venise, avant de changer de période en 1951. Ce côté patriotique se retrouve aussi dans le Festival of Britain étudié par Alice Byrne, ou bien encore dans ceux du Mali présentés par Elina Djebbari (pp. 291-301). Il est défini comme « à la fois un vestige de l’indépendance et un exemple de réalisation d’une politique contemporaine dans un pays ouest-africain organisé en partenariat avec les organisations internationales », mais dans lequel « les pratiques culturelles sont utilisées à des fins identitaires » (p. 301). Cette même idée est également le fil conducteur de l’article de Catherine Coquery-Vidrovitch (pp. 317-330) sur Festac, Festan et Panaf, festivals qui se déroulent dans différents pays africains. A contrario, la Semaine d’art, fondée par Jean Vilar à Avignon, était présentée comme un acte de défi, de fondation et de rupture, qui « se voulut d’emblée comme un anti-Cannes et anti-Chorégies d’Orange, jugés trop officiels, trop classiques » (p. 45). Autre exemple, la Berlinale dans la partie Ouest de Berlin, « olympiade du film soutenue, avant tout, y compris financièrement, par des forces d’occupation américaines, dans un but géopolitique clair, et par les producteurs de cinéma américains qui y virent, après les festivals de cinéma déjà existants, une nouvelle tribune en Europe idéalement placée » (pp. 46-47). Des festivals ont été organisés dans différents pays de l’Est, ils sont destinés aux jeunes. Le deuxième axe de réflexion proposé par Caroline Moine est celui du rôle des festivals dans la démocratisation culturelle et la montée des mouvements contestataires. Dans un premier temps, la culture est présentée comme un élément essentiel du maintien de la paix, comme un vecteur du rayonnement de l’Europe et comme un moyen de favoriser la circulation des idées, des publications et des œuvres d’art d’un pays à un autre. Dans les années 60, la contestation est née dans les festivals avec l’idée de s’approprier les manifestations en changeant leurs règles de fonctionnement. En témoignent divers évènements, notamment l’ambiance insurrectionnelle et violente du festival d’Avignon de juillet 1968 qui semblait être une réplique des évènements de mai. L’intérêt de cet article est de bien montrer la dynamique des évolutions (pp. 41-53). Parfois même, selon Florence Tamagne, le public des festivals est assimilé à une horde de barbares, et un débat apparaît entre des manifestations qui se veulent pacifiques et les atteintes à l’ordre public quand elles sont présentées comme « de longues orgies, sur fond de drogue et d’hystérie musicale (p. 91). Stephano Pisu (pp. 55-62) complète le texte de Caroline Moine en analysant la place et le rôle de l’urss. Présente au début des grands festivals européens, par exemple à Venise en 1946 et 1947, l’urss s’en détournera et organisera ces propres festivals, manifestations souvent éphémères et fantômes. Pour les Soviétiques, il s’agit de construire des festivals autour d’un cinéma démocratique et progressiste (ce qui ne serait pas le cas des festivals occidentaux), mais aussi valorisant le cinéma soviétique et discréditant les organisations des festivals de l’Ouest. Un élément important a conduit à leur échec, et ceci malgré l’énergie mise par Yvan Bolsakov, ministre soviétique du cinéma et de la propagande ; c’est la faiblesse de la production locale. Cet article se lit avec plaisir, comme un roman (pp. 55-62) ! On retrouve cette concurrence entre l’Est et l’Ouest dans l’article de Laurence Guillon (pp. 175-185) sur les festivals juifs se déroulant dans les deux Allemagnes. Au Cameroun, la concurrence entre deux cultures existe ; faisons référence au Festik (vitrine du révisionnisme arabe-choa) et au Festat (renaissance de l’identité culturelle Sao Kotoko) (pp. 187-201). Un axe complète la description de Caroline Moine, c’est la notion de culture pour le développement que l’on trouve dans la contribution de Sarah Andrieu (pp. 123-138). La concurrence peut également être relativement locale, par exemple le Festival international de télévision fitv de Monte-Carlo créé en 1960 et le marché international des programmes télévisés (miptv) qui a démarré à Cannes en 1965 (p. 276). Cette situation permet à Caroline Poel (pp. 176-178) de traiter de la relation entre concurrence des manifestations, art et marché de façon argumentée et intéressante.

L’opéra était en disparition, les festivals les ont fait revivre. C’est ce que montre Aude Ameille (pp. 33-40). Elle commence par le sujet concernant la dégénérescence avec trois arguments. Le premier est que l’opéra est considéré comme un art bourgeois et, de ce fait, est discrédité. De plus, « l’utilisation qu’en ont fait les régimes totalitaires le fait apparaître comme un art dangereux » (p. 34). Enfin, « l’opéra apparaît, pour beaucoup de compositeurs et de spectateurs, comme un genre dépassé, poussiéreux, qui n’a plus sa raison d’être en cette seconde moitié du xxe siècle où les divertissements pouvant le concurrencer se multiplient » (p. 34). L’opéra semble voué à la mort et les grandes maisons d’Opéra cessent brutalement de proposer des créations dans les années 50. Selon Aude Ameille, le rôle le plus standard des festivals réside dans la relance de la création artistique : « Deux types de festivals ont joué un rôle non négligeable dans cette renaissance : ceux conçus spécialement pour permettre aux opéras d’être créés, ainsi que ceux qui existaient auparavant, consacrés aux œuvres du répertoire, mais qui après la Seconde Guerre mondiale, ont accueilli des créations » (pp. 35-36). L’auteure détaille trois exemples de festivals créés de toute pièce, et ce par des compositeurs. Le premier est le festival d’Aldeburg, se déroulant loin de Londres pour ne pas être traité de bourgeois et qui a été fondé en 1947 par le compositeur britannique Benjamen Britten. Le deuxième est le festival créé en 1958 par Gian Carlo Menotti à Spolète, une petite ville d’Ombrie en Italie, ce créateur utilisant l’exemple d’Aldeburg comme référence. Le troisième compositeur à avoir monté son festival est l’Allemand Hans Werner Henze. Il habite lui aussi en Italie, à Montepuliciano en Toscane. Ce montage plus tardif fait dire à son promoteur que ce festival est une animation politico-sociale et culturelle. D’autres hommes sont à la tête du renouveau de la création dans les festivals existants. Aude Ameille en cite également trois. Créé en 1919, le festival de Salzbourg en Autriche est relancé par l’Allemand Wilhelm Furtwängler, puis par Herbert von Karajan. Le festival de Glyndebourne en Angleterre doit sa relance à John Cristie qui souhaitait programmer de jeunes compositeurs. En France, le festival d’Aix-en-Provence doit ses créations à Gabriel Dussurget, puis à Stéphane Lissner. Très intéressant, bien construit et extrêmement bien documenté, l’article se termine par une note optimiste avec la création récente d’autres festivals comme Ars Musica à Bruxelles en 1983 et Musica à Strasbourg en 1989 (pp. 33-40). Dans sa contribution consacrée au Burkina Faso, Sarah Andrieu (pp. 123-138) traite des festivals comme des formes globalisées avec des activités locales. Elle explique avec conviction le passage d’une pratique participative à une pratique représentationnelle qui se fonde sur un processus de révélation de la culture et de sa sauvegarde dans la nouvelle pratique.

L’article de Marcos Napolitano (pp. 79-88) est très intéressant car il relie la naissance des festivals à des changements technologiques, notamment dans les méthodes d’enregistrement de la musique. En revanche, la dynamique semble différente pour les Queer Festivals étudiés par Skadi Loist. Au début, il s’agissait de festivals revendicatifs ; ils s’organisaient en circuits régionaux avant de devenir globaux. L’étape récente est à la fois un processus de différenciation, une ré-invention des formes et une mise en place de nouveaux réseaux (pp. 109-121). Cette notion de revendication existe aussi dans les KlezKamp de New York ainsi que dans le festival de culture juive de Cracovie étudié par Patricia Hidiroglou (pp. 161-174).

Dans un débat entre institutionnalisation et interdiction (pp. 89-97), Florence Tamagne traite de l’instrumentalisation des festivals pop en Europe. Face aux souvenirs du nazisme, les festivals juifs de Berlin se positionnent comme yiddish, ce qui conduit Laurence Guillon (pp. 175-185) à s’interroger sur cette double détermination qui provient, là également, des interdictions (notamment du mot juif dans la partie rda). Cette institutionnalisation est vue différemment par Patricia Hidiroglou (pp. 161-174) pour qui l’évolution des festivals est liée à l’évolution de la culture juive et vice versa. Et elle est perçue en deux phases dans la très bonne description faite par Michel Rapoport (pp. 217-232) pour le festival d’Aldeburg déjà cité. Dans un premier temps, il s’agit de l’invention d’une tradition sur la terre natale de son créateur. Dans un second temps, se met en place une tradition de l’innovation notamment par la création régulière d’œuvres. Sylvain Lesage (pp. 251-264) analyse l’institutionnalisation du festival de la bande dessinée d’Angoulême. Né d’une rencontre d’hommes, ce festival s’est vite institutionnalisé grâce à la participation du conservateur du Musée municipal qui a accepté de dépoussiérer son établissement, à la fois par son implication qui reste complexe avec la ville et par la création récente d’un pôle dédié à l’image. Sans que l’on en connaisse la raison, et bien que ces deux institutions aient été des moteurs du festival, ce texte ne parle pas de l’importance de l’école d’art et de celle de jeux vidéo qui sont présents depuis assez longtemps dans la ville (pp. 251-264).

Le livre a fait l’objet d’un excellent travail éditorial qu’il faut souligner. De plus, les index présents en fin d’ouvrage sont précieux et peuvent être très utiles à de nombreux chercheurs. Juste, une petite remarque, l’ordre de présentation des articles aurait pu être mieux agencé. Pour l’anecdote, l’article sur le huitième art que représente la télévision est situé après celui sur le neuvième art (la bande dessinée). De même, l’excellent article d’Iris Berbain et Lenka Bokova (pp. 303-315) sur les sources pour l’histoire d’un festival arrive bien tard, à la page 305. Je regrette que ce texte se limite au festival d’Avignon, mais la démarche peut être reprise par d’autres chercheurs. Enfin, l’ouvrage mériterait un article conclusif.

Certains articles m’ont personnellement irrité sur plusieurs points. « Marqueurs générationnels devenus pour certains de véritables lieux de mémoire, les festivals de musique populaire jouèrent un rôle majeur dans la création musicale à partir des années 1950 » (p. 63), tel est le point de départ de l’article d’Anaïs Flechet (pp. 63-77), dont la principale faiblesse est l’utilisation de notes de bas de page pour des définitions essentielles. Signalons que l’une d’entre elles est celle de la musique populaire (au sens de la pop music américaine), excluant de ce fait les musiques traditionnelles et folkloriques. Pour justifier sa démarche scientifique, elle argumente en fournissant des chiffres relatifs au succès de certains festivals, qui compte plusieurs centaines de milliers de participants, ce qui peut paraître un peu cavalier. Elle utilise les concepts de connexion culturelle, d’espace culturel transnational qu’elle attribue à Philippe Poirrier pour une publication de 2012 (accès : http://tristan.u-bourgogne.fr/CGC/publications/Festivals_societes/P_Poirrier_intro.html) alors qu’elle ne cite pas l’excellent ouvrage sous la direction d’Anna Boschetti publié auparavant (2010, L’espace culturel transnational, Paris, Nouveau Monde Éd.). Par la suite, elle justifie l’importance de son travail par la difficulté d’identifier les différents festivals de musique populaire alors que de telles listes existent sur l’internet. Je prendrai pour seul exemple la liste présente sur Wikipedia, (accès : http://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_de_festivals_de_musique#Pop).

Une autre contribution, celle de Skadi Loist (pp. 109-121), liste l’ensemble des festivals Queer. Un inventaire des festivals est la base du travail de Sarah Andrieu sur le Burkina Faso. Preuve que ce travail préliminaire tient de la bonne méthodologie ! Enfin, Anaïs Fléchet (pp. 63-77) justifie le succès de ces festivals par la présence médiatique et utilise le concept d’événement monde, en se référant cette fois à juste titre à Jean-François Sirinelli et son article. Mais elle ne fait aucune référence à la culture de masse liée au baby-boom qui est l’essentiel de la thèse soutenue pendant de nombreuses années par cet auteur. Elle ne fait pas davantage référence aux critiques qu’elle a engendrées qui auraient nourri la suite de son texte. L’auteure introduit « l’invention de nouvelles formes de sociabilités, corollaire de la montée en puissance d’une nouvelle classe d’âge devenue la principale consommatrice des produits de l’industrie culturelle » (p. 71). Cette phrase pourrait apparaître comme de la langue de bois par les critiques de cette industrie culturelle. Ceux-ci lui reprochent en premier lieu d’intégrer le champ du temps libre dans le monde économique. L’auteure pourrait lire avec profit Walter Benjamin, pour qui les nouvelles technologies de la reproduction produisent une perte de la fonction rituelle de l’œuvre d’art au profit de l’exposition en série. Avant de se lancer dans un discours sur des dynamiques plurielles pour traiter des différences organisationnelles et des formes de tribune parfois politique que ces manifestations engendrent – contestations culturelles, luttes contre les guerres et les dictatures – (pp. 63-77), cette auteure pourrait également relire Max Horkheimer, Theodor Adorno et Jürgen Habermas pour qui cette culture de masse est alors le symptôme d’une civilisation programmant l’autodestruction de la raison et le déclin de la conscience critique.

Autre critique, les articles sont en grande partie centrés sur les festivals médiatisés ou influencés par des universitaires. D’autres festivals très connus comme le festival de Cinéma ainsi qu’au festival Pablo Casals qui se tiennent dans la ville de Prades, ne sont pas traités. Ce festival de cinéma est plus ancien que celui de Cannes. On ne lit rien non plus sur le festival de Radio France-Méditerranée avec une multitude de concerts gratuits dans de petits villages. Il n’est pas davantage fait allusion au Jimi, le festival « des indés et de l’autoproduction » qui se déroule dans le cadre du Festi’valdemarne, au festival Siana dans l’Essonne, ou à l’art numérique à Enghien-les-Bains dans le Val-d’Oise. Cela conduit Françoise Taliano des Garets (pp 279-289) à défendre une thèse qui paraît fausse sur la naissance des biennales d’art contemporain ; elle en fait un nouvel âge d’or des métropoles régionales, bien que le titre de son texte (« Les biennales d’art contemporain de Bordeaux, Lyon et Nantes, un nouvel âge de l’événement urbain ? ») soit plus nuancé. En revanche, le raisonnement sur leur naissance est parfaitement juste. Toutes nées après les années 60, les biennales de Bordeaux, Nantes et Lyon ont été créées pour que ces villes apparaissent plus dynamiques et pour masquer par ailleurs le passé industriel : « En se déployant sur un territoire urbain extensif, voué aux flux internationaux, elles reflètent surtout leur époque, celle de la nouvelle condition urbaine » (p. 289) La conclusion de ce texte est tout à fait cohérente et fait allusion à bon escient à la notion de condition urbaine d’Olivier Mongin (2005, La condition urbaine, Paris, Éd. Le Seuil). Bilbao est citée, mais Lille est largement oubliée. Cet article ne porte pas de réflexion sur la temporalité (par exemple, L’Armada de Rouen a lieu tous les six ans), ni sur la naissance des grandes ferias du Sud de la France, celle de Béziers est née en 1968 (pp. 279-289).

L’article de Sylvian Schryburt (pp. 139-147) est des plus banaux, il revient à dire qu’il y a deux groupes, les petits festivals et les grands festivals. Seulement ces derniers auraient des noms qui leur sont associés tels Pina Bausch et Jean Vilar à Avignon. Le texte d’Amélie Charnay (pp. 203-216) est très agréable à lire, mais il reste malheureusement très descriptif et pèche par un manque d’analyse. Il constitue une excellente histoire du festival de Salzbourg ainsi que son rôle dans la construction de l’identité autrichienne, et dans la propagande du nazisme. Le port du costume du paysan traditionnel du Tracht par les festivaliers en lieu et place du smoking mériterait quelques explications par exemple.

La création de structures complémentaires au festival comme les off, les musées et les fondations sont assez peu traités dans l’ouvrage, à l’exception du texte de Michel Rapoport sur Aldeburgh (pp. 217-232) et de celui de Sylvain Lesage sur Angoulême qui leur donnent une place centrale dans leur analyse.

À l’exception de la présentation de Géraldine Poels sur le festival international de télévision de Monte-Carlo et de l’article de Sylvain Lesage sur Angoulême, ce livre contient très peu de contenu sur la légitimation des différentes formes de « pratique artistique ». Concernant ce texte de Géraldine Poels, le tableau présentant les formats et la date de leur apparition (p. 270) dans le concours est fabuleux pour ceux qui s’intéressent à ce sujet.

Hormis l’index fort utile, ce livre contient de très intéressants contenus méthodologiques. L’ouvrage est donc à utiliser plus pour ces derniers que pour ses parties descriptives et analytiques, lesquelles apparaissent, à la fin de la lecture, quelque peu répétitives.