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Interpositions. Montage d’images et production de sens

Analyse du livre de :

Andreas Beyer, Angela Mengoni, Antonia von Schoning, dirs,

Interpositions. Montage d’images et production de sens, Paris, Éd. de la maison des sciences de l’homme, coll. Passages/Passagen, 2015, 208 pages

Issu d’un colloque intitulé Interpositions et conséquences des images qui a eu lieu à Paris à l’Institut national d’histoire de l’art en 2013, l’ouvrage se caractérise par deux critères d’excellence. D’une part, il est international, certes d’essence franco-allemande, mais les textes sont excellemment traduits, ce qui le rend très compréhensible. D’autre part, chacun de ses articles est construit sur le même modèle, soit un exemple et un apport théorique, ce qui fait du livre une base pour la conception de cours à destination d’étudiants en master ou doctorat.

La longue introduction d’Andreas Beyer (pp. 9-15) témoigne de l’ambition : « promouvoir les sciences traitant des particularités, des fonctions, de la puissance, du pouvoir et de l’impact des images » (p. 9). Aussi résume-t-elle l’ouvrage écrit dans le cadre du projet Eikones en une phrase : « Si elle veut faire face aux difficultés auxquelles elle est confrontée, la société de l’image est de plus en plus dépendante d’une critique de l’image (Bildkritik) » (p. 11).

Proposée par Martin Muller, la première contribution (pp. 19-35) a pour modèle l’encyclopédie et se caractérise par le montage, la construction d’un ordre spécifique ainsi que le renvoi. L’encyclopédie renvoie à la notion de montage : « On peut considérer comme un montage d’image le procédé spécifique de production de sens qui distingue l’Encyclopédie dans son dispositif formel et détermine fondamentalement l’ordre de ses planches et des éléments visuels qui les composent » (p. 19) ; « Le terme de montage renvoie en premier lieu à son origine qui le rattache au langage de la technique de fabrication industrielle » (p. 20, 21). Dans sa fabrication, l’encyclopédie décrit la division des tâches que l’on retrouve dans la fabrication industrielle. Les planches sont divisées en parties pour expliquer les modes de fabrication. Outre ce montage, l’encyclopédie a une autre caractéristique : l’apparition d’un document dans lequel le rangement n’est pas l’ordre alphabétique. L’encyclopédie se veut « la figuration du système des connaissances humaines sous la forme d’une arborescence à partir de trois types de connaissances propres à l’entendement humain, la Mémoire, La Raison et l’Imagination » (p. 24, 25). Cet ordre se ramifie dans les domaines d’application de l’histoire, de la philosophie et même de la poésie, chacun de se subdivisant en sous-domaines. Enfin, le mot voyez est utilisé comme outils de construction. Ainsi les renvois « ont[-ils] pour fonction de compenser dans les volumes de textes de l’Encyclopédie, l’antinomie de ces deux principes d’ordre » (p. 25), en l’occurrence la subdivision des connaissances et l’ordre alphabétique. La conclusion se situe dans le constat que « les planches encyclopédiques touchent aux limites de la représentation visuelle, ou plus précisément figurative, des connaissances et du savoir » (p. 30), ce qui peut conduire à des constellations sémantiques particulières (pp. 19-35).

Antonia Von Schöningest consacre la deuxième contribution (pp. 37-53) à l’œuvre de Johann Jakob Scheuchzer, médecin, savant et naturaliste suisse qui a réalisé des volumes sur l’histoire de la terre. Ici, le concept fondamental est celui de l’histoire naturelle qui aurait été forgé par Pline l’Ancien : « L’historicité et l’évolution historique ne sont pas encore une problématique de cette histoire naturelle, où il s’agit plutôt de dépeindre les qualités et l’apparence des choses, afin de les identifier et les classer selon un ordre naturel absolu et rationnel » (p. 38). L’étude du texte de Johann Jakob Scheuchzer est également consacrée à une classification. L’auteur met en avant le fait que « la description des objets se fait la plupart du temps en latin, mais on trouve aussi des noms allemands, français et même arabes » (p. 39). Le travail de Johann Jakob Scheutzer portait sur la définition et l’interprétation des fossiles à une période où la croyance dans le déluge ou la grande catastrophe était déterminante : « D’un côté de nombreux auteurs tenaient les fossiles pour des jeux de la nature, ludi naturae […]. Les uns attribuaient à la nature une vis plastica, un pouvoir de création qui lui permettait de générer toutes formes minérales possibles. Les autres expliquaient les fossiles en s’imaginant, disséminées dans la terre des graines qui produisaient des formes ressemblant à celle que l’on trouvait à la surface du globe. […] De l’autre côté, on émettait au sujet des fossiles, l’hypothèse qu’il s’agissait des restes d’une vie passée. Cette interprétation faisait à son tour surgir de nouvelles questions sur l’âge des objets trouvés et les raisons de leurs fossilisations » (p. 41). Cette contribution révèle que l’ensemble du texte met en relation les fossiles avec des figures allégoriques que sont les personnifications de la Constance (Constantia), de la Pitié ou de la Crainte de Dieu (Timor Dei) (pp. 37-53).

Le chapitre d’Anke Te Heesen (pp. 55-68) s’attache au thème du rangement de la connaissance dans des meubles ; et ce dans la lignée du naturaliste Georg Foster : « Ouvrir et fermer, déplacer et multiplier, condenser et relier sont les concepts clés de l’histoire à la fois interne et externe du meuble armoire » (p. 66). L’auteur part du principe que la difficulté de l’histoire naturelle est la multiplicité des objets que l’on a commencé à ranger dans des bahuts, des châsses-reliquaires, puis dans les armoires qui sont devenues des moyens pour présenter les objets sous forme de collection. Cette fonction de l’armoire qui est celle de la présentation et de la collection est déterminante dans la naissance de l’institution qui se développerait au cours du xviiie siècle et qui se nomme musée. Les armoires deviennent donc de véritables dispositifs de stockage et de classification, dans le sens où un ordre de juxtaposition et de rangement existe et correspond à une science (pp. 55-68).

La galerie électorale de Düsseldorf est le thème traité par David Ganz (pp. 71-86). De fait, cette galerie est une reproduction sous forme de gravure des tableaux du prince électeur du Palatinat. Elle a été publiée en 1778 à Bâle. L’auteur qualifie la reproduction de remontage ou de montage au second degré : « Elles transcrivent le montage de premier degré dans un espace virtuel fictif et procèdent du coup à un remontage de ce qui a été monté, à un réarrangement sous certaines conditions médiales spécifiques » (p. 72). La relation entre la collection réelle et cette même collection présentée sous la forme de gravure est, par le fait, une forme de traduction : « L’ordonnance temporaire de l’accroche s’inscrit dans la durée, un effet qui est assurément voulu, mais qui soulève aussitôt le lien entre musée réel et musée de papier ». De plus, ce catalogue introduit la distinction dans son écriture entre l’estampe qui est reproduction sous forme de gravure d’un tableau et les gravures qui restituent l’accrochage des différents tableaux sur un mur. Dans ce dernier cas, David Ganz note l’importance des cadres. Derniers éléments, cette œuvre apparaît à un tournant historique dans les collections d’arts, celui où les collections des princes et des riches marchands évoluent vers le musée dans une perspective d’histoire de l’art (pp. 71-86).

Le Musée imaginaire d’André Malraux (1947) est la référence étudiée par Georges Didi-Huberman (pp[RH1] . 89-109 ). Ce dernier qualifie le travail réalisé par André Malraux de remontée dans le temps : « C’est en remontant l’art qu’il en invente l’histoire » (p. 89). Le Musée imaginaire est une entreprise éditoriale dont André Malraux fut le maître d’ouvrage et le metteur en scène. C’est cette dernière fonction qui intéresse le plus Georges Didi-Huberman. La première remarque est l’introduction implicite d’objet dans ces ouvrages : « Des objets absents du Louvre peuvent donc réintégrer le Musée Imaginaire, vitraux, tapis ou fresque par exemple. Des outils cachés à notre regard révèlent désormais leurs qualités d’œuvres d’art : sceaux, intailles, monnaies. Sans compter l’immense production non occidentale que Malraux s’enorgueillit, bien exagérément, il va sans dire, d’avoir restituée au monde de l’art universel. La grande fécondité du Musée imaginaire par rapport au musée traditionnel tient donc dans sa capacité pratique, technique de faire rencontrer enfin des objets éloignés dans l’espace ou dans le temps » (p. 91).

La technique utilisée est celle de la photographie, laquelle, par sa nature de document, de prélèvement ou d’enregistrement devient un outil de révélation, de persuasion et de certitude. Georges Didi-Huberman note l’honnêteté d’André Malraux. Elle « consiste, ici, à revendiquer clairement l’ensemble de ses opérations et, même, à en tenter une justification théorique » (p. 97). En ce qui concerne le cadrage, André Malraux utilise volontiers « le gros plan qui à la fois nous rapproche de l’objet et nous permet de le rapprocher de l’autre » (p. 97). Ceci permet par exemple à André Malraux de rapprocher une statue de l’art gothique de Reims à l’art bouddhique du Gandhara, ou encore de mettre en parallèle une tête sculptée de Pablo Picasso et une statut de fécondité de l’époque sumérienne. La question posée par l’ouvrage d’André Malraux est celle de la remise en cause de l’institution muséale, quelle qu’elle soit. Georges Didi-Huberman aboutit à une conclusion différente : « Cela ne veut pas dire qu’il faille déserter nos musées, renoncer à nos livres d’art ou cesser d’admirer la sculpture africaine à l’aube de nos préoccupations les plus actuelles. Cela veut dire qu’il faut réintroduire la division dans nos émotions esthétiques elles-mêmes : division anthropologique et division historique (c’est-à-dire, en dernière analyse, politique) » (p. 100). Ainsi, chez André Malraux, l’art  est-il pensé comme une resacralisation et une purification de la vie historique (pp. 89-109).

Luis Pérez-Oramas traite des Parangole Botticelli (pp. 111-129). Ce sont des formes carnavalesques utilisées en Amérique latine et trouvant leur inspiration dans l’œuvre de Sandro Botticelli. Luiz Pérez-Oramas cherche à savoir s’il faut voir des œuvres « comme une contaminatio de ce qui est proche ? Avec une configuration spatiale donnée a priori, où les œuvres deviennent inévitablement l’objet d’une dispositio, d’une mise en espace muséale » (p. 111). Il utilise d’abord la notion d’objet théorique empruntée à Louis Marin[RH2]  (Opacité de la peinture. Essais sur la représentation en Quattrocento (Éditions de l’EHESS, nouvelle édition, 2006) Ainsi celle-ci « prend[-elle] une dimension (peut-être) nouvelle, dans la mesure où elle répond à la logique d’une pensée prudentielle : opératrice de connaissance et savoir médiateur entre la vocation universelle de la théorie, face à laquelle la nature accidentelle et empirique des objets oppose sa résistance, et l’habitus, la connaissance habituelle, la coutume ou la simple pratique des objets, qui n’est jamais simple, incapable de rendre compte de leur transformation en objet actif, de leur activation au cœur d’une expérience qui est toujours anachronique » (p. 113). Hélio Oiticica est l’un des principaux concepteurs de parangole. Il appartient au mouvement du néo-concrétisme. Dans le manifeste de ce mouvement (1959), il est possible de lire que ces artistes ne conçoivent pas une œuvre d’art comme une machine, pas non plus comme un objet, mais comme un quasi-corpus. Luis Pérez-Oramas s’intéresse donc à la relocalisation d’une œuvre d’art qui se caractérise par une « altération, déformation, transfiguration » (p. 125) associée à une « survie d’une ancienne logique rhétorique qui se trouve au fondement d’une théorie humaniste de l’art » (ibid.). Le décalage historique reste présent : « Les images de Botticelli parlent d’une antiquité au-delà de l’Antiquité de même que le parangole parle d’un art au-delà de la modernité dans lequel il trouva sa première source » (p. 123). Le parangole correspond également à une action : « Le mot parangole veut dire dans l’argot carnavalesque de Rio de Janeiro une soudaine confusion, une agitation entre les personnes » (p. 125). Cet art du parangole à la fois issu de l’antiquité se veut une forme dans laquelle on lie l’aspiration à la modernité à la forme du moderne (pp. 111-129).

Angela Mengoni (pp. 131-149) s’intéresse à l’Atlas de Gerhard Richter qui est une œuvre d’art composée de grands tableaux sur lesquels sont accolées les images. Dd’abord, elle remarque que l’utilisation de planches normalisées de 51,7 cm sur 66,7 cm crée « les conditions de possibilité de stockage » (p. 132). Comme les premières planches sont formées avec des photographies tirées des albums de famille, Angela Menagoni distingue cette partie de l’œuvre qu’elle qualifie de « sorte de bagage mémoriel qui aurait accompagné Richter dans son voyage pour ensuite se déployer sur les panneaux mobiles » (pp. 132-133). Cet atlas avait pour vocation d’être exposé ; la première exposition a eu lieu à Utrecht en 1972, date à laquelle l’œuvre quitte le qualificatif de materalien (matériaux) pour se nommer Atlas. À ce moment, « l’indifférence à l’égard de tout critère de hiérarchisation interne et de sélection des sujets ferait de l’Atlas une archive anomique, une archive sans nomos, sans loi ni principe organisateur » (p. 135). De fait, Angela Mengoni remarque qu’il y a un ordre archival lié à « la prolifération visuelle en elle-même ou bien dans la sérialité de la grille comme autant de corrélats symboliques d’une anesthésie mémorielle » (p. 117). Nous sommes en face d’une polarité entre deux tensions. La simple juxtaposition d’images dans une accumulation proliférante empêche toute sélection d’opérer et produit un effet amnésique, la possibilité de mise en relation, d’une corrélation entre les images agit sur la conscience du spectateur chez lequel il crée une élaboration. Le mélange d’image familiale et d’image prise à l’extérieur, de publicité, crée un sentiment particulier que relève Angela Mengoni : « Cela implique l’expérience, pour la génération de Richter, de la permanence non reconnue, mais effective de la violence historique au cœur du confort du Heimat » (p. 140). Angel Mengoni se réfère à Paul Ricœur et remarque que « seule la mise à distance de ce passé inassimilé, c’est-à-dire sa progressive élaboration, permet de libérer le présent vers la tension au futur qui lui est propre. Au contraire, un passé qui n’a jamais eu lieu n’a pas libéré le champ du présent, il y reste incrusté » (pp. 144-145). Avec l’œuvre de Gerhard Richter, le spectateur se retrouve en face d’un rapport de postérité, de dépendance, donc de solidarité vis-à-vis de ses propres vécus, avec la dépendance de sa propre vie. Ainsi cet atlas est-il un révélateur pour celui qui le regarde : « Tel un sismographe de la mémoire, l’Atlas détecte par endroits cette mémoire inaccomplie de ce passé dénié qui persiste et insiste dans le présent ». Ces visuels entreposés sur ces planches sortent de leur état pour agir comme un dispositif qui ne serait rien d’autre qu’un devenir-voir ou un devenir-savoir, donc avec un effet similaire au travail de révélation de la psychanalyse (pp. 131-149).

Antonio Somaini étudie le cinéma de Sergueï M. Eisenstein (pp. 153-176). Ce cinéaste russe de la période soviétique né le 10 janvier 1891 à Riga et décédé le 11 février 1948 à Moscou est souvent considéré avec David W. Griffith et Abel Gance comme l’un des « pères du montage ». En outre, c’est un théoricien du montage car il s’est penché sur son cas toute sa vie. Selon lui, un montage n’était pas destiné à une opération spécifique au cinéma, mais pouvait être présent dans d’autres œuvres. C’était « une façon de produire du sens à travers la composition d’éléments hétérogènes qui pouvait trouver des applications bien au-delà du cinéma » (p. 154). Sergueï M. Eisenstein considérait que « la théorie du cinéma avait toujours été inséparable d’une réflexion sur son histoire, et comment cette double visée avait, à son tour, toujours été en étroite corrélation avec sa pratique cinématographique » (p. 155). C’est le point de départ de la réflexion d’Antonio Somaini. Un des éléments de cette réflexion concerne le « carré dynamique », idée que Sergueï M. Eisenstein avait mise en avant pour refuser les formats au cinéma et disposer d’une forme variable. Il souhaitait « une forme variable et dynamique, en mesure de s’adapter à toutes les exigences possibles de la composition du cadre » (p. 157). L’histoire n’a pas été le cadre de cette émergence. Le second point de réflexion est celui de la couleur, laquelle, selon lui, ne doit être utilisée que de façon mimétique et naturaliste. Pour Sergueï M. Eisenstein, le montage était une forme heuristique, herméneutique et descriptive capable de se proposer comme forme de pensée et de connaissance. Pour le cinéaste, le montage n’est pas une disposition linéaire d’images orientées vers une continuité narrative, mais c’est « l’exploration de la force productive du conflit, du choc, de la collision entre éléments hétérogènes », (p. 159). Ce serait le principe dramatique, et la création d’une activité comparative chez le spectateur (pp. 153-176).

Ute Holl consacre sa réflexion à l’œuvre cinématographique de Friedrich Wilhem Murnau (pp. 167-188). Friedrich Wilhelm Plumpe est le nom d’artiste d’un réalisateur allemand né le 28 décembre 1888 à Bielefeld (Allemagne) et mort accidentellement le 11 mars 1931 à Santa Barbara (Californie). Ce réalisateur est considéré comme l’un des maîtres du cinéma expressionniste allemand. Ute Holl s’intéresse elle aussi au cadre : « Les limites de l’écran ne sont pas comme le vocabulaire technique le laisserait parfois entendre, le cadre de l’image, mais un cache qui en peut que démasquer une partie de la réalité » (p. 175). Elle évoque le rôle de l’expressionnisme en étudiant des images où les hommes sont cachés par des nuages : « Le nuage fait apparaître une contradiction fondamentale dans la technique culturelle de représentation en mettant à l’œuvre une spatialité humaine affectée par la transcendance » (p. 180). Ainsi, dans la représentation que le spectateur se fait, le nuage introduit-il subtilement une contradiction qui suggère une déchirure. Une autre vision possible est celle de pouvoir recouvrir de façon à rendre des éléments invisibles. Ce type de montage suggère un travail de rêve pour éliminer l’histoire et la politique (pp. 167-188).

Peter Tscherkassky est l’objet de l’étude de Christina Blümlinger (pp. 189-203). Peter Tscherkassky est un cinéaste autrichien né le 3 octobre 1958 à Vienne, considéré comme un parfait représentant de l’avant-garde dans les années 70. Il utilise des effets liés à la découpe de film et la pose d’élément sur l’image. Christina Blümlinger parle de sérialité : « La multiplication verticale des plans crée une mise en boucle de certains mouvements et une répétition des gestes » (p. 194). Cette sérialité serait intensifiée par l’utilisation de moyens techniques pour faire en sorte que le son ne soit pas synchrone avec l’image. Christina Blümlinger évoque l’idée de tradition bruitiste, de musique concrète ou de son acousmatique. Ces répétitions de geste et ces usages du son conduiraient à un cinéma dont les effets ne seraient pas intentionnels, mais créeraient en revanche une énergie invisible. Cette partie est plus courte que les autres, peut-être à cause de la contemporanéité de ce cinéaste (pp. 189-203).

D’excellente qualité, cet ouvrage présente un seul défaut, celui de supposer que le lecteur connaît les artistes étudiés. Sur le plan formel, il ne possède pas de conclusion. Il se situe dans une approche selon trois axes d’opposition. C’est d’abord celui de l’érudit contre l’ignorant ; il impose donc de connaître ou de s’intéresser aux artistes étudiés. Ensuite, il s’agit de l’opposition entre l’organisé et le désordonné puis de celle de l’ordre contre le chaos ; ces deux derniers axes servent de fondement aux réflexions sur le cadre, le montage, les formats et les représentations.

Bruno Salgues

 

Ce texte est publié dans « Questions de Communication », numéro 28

Andreas BEYER, Angela MENGONI, Antonia von SCHONING

Ma fiche de lecture dans question de communication

Questions de communication, 28

Éditions universitaires de Lorraine, 2015, 402 pages

(20 euros)

 

Commander :

http://www.lcdpu.fr/livre/?GCOI=27000100023970


Disponible sur Cairn.info :

http://www.cairn.info/revue-questions-de-communication.htm

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Une histoire des festivals, XXe-XXIe siècle, un livre pour comprendre

Ceci est le commentaire du livre :Anaïs Fléchet, Pascale Goetschel, Patricia Hidiroglou, Sophie Jacotot, Caroline Moine, Julie Verlaine, dirs, Une histoire des festivals, XXe-XXIe siècle, Paris, Publications de la Sorbonne, coll. Histoire contemporaine, 2013, 354 pages

Une version de ce commentaire est paru dans :

Question de Communication, numéro 26-2014

Cette histoire des festivals est un ouvrage collectif à la fois original, passionnant et international. Ce dernier point en fait un livre spécifique qui compare les festivals « à la française » avec ceux d’autres pays européens comme le festival de Salzbourg en Autriche (pp. 203-216) ou encore les Festik et Festat du Cameroun (pp. 187-201). L’ouvrage s’intéresse à différentes formes de festivals : musique, cinéma, bande dessinée, chanson, etc. Ceci en fait un élément intéressant, auquel il faut ajouter le volume.

Le point fort de l’ouvrage est la mise en perspective de chacun des thèmes abordés sous formes de monographies, pour lesquelles il manque cruellement des chapitres de synthèses. Si les auteurs se refusent à définir la notion de festival qui est de fait leur sujet d’étude, c’est que, selon eux, le travail serait alors illusoire : « La définition et la pertinence même de la forme festival sont interrogées », affirment-ils dès les premières pages (p. 10). Ils assurent que « la question des espaces et des moments publics apparaît comme cruciale » (p. 11). Le volume est composé de deux parties. La première nommée « Jalons et territoires » (pp. 17-147) présente « une perspective chronologique autour de l’émergence, des filiations et des générations » (p. 13). Intitulée « Formes et dynamiques » (pp. 149-330), la seconde consiste en un travail d’histoire comparative de différentes manifestations.

Le premier article, « Qu’est-ce qu’un festival ? Une réponse par l’histoire » (pp. 19-32), signé par Pascal Ory, se livre tout de même à une tentative de définition. Selon lui, festival est « un terme anglais qui ne prend son sens actuel qu’à partir du moment où il est adopté hors de son pays d’origine, pour un usage qui dépasse le sens original et dont peuvent rendre compte d’autres termes d’acceptation locale » (p. 19). Pascal Ory signale l’existence du nom à l’époque de la Restauration avec le festival du Nord qui a eu lieu en 1829. Le dictionnaire de 1838 rattachait ce genre à la France, et l’Encyclopédie des gens du Monde distinguait les festivals des comices agricoles issus de la circulaire Decazes de 1819, des expositions ou fêtes de l’industrie selon un modèle promu par François de Neufchâteau en 1798. Pascal Ory fait remarquer que le terme allemand de festspiel est repéré chez Johann W. von Goethe dès 1800 (pp. 19-32).

En étudiant le Fribourg International Film Festival, John Wäfler (pp. 99-107) décrit le festival comme un objet sociopolitique et un élément d’une politique culturelle, qui s’intéresse à un autre objet, soit le film dans le cas étudié. L’article de Caroline Moine (pp. 41-53) s’intéresse à l’enjeu des festivals artistiques pendant la Guerre froide. D’abord, elle annonce  un premier axe de réflexion centré sur des enjeux stratégiques à trois niveaux : diplomatique (il était important de se montrer puissant dans d’autres domaines que le domaine militaire) ; culturel (l’ambition était de faire redécouvrir le patrimoine national) ; économique (avec les revenus et les emplois que cela procure). Ce dernier point est réel, c’est l’essence du texte de Sotirios Haviaras et Marie-Noëlle Semet (pp. 151-159) pour qui la source des revenus est essentiellement touristique. Alice Byrne explique clairement les actions menées pour attirer les touristes dans le cas de l’unique Festival of Britain de 1951. Un autocar a fait le tour de l’Europe et le British Council a relayé la manifestation par des publications et des actions (pp. 233-249). Pour Caroline Moine, « c’était la nouvelle carte culturelle de l’Europe qui se jouait durant cette période » (p. 43). Elle cite plusieurs exemples. Le Printemps de Prague est fondé sur une composante patriotique. Le Festival de cinéma de Cannes était en concurrence de date avec la Mostra de Venise, avant de changer de période en 1951. Ce côté patriotique se retrouve aussi dans le Festival of Britain étudié par Alice Byrne, ou bien encore dans ceux du Mali présentés par Elina Djebbari (pp. 291-301). Il est défini comme « à la fois un vestige de l’indépendance et un exemple de réalisation d’une politique contemporaine dans un pays ouest-africain organisé en partenariat avec les organisations internationales », mais dans lequel « les pratiques culturelles sont utilisées à des fins identitaires » (p. 301). Cette même idée est également le fil conducteur de l’article de Catherine Coquery-Vidrovitch (pp. 317-330) sur Festac, Festan et Panaf, festivals qui se déroulent dans différents pays africains. A contrario, la Semaine d’art, fondée par Jean Vilar à Avignon, était présentée comme un acte de défi, de fondation et de rupture, qui « se voulut d’emblée comme un anti-Cannes et anti-Chorégies d’Orange, jugés trop officiels, trop classiques » (p. 45). Autre exemple, la Berlinale dans la partie Ouest de Berlin, « olympiade du film soutenue, avant tout, y compris financièrement, par des forces d’occupation américaines, dans un but géopolitique clair, et par les producteurs de cinéma américains qui y virent, après les festivals de cinéma déjà existants, une nouvelle tribune en Europe idéalement placée » (pp. 46-47). Des festivals ont été organisés dans différents pays de l’Est, ils sont destinés aux jeunes. Le deuxième axe de réflexion proposé par Caroline Moine est celui du rôle des festivals dans la démocratisation culturelle et la montée des mouvements contestataires. Dans un premier temps, la culture est présentée comme un élément essentiel du maintien de la paix, comme un vecteur du rayonnement de l’Europe et comme un moyen de favoriser la circulation des idées, des publications et des œuvres d’art d’un pays à un autre. Dans les années 60, la contestation est née dans les festivals avec l’idée de s’approprier les manifestations en changeant leurs règles de fonctionnement. En témoignent divers évènements, notamment l’ambiance insurrectionnelle et violente du festival d’Avignon de juillet 1968 qui semblait être une réplique des évènements de mai. L’intérêt de cet article est de bien montrer la dynamique des évolutions (pp. 41-53). Parfois même, selon Florence Tamagne, le public des festivals est assimilé à une horde de barbares, et un débat apparaît entre des manifestations qui se veulent pacifiques et les atteintes à l’ordre public quand elles sont présentées comme « de longues orgies, sur fond de drogue et d’hystérie musicale (p. 91). Stephano Pisu (pp. 55-62) complète le texte de Caroline Moine en analysant la place et le rôle de l’urss. Présente au début des grands festivals européens, par exemple à Venise en 1946 et 1947, l’urss s’en détournera et organisera ces propres festivals, manifestations souvent éphémères et fantômes. Pour les Soviétiques, il s’agit de construire des festivals autour d’un cinéma démocratique et progressiste (ce qui ne serait pas le cas des festivals occidentaux), mais aussi valorisant le cinéma soviétique et discréditant les organisations des festivals de l’Ouest. Un élément important a conduit à leur échec, et ceci malgré l’énergie mise par Yvan Bolsakov, ministre soviétique du cinéma et de la propagande ; c’est la faiblesse de la production locale. Cet article se lit avec plaisir, comme un roman (pp. 55-62) ! On retrouve cette concurrence entre l’Est et l’Ouest dans l’article de Laurence Guillon (pp. 175-185) sur les festivals juifs se déroulant dans les deux Allemagnes. Au Cameroun, la concurrence entre deux cultures existe ; faisons référence au Festik (vitrine du révisionnisme arabe-choa) et au Festat (renaissance de l’identité culturelle Sao Kotoko) (pp. 187-201). Un axe complète la description de Caroline Moine, c’est la notion de culture pour le développement que l’on trouve dans la contribution de Sarah Andrieu (pp. 123-138). La concurrence peut également être relativement locale, par exemple le Festival international de télévision fitv de Monte-Carlo créé en 1960 et le marché international des programmes télévisés (miptv) qui a démarré à Cannes en 1965 (p. 276). Cette situation permet à Caroline Poel (pp. 176-178) de traiter de la relation entre concurrence des manifestations, art et marché de façon argumentée et intéressante.

L’opéra était en disparition, les festivals les ont fait revivre. C’est ce que montre Aude Ameille (pp. 33-40). Elle commence par le sujet concernant la dégénérescence avec trois arguments. Le premier est que l’opéra est considéré comme un art bourgeois et, de ce fait, est discrédité. De plus, « l’utilisation qu’en ont fait les régimes totalitaires le fait apparaître comme un art dangereux » (p. 34). Enfin, « l’opéra apparaît, pour beaucoup de compositeurs et de spectateurs, comme un genre dépassé, poussiéreux, qui n’a plus sa raison d’être en cette seconde moitié du xxe siècle où les divertissements pouvant le concurrencer se multiplient » (p. 34). L’opéra semble voué à la mort et les grandes maisons d’Opéra cessent brutalement de proposer des créations dans les années 50. Selon Aude Ameille, le rôle le plus standard des festivals réside dans la relance de la création artistique : « Deux types de festivals ont joué un rôle non négligeable dans cette renaissance : ceux conçus spécialement pour permettre aux opéras d’être créés, ainsi que ceux qui existaient auparavant, consacrés aux œuvres du répertoire, mais qui après la Seconde Guerre mondiale, ont accueilli des créations » (pp. 35-36). L’auteure détaille trois exemples de festivals créés de toute pièce, et ce par des compositeurs. Le premier est le festival d’Aldeburg, se déroulant loin de Londres pour ne pas être traité de bourgeois et qui a été fondé en 1947 par le compositeur britannique Benjamen Britten. Le deuxième est le festival créé en 1958 par Gian Carlo Menotti à Spolète, une petite ville d’Ombrie en Italie, ce créateur utilisant l’exemple d’Aldeburg comme référence. Le troisième compositeur à avoir monté son festival est l’Allemand Hans Werner Henze. Il habite lui aussi en Italie, à Montepuliciano en Toscane. Ce montage plus tardif fait dire à son promoteur que ce festival est une animation politico-sociale et culturelle. D’autres hommes sont à la tête du renouveau de la création dans les festivals existants. Aude Ameille en cite également trois. Créé en 1919, le festival de Salzbourg en Autriche est relancé par l’Allemand Wilhelm Furtwängler, puis par Herbert von Karajan. Le festival de Glyndebourne en Angleterre doit sa relance à John Cristie qui souhaitait programmer de jeunes compositeurs. En France, le festival d’Aix-en-Provence doit ses créations à Gabriel Dussurget, puis à Stéphane Lissner. Très intéressant, bien construit et extrêmement bien documenté, l’article se termine par une note optimiste avec la création récente d’autres festivals comme Ars Musica à Bruxelles en 1983 et Musica à Strasbourg en 1989 (pp. 33-40). Dans sa contribution consacrée au Burkina Faso, Sarah Andrieu (pp. 123-138) traite des festivals comme des formes globalisées avec des activités locales. Elle explique avec conviction le passage d’une pratique participative à une pratique représentationnelle qui se fonde sur un processus de révélation de la culture et de sa sauvegarde dans la nouvelle pratique.

L’article de Marcos Napolitano (pp. 79-88) est très intéressant car il relie la naissance des festivals à des changements technologiques, notamment dans les méthodes d’enregistrement de la musique. En revanche, la dynamique semble différente pour les Queer Festivals étudiés par Skadi Loist. Au début, il s’agissait de festivals revendicatifs ; ils s’organisaient en circuits régionaux avant de devenir globaux. L’étape récente est à la fois un processus de différenciation, une ré-invention des formes et une mise en place de nouveaux réseaux (pp. 109-121). Cette notion de revendication existe aussi dans les KlezKamp de New York ainsi que dans le festival de culture juive de Cracovie étudié par Patricia Hidiroglou (pp. 161-174).

Dans un débat entre institutionnalisation et interdiction (pp. 89-97), Florence Tamagne traite de l’instrumentalisation des festivals pop en Europe. Face aux souvenirs du nazisme, les festivals juifs de Berlin se positionnent comme yiddish, ce qui conduit Laurence Guillon (pp. 175-185) à s’interroger sur cette double détermination qui provient, là également, des interdictions (notamment du mot juif dans la partie rda). Cette institutionnalisation est vue différemment par Patricia Hidiroglou (pp. 161-174) pour qui l’évolution des festivals est liée à l’évolution de la culture juive et vice versa. Et elle est perçue en deux phases dans la très bonne description faite par Michel Rapoport (pp. 217-232) pour le festival d’Aldeburg déjà cité. Dans un premier temps, il s’agit de l’invention d’une tradition sur la terre natale de son créateur. Dans un second temps, se met en place une tradition de l’innovation notamment par la création régulière d’œuvres. Sylvain Lesage (pp. 251-264) analyse l’institutionnalisation du festival de la bande dessinée d’Angoulême. Né d’une rencontre d’hommes, ce festival s’est vite institutionnalisé grâce à la participation du conservateur du Musée municipal qui a accepté de dépoussiérer son établissement, à la fois par son implication qui reste complexe avec la ville et par la création récente d’un pôle dédié à l’image. Sans que l’on en connaisse la raison, et bien que ces deux institutions aient été des moteurs du festival, ce texte ne parle pas de l’importance de l’école d’art et de celle de jeux vidéo qui sont présents depuis assez longtemps dans la ville (pp. 251-264).

Le livre a fait l’objet d’un excellent travail éditorial qu’il faut souligner. De plus, les index présents en fin d’ouvrage sont précieux et peuvent être très utiles à de nombreux chercheurs. Juste, une petite remarque, l’ordre de présentation des articles aurait pu être mieux agencé. Pour l’anecdote, l’article sur le huitième art que représente la télévision est situé après celui sur le neuvième art (la bande dessinée). De même, l’excellent article d’Iris Berbain et Lenka Bokova (pp. 303-315) sur les sources pour l’histoire d’un festival arrive bien tard, à la page 305. Je regrette que ce texte se limite au festival d’Avignon, mais la démarche peut être reprise par d’autres chercheurs. Enfin, l’ouvrage mériterait un article conclusif.

Certains articles m’ont personnellement irrité sur plusieurs points. « Marqueurs générationnels devenus pour certains de véritables lieux de mémoire, les festivals de musique populaire jouèrent un rôle majeur dans la création musicale à partir des années 1950 » (p. 63), tel est le point de départ de l’article d’Anaïs Flechet (pp. 63-77), dont la principale faiblesse est l’utilisation de notes de bas de page pour des définitions essentielles. Signalons que l’une d’entre elles est celle de la musique populaire (au sens de la pop music américaine), excluant de ce fait les musiques traditionnelles et folkloriques. Pour justifier sa démarche scientifique, elle argumente en fournissant des chiffres relatifs au succès de certains festivals, qui compte plusieurs centaines de milliers de participants, ce qui peut paraître un peu cavalier. Elle utilise les concepts de connexion culturelle, d’espace culturel transnational qu’elle attribue à Philippe Poirrier pour une publication de 2012 (accès : http://tristan.u-bourgogne.fr/CGC/publications/Festivals_societes/P_Poirrier_intro.html) alors qu’elle ne cite pas l’excellent ouvrage sous la direction d’Anna Boschetti publié auparavant (2010, L’espace culturel transnational, Paris, Nouveau Monde Éd.). Par la suite, elle justifie l’importance de son travail par la difficulté d’identifier les différents festivals de musique populaire alors que de telles listes existent sur l’internet. Je prendrai pour seul exemple la liste présente sur Wikipedia, (accès : http://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_de_festivals_de_musique#Pop).

Une autre contribution, celle de Skadi Loist (pp. 109-121), liste l’ensemble des festivals Queer. Un inventaire des festivals est la base du travail de Sarah Andrieu sur le Burkina Faso. Preuve que ce travail préliminaire tient de la bonne méthodologie ! Enfin, Anaïs Fléchet (pp. 63-77) justifie le succès de ces festivals par la présence médiatique et utilise le concept d’événement monde, en se référant cette fois à juste titre à Jean-François Sirinelli et son article. Mais elle ne fait aucune référence à la culture de masse liée au baby-boom qui est l’essentiel de la thèse soutenue pendant de nombreuses années par cet auteur. Elle ne fait pas davantage référence aux critiques qu’elle a engendrées qui auraient nourri la suite de son texte. L’auteure introduit « l’invention de nouvelles formes de sociabilités, corollaire de la montée en puissance d’une nouvelle classe d’âge devenue la principale consommatrice des produits de l’industrie culturelle » (p. 71). Cette phrase pourrait apparaître comme de la langue de bois par les critiques de cette industrie culturelle. Ceux-ci lui reprochent en premier lieu d’intégrer le champ du temps libre dans le monde économique. L’auteure pourrait lire avec profit Walter Benjamin, pour qui les nouvelles technologies de la reproduction produisent une perte de la fonction rituelle de l’œuvre d’art au profit de l’exposition en série. Avant de se lancer dans un discours sur des dynamiques plurielles pour traiter des différences organisationnelles et des formes de tribune parfois politique que ces manifestations engendrent – contestations culturelles, luttes contre les guerres et les dictatures – (pp. 63-77), cette auteure pourrait également relire Max Horkheimer, Theodor Adorno et Jürgen Habermas pour qui cette culture de masse est alors le symptôme d’une civilisation programmant l’autodestruction de la raison et le déclin de la conscience critique.

Autre critique, les articles sont en grande partie centrés sur les festivals médiatisés ou influencés par des universitaires. D’autres festivals très connus comme le festival de Cinéma ainsi qu’au festival Pablo Casals qui se tiennent dans la ville de Prades, ne sont pas traités. Ce festival de cinéma est plus ancien que celui de Cannes. On ne lit rien non plus sur le festival de Radio France-Méditerranée avec une multitude de concerts gratuits dans de petits villages. Il n’est pas davantage fait allusion au Jimi, le festival « des indés et de l’autoproduction » qui se déroule dans le cadre du Festi’valdemarne, au festival Siana dans l’Essonne, ou à l’art numérique à Enghien-les-Bains dans le Val-d’Oise. Cela conduit Françoise Taliano des Garets (pp 279-289) à défendre une thèse qui paraît fausse sur la naissance des biennales d’art contemporain ; elle en fait un nouvel âge d’or des métropoles régionales, bien que le titre de son texte (« Les biennales d’art contemporain de Bordeaux, Lyon et Nantes, un nouvel âge de l’événement urbain ? ») soit plus nuancé. En revanche, le raisonnement sur leur naissance est parfaitement juste. Toutes nées après les années 60, les biennales de Bordeaux, Nantes et Lyon ont été créées pour que ces villes apparaissent plus dynamiques et pour masquer par ailleurs le passé industriel : « En se déployant sur un territoire urbain extensif, voué aux flux internationaux, elles reflètent surtout leur époque, celle de la nouvelle condition urbaine » (p. 289) La conclusion de ce texte est tout à fait cohérente et fait allusion à bon escient à la notion de condition urbaine d’Olivier Mongin (2005, La condition urbaine, Paris, Éd. Le Seuil). Bilbao est citée, mais Lille est largement oubliée. Cet article ne porte pas de réflexion sur la temporalité (par exemple, L’Armada de Rouen a lieu tous les six ans), ni sur la naissance des grandes ferias du Sud de la France, celle de Béziers est née en 1968 (pp. 279-289).

L’article de Sylvian Schryburt (pp. 139-147) est des plus banaux, il revient à dire qu’il y a deux groupes, les petits festivals et les grands festivals. Seulement ces derniers auraient des noms qui leur sont associés tels Pina Bausch et Jean Vilar à Avignon. Le texte d’Amélie Charnay (pp. 203-216) est très agréable à lire, mais il reste malheureusement très descriptif et pèche par un manque d’analyse. Il constitue une excellente histoire du festival de Salzbourg ainsi que son rôle dans la construction de l’identité autrichienne, et dans la propagande du nazisme. Le port du costume du paysan traditionnel du Tracht par les festivaliers en lieu et place du smoking mériterait quelques explications par exemple.

La création de structures complémentaires au festival comme les off, les musées et les fondations sont assez peu traités dans l’ouvrage, à l’exception du texte de Michel Rapoport sur Aldeburgh (pp. 217-232) et de celui de Sylvain Lesage sur Angoulême qui leur donnent une place centrale dans leur analyse.

À l’exception de la présentation de Géraldine Poels sur le festival international de télévision de Monte-Carlo et de l’article de Sylvain Lesage sur Angoulême, ce livre contient très peu de contenu sur la légitimation des différentes formes de « pratique artistique ». Concernant ce texte de Géraldine Poels, le tableau présentant les formats et la date de leur apparition (p. 270) dans le concours est fabuleux pour ceux qui s’intéressent à ce sujet.

Hormis l’index fort utile, ce livre contient de très intéressants contenus méthodologiques. L’ouvrage est donc à utiliser plus pour ces derniers que pour ses parties descriptives et analytiques, lesquelles apparaissent, à la fin de la lecture, quelque peu répétitives.

Mon interview sur Sud Radio

Dans la matinale de Sud Radio de 6h45 ce matin ….

Après l’annonce des suppressions d’emplois chez Bouygues…

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Avec la complicité de Sud Radio : http://www.sudradio.fr

 

Comment faire pour retrouver la démocratie

Organiser de vrais débats

 

Pour éviter les peurs, ces outils doivent permettre d’organiser des débats où la transparence est la règle, où chacun prend une position, où l’on ne peut reprocher à quiconque d’avoir cette idée. Mais pour débattre utilement, il faut associer à ces outils de la communication et de la connaissance, d’où la nécessité de disposer d’apprentissages sur les éléments du débat. Comment débattre décemment sur le thème du gaz de schistes ou sur le repos hebdomadaire si un certain nombre d’informations ne sont pas connues ?

 

À cette nécessité du débat, il faut rajouter la revendication centrale de publicité et de transparence du pouvoir. Cette transparence du pouvoir pendant le temps de gouvernance n’est pas antinomique avec le respect de la vie privée. Ce point est assez délicat. La transparence touche les actes de gouvernance, le respect de la vie privée des hommes et des femmes.

 

De plus en plus, il apparaît nécessaire de dissocier la notion de système démocratique de celle d’État. Ce sont tout d’abord des revendications locales (catalans, basques, bretons, écossais …) ; ou bien les revendications sont liées à des re-découpage comme celui de l’ex-Yougoslavie. Mais c’est aussi une acceptation de la multiculturalité nécessaire, donc la protection des minorités. Cela signifie que la démocratie devra davantage s’exercer sur des échelons locaux.

 

La mise en place de débats est un commencement qui peut être la source d’une participation future à l’action (politique).

 

Il faut également débattre pour changer de comportement. Autrement dit, comment mettre fin à la situation où l’on a substitué « une politique du mode de vie à une politique du niveau de vie » ? (Roustang, 1982, 1987, 2002).       Est-ce une idée « écologique » ?

 

 

Avoir des actions constituantes

 

La construction de nouvelles structures de gouvernance imposera à la fois de l’harmonisation, de l’équilibre et de la liberté, tout en profitant des différences de chacun. Penchons-nous sur un exemple récent qui est celui de la relation existant entre les exigences citées. Harmonisation ou différences : un débat actuel ; le repos dominical n’est pas laïc, il est catholique ! Depuis l’époque des Romains, vers 300, ou en 1400 après J.C.[1],  selon les sources, le repos hebdomadaire est une avancée sociale d’équilibre et de liberté qui daterait de 1906 ! Désire-t-on réellement un état laïc ?

Les grands sujets

 

Nous ne traiterons ici que deux exemples : celui du genre et celui de l’organisation territoriale.

 

Homme femme : mode d’emploi

 

L’exclusion des femmes du pouvoir politique ou de certaines fonctions économiques est inacceptable. Mais à l’inverse, l’ouverture de certaines professions aux hommes n’est pas encore tout à fait réalisée. Pire, d’autres professions appartenant au domaine de la médecine et de l’éducation se féminisent à outrance. Quel sens pour un système éducatif dans lequel un étudiant arrive au Baccalauréat sans avoir eu à faire à un homme comme enseignant !

 

Organiser ensemble les territoires

 

L’agencement territorial a été organisé par les politiques. Le débat démocratique sur le territoire a été confisqué dans les PLU[2], les SCOTS[3]  et les Plans de Prévision des Risques. En ce qui concerne ces plans, le citoyen ne participe pas à leur élaboration. En revanche, pour leur validation avant adoption, il est proposé au citoyen de venir donner des idées au cours des débats, idées dont il ne sera pas tenu compte par la suite, sauf peut-être pour des citoyens regroupés ou non dans des associations et qui deviennent très bruyants ! Ils utilisent alors les mêmes méthodes que les politiques, c’est-à-dire les outils de la société du spectacle de Debord.

 

Changer de modèle politique

 

Le projet politique consiste donc à faire disparaître le triplet « Peur, Prévention, Preuve » et le remplacer par le triplet « Pulsion, Plaisir, Puissance ».

 

Pulsion

 

La formation des citoyens à la vie de la cité est depuis longtemps la clé. Mais cela passera également par un ré-enchantement, lequel sera complémentaire.

 

Plaisir

 

Il s’agit de donner du plaisir dans des territoires agréables, et donc d’en finir avec la manie d’interdire. Les villes ont bordé leurs trottoirs de plots dans le but d’empêcher les voitures de se garer. C’est que je nomme la « bittomania » et qui coûte dans certaines villes aussi cher que la construction d’une ligne de tram ! Au lieu de dépenser pour interdire, dépensons pour faire plaisir.

 

Puissance

 

Il s’agit d’utiliser la puissance de chacun, de la mettre en valeur et de mettre en avant les capacités au sens de Aymarta Sen. Cette action conduit à de nouvelles réflexions sur lien entre l’innovation et la croissance. Cela reviendra sans doute à réfléchir à de nouvelles formes de croissance qui ne sont pas seulement « pibiennes[4] », mais également relationnelles[5]. C’est la même logique que l’on retrouve dans la pédagogie de « conscientisation » du Brésilien Paulo Freire et de Monseigneur Romero archevêque de San Salvador.

 

Réorganiser le vivre ensemble : LE politique

 

Pour que cela fonctionne, il faudra organiser ou plutôt réorganiser le vivre-ensemble : le politique. Dans un premier temps, il faudra passer à des politiques positives, aux antipodes des politiques sécuritaires et des politiques fondées sur « la manie d’interdire ». Pour cela, il s’agit d’apprendre à l’école « LES politiques » pour éviter d’être obligé de mettre en place les interdictions. Puis, il faudra faire en sorte que les acteurs participent aux choix et expriment leurs volontés.

 

Prenons l’exemple des plages. Pour ces dernières,  il est possible d’imaginer des cartes qui expliquent les comportements à adopter dans différentes zones de la plage ; ainsi, les familles, les homosexuels, les naturistes, les sportifs et les amateurs de musique, pourraient profiter d’une partie de cet endroit commun et ainsi éviter l’interdiction par le biais de panneaux géants où est inscrit par exemple : « Interdit de jouer au ballon, musique interdite, … ».

 

L’organisation qui se crée est en général vécue comme subversive par la pouvoir en place. Avant la chute du mur de Berlin, les acteurs politique du capitalisme agitaient le torchon rouge du communisme. « Mais les pauvres que je viens de rencontrer au Guatemala, les Indiens misérables ne savent rien de Karl Marx. Ce qu’ils veulent c’est défendre leurs droits, leur dignité d’hommes et de femmes, leur culture, leurs terres. C’est pour cela qu’ils se sont organisés; mais le seul fait de s’organiser alors qu’ils ne disposaient jusque là d’aucun droit, est déjà subversif. En leur attribuant de plus l’étiquette de ‘communistes’ on les désigne comme ennemis.[6] »

Surveiller LA politique devenue transparente

Il s’agit de mettre en place une surveillance inversée de LA poltique. Cette surveillance de l’action des acteurs politiques n’a de sens que si la transparence existe. La « Self-gouvernance » est une approche dans laquelle on cherche à faire en sorte que les citoyens se gouvernent eux-mêmes sur certains points. Il s’agit souvent de structures nouvelles qui cherchent à répondre à un besoin. L’exemple des crèches parentales, dont l’égérie est Solange Pasaris, est assez exemplaire. Face à la pénurie des crèches publiques pour la garde d’enfant dans les villes, des citoyens se sont organisés pour garder à tour de rôle leurs propres enfants ainsi que ceux des autres. Ils se sont associés à des services émanant de professionnels de la petite enfance et regroupés sous le nom d’association des collectifs de parents et de professionnels. À ce sujet, il faut faire attention à la dérive de la co-construction sous contrainte qui est plutôt de l’ordre de la manipulation et du faux-semblant. Dans ces approches comme celles des crèches, par l’intermédiaire d’associations ou de collectifs[7], il est proposé à des citoyens de construire une solution aux problèmes qu’ils soulèvent. Cependant les contraintes sont telles que seule la solution du décideur est possible.

Organiser LA politique

 

Pour organiser LA politique, on peut le faire grâce aux nouveaux outils construits en utilisant les technologies de communications. Nous montrerons rapidement comment utiliser cette vision et ces technologies dans nos démocraties confisquées par les médias, la représentation, les attentes sécuritaires et le pouvoir de l’argent.

En utilisant les technologies de communication

 

L’évolution des systèmes techniques de communication permet de dépasser la e-democratie et la e-participation, deux approches qui sont les formes les plus fréquentes présentes dans les organisations, des villes,  des régions et des pays les plus avancés. Elle  permet également d’aller vers du e-selfgouvernement. Cette approche ne peut être limitée aux seules structures politiques, elle peut aussi être introduite dans des entreprises avec des statuts coopératifs.

 

Ce texte n’a pas pour ambition de décrire précisément la solution technique. Il faut noter en premier lieu que cela impose de s’aligner sur ce qui est devenu une nécessité, soit la coopération des individus entre eux. Il faut bien comprendre que cette coopération est en place lorsque les individus utilisent les logiciels sociaux. Nous proposons trois outils qui ne sont que des reprises de solutions déployées à l’étranger.

 

Modèle

Contenu

e-démocratie Les acteurs votent le plus souvent, non seulement pour élire des personnes, mais également pour faire des choix.
e-participation Les citoyens ou les parties prenantes contribuent à permettre les définitions des solutions.
e-selfgouvernement Les décisions sont co-produites et aussi co-administrées. 

Tableau 1 : Modèle de démocratie électronique

 

 

La e-démocratie consiste à favoriser les votes plus fréquents et par conséquent à les rendre moins coûteux.

 

Pour atteindre le e-selfgouvernement, il faudra construire une plateforme qui soit à la fois technique et citoyenne.

 

En réutilisant les expériences étrangères

Tout ceci existe dans des pays comme le Japon. Ces solutions ont été mises en œuvre suite aux tremblements de terre.

 

Tout ceci est rendu possible grâce aux technologies de l’information et seulement si les acteurs s’approprient ces dernières en termes d’usage.

 

Pour atteindre le e-selfgouvernement, il faut construire une plateforme dont l’approche se décompose, dans le cas d’une gouvernance urbaine, selon le schéma ci-dessous :

 

 

 

 

 

 

 

 

Figure 1: Modèle de plateforme citoyenne

En guise de conclusion, réfléchissons plutôt sur les dépenses publiques que sur les recettes fiscales

 

Il s’agit de répondre à une demande de connaissances et de pratiques. Prenons l’exemple suivant : Combien coûte un rond-point ? Un rond-point coûte environ 2 millions d’euros. En comparaison, équiper une classe en multimédia communicant avec des sièges confortables et des tables ergonomiques représente une somme de 100 000 euros, ce qui fait que la construction d’un rond-point équivaut à 20 classes équipables.

 

C’est peut-être pour cette raison que l’introduction de ces pratiques n’est pas ou est peu réalisée dans l’enseignement.



[1] La date diffère selon les sources utilisées.

[2] Plan Local d’Urbanisme

[3] Schéma de Cohérence Territoriale

[4] Nous entendons par là une croissance fondée sur le PIB (Produit Intérieur Brut), qui est la somme des valeurs ajoutées par les acteurs économiques et la production émanant des fonctionnaires.

[5] Je n’apprécie pas le terme de décroissance qui apparaît dans beaucoup de publications, bien que je sois en phase avec de nombreuses idées présentes dans ces approches.

[7] Il suffit de prendre garde à ce que ces collectifs ne virent pas au communautarisme et qu’ils soient donc « ouverts ».

Extrait d’une communication

6éme rencontres
Actualité de la Pensée de Marx et nouvelles pensées critiques
Les 4, 5, 6 décembre 2013 à l’Université Montesquieu (Bordeaux4)
« Demain le monde !? Horizons de civilisation »
Amphithéâtre « Manon Cormier », près de l’IEP (Sciences_Po Bordeaux)
et  le 7 décembre au 15-17 Rue Furtado à Bordeaux (Près Gare St-Jean)

Réfléchir au pouvoir pour plus de démocratie

Réfléchir au pouvoir

 

La relation entre le pouvoir et les formes de relation

 

Machiavel et Foucault nous invitent à réfléchir à la notion de pouvoir. Le pouvoir est une relation et se nourrit de nos informations de relation.        Le pouvoir dépend de nous, il est avide des informations de positionnement que nous générons. Enfin, le pouvoir produit des informations valorisantes qui nourrissent nos peurs. Ces informations sont diffusées par les médias sous forme d’information morte dans le but de renforcer ce sentiment de peur et donc notre dépendance.

 

Cependant, le pouvoir ne survit que parce que nous acceptons de prendre part à cette relation. Or, la caractéristique des outils de communication moderne et notamment les médias sociaux, est que ces derniers sont centrés sur la relation et construits comme tels, avec des moteurs de mise en relation. Facebook, Viadeo ou Linkedin fonctionnent parfaitement de cette façon et ont l’inconvénient de ne pas nous révéler comment le moteur de relation est construit.

 

La condition : s’émanciper de la peur

 

Certaines formes de pouvoir ne peuvent survivre si les citoyens s’émancipent de la peur. C’est le cas des régimes totalitaires qui ont été combattus par des résistances. C’est également la signification de l’occupation des lieux de la démocratie comme c’est le cas en Ukraine. Une société saine est alors définie comme une société qui est capable de mettre fin à la peur pour obtenir une société de liberté et de sécurité véritable.

 

La phase de construction

 

Lorsque l’on est dans une phase de construction, il faut non seulement débattre, mais aussi comme le propose Tony et Hardt, mettre en place un processus « constituant » qui organise de nouvelles structures et institutions et rend obsolètes ou inopérants les anciens systèmes.

 

Il est urgent de mettre en place des processus de construction, ou encore, il convient de trouver des solutions car :

 

•          les pouvoirs en place ne sont pas capables d’élaborer une solution politique à la crise économique qui date de 2007 ;

•          les pouvoirs en place sont incapables de mettre en œuvre des réformes structurelles et institutionnelles, alors même que ce message est le principal message issu des agences de notation. Ces agences sont décriées tant et plus pour leur immixtion dans les actes des gouvernants et les atteintes à la démocratie, mais tous les politiques les regardent avec attention.

 

Actuellement, les mouvements observés sont limités tout d’abord à l’expression de besoins plus urgents que cohérents. Les questions du « on a faim » ou celle du « on veut du travail » dépassent l’idée de mise en place des formes de gouvernance qui seront meilleures pour les citoyens. Ensuite, l’approche de ces mouvements est plus « déstitutionelle » que « constitutionnelle ». Les mouvements veulent chasser le gouvernement en place ou instituer un vote sanction aux prochaines élections. Enfin, des associations de pouvoir associant commandement et résistance se mettent en place ; les bonnets rouges alliant le patronat breton et les ouvriers que ce patronat éjecte lui-même hors du marché du travail en est un excellent exemple. Il faut être opposé aux décisions de Sarkozy, à celles  prises par Hollande, plutôt que de réfléchir au modèle industrialiste et agro-polluant de la Bretagne actuelle et aux solutions politiques pour s’en sortir.

 

Pour ces mouvements, il faut trouver des moyens de coercition autres que le droit, ce qui est en soi et fondamentalement une remise en cause des formes actuelles de démocratique. En Ukraine, le vote démocratique a validé les choix anti-européens du Président en place. Les bretons tentent de détruire les portiques de télépéage.

 

Pour sortir de cette situation, la mise en chantier d’outils  de construction qui ont recours à des technologies de communication apparaît de plus en plus utile.

 

 

Extrait d’une communication

6éme rencontres
Actualité de la Pensée de Marx et nouvelles pensées critiques
Les 4, 5, 6 décembre 2013 à l’Université Montesquieu (Bordeaux4)
« Demain le monde !? Horizons de civilisation »
Amphithéâtre « Manon Cormier », près de l’IEP (Sciences_Po Bordeaux)
et  le 7 décembre au 15-17 Rue Furtado à Bordeaux (Près Gare St-Jean)

Les points clés de la servicisation

Nous traiterons dans cette partie des points clés de la servicisation ainsi que des évolutions actuelles dans ce domaine.

 

 Visualisation et virtualisation

Les deux points principaux de la « servicisation » sont la visualisation et la virtualisation qui sont deux techniques liées aux technologies de l’information et de la communication.

 

La virtualisation qui était impliquée dans le processus de « servicising », n’est pas suffisante pour mettre en place une servicisation. Il faut disposer aussi de processus de visualisation et de gestion des données, ce dernier processus se décompose en des technologies de « data mining » et des technologies de fourniture de contenu. Nous ne discuterons pas ici la différence de logique que l’on voit naître entre « Open data », « Big data » et « Long-life data ».

 

 

 Les Évolutions récentes

 

Pour développer la « servicisation », les Japonais ont créé un groupe d’étude avec des industriels, des consultants, des universitaires et des membres des administrations autour de l’Université de Technologie de Tokyo. L’idée est de réfléchir au sujet de comment faciliter l’innovation.  Ce groupe a conclu à l’importance du développement des Technologies de l’information et de la communication (TIC) ainsi que de celui de leurs infrastructures associées. La Commission européenne s’est également intéressée à ce sujet.

 L’Université de technologie de Tokyo

 

L’approche proposée par l’Université de technologie de Tokyo est enseignée dans deux Masters. Elle se décompose en trois blocs de formation :

 

-       Management de la technologie et de sa dynamique

-       Management de la propriété intellectuelle

-       Management des affaires et économie industrielle

 

Le projet SPREE

 

La Commission européenne a financé le projet SPREE (Servicizing Policy for Resource Efficient Economy) dans le cadre du Seventh Framework Program (FP7), projet qui consiste à analyser comment passer d’une société de vente de biens à celle d’une fourniture de services. Une des conclusions de ce groupe est de constater le rôle vital des infrastructures ainsi que leurs normalisations.

 

Ce texte doit beaucoup a mes discussions avec Yoshio Tanaka, Professeur de dynamiques des technologies au  département du  Management des Technologie (MOT), Université des sciences de Tokyo au cours du Global Forum « Shaping the Future 2013, Driving the digital future, strategies to grow stronger communities and businesses », les 28 et 29 octobre 2013, Palazzio dei Congressi della stazione Marittima, Trieste, Italie.

De l’information-relation à l’information vivante en démocratie

 

Différents types d’information doivent être mis en œuvre pour procéder à la mise en place des outils électroniques de la démocratie. Chacune d’entre elles dispose de caractères particuliers.

 

Information de relation

 

Comme il a été observé dans les révolutions arabes, la nouvelle société est a-territoriale, mais elle propose des heures et des lieux de « regroupement ». Les outils électroniques ont permis la création de ces relations. Force est de constater que les hommes politiques essayent de casser les liens, dans le seul objectif de se maintenir au pouvoir, souvent sous le couvert de la sécurité. L’outil électronique sert  à générer une information de relation.

 

Information de positionnement

 

Dans un premier temps, les mouvements en question ont vu la nécessité de reconstruire ou de reconquérir des lieux. Malheureusement, ce sont le plus souvent des points focaux. Il s’agit alors de mettre en œuvre des informations de positionnement. Ce type d’information fait l’objet d’un débat important dans le sens où ces outils permettent une traçabilité, traçabilité liée au fait que se sont des outils d’inscription comme le propose Ferraris.

 

Information valorisante

 

Dans un deuxième temps, il faut en finir avec le mythe de la bonne gestion. Le bon déficit des finances publiques proposé « au nez » et « au doigt mouillé » d’un fonctionnaire devra être réexaminé ou disparaître[1]. Le débat actuel sur les « déficits » est intéressant car il s’agit en outre d’une bonne gestion imposée… Les indicateurs de bonne gestion sont le signe de réussite lorsque les objectifs sont atteints. Les questions sont alors, simples. Au titre de quoi ? De qui ?

 

 

Guy Abeille, chargé de mission issu de l’Ecole Nationale de la Statistique et de l’Administration Economique (ENSAE) raconte comment il a été l’inventeur de ces 3 %. Il travaillait à l’époque au ministère des Finances, dans l’aile Richelieu du Palais du Louvre, et son chef de bureau était  Roland Galouzeau de Villepin[2] (ENSAE, lui aussi). Fin 1981, il a été chargé avec son chef de bureau par François Mitterrand d’établir un critère économique utilisable dans ses discours.  Il avoue que cette règle ne repose sur aucune théorie économique mais permettait à François Mitterrand de faire barrage à des ministres trop dépensiers. Selon une de ses interviews, « on a imaginé ce chiffre de 3 % en moins d’une heure, il est né sur un coin de table, sans aucune réflexion théorique. Mitterrand avait besoin d’une règle facile qui puisse être opposé aux ministres qui défilaient dans son bureau pour lui demander de l’argent. [...] On avait besoin de quelque chose de simple. 3 % ? C’est un bon chiffre, un chiffre qui a traversé les époques, cela faisait penser à la Trinité ». Dans un article publié sur La Tribune en 2010, ce même Guy Abeille avoue qu’ « en aucun cas il n’a titre à servir de boussole ; il ne mesure rien : il n’est pas un critère ». Dans une autre interview citée par Atlantico « 1 % aurait été trop maigre, 2 %, trop ‘plat’, ‘tandis que trois est un chiffre solide’ », précise la Tribune. Ce taux, ainsi sorti d’une soirée de réflexion  est entré dans les critères du traité de Maastricht en 1992.

 

Pour en savoir plus : http://www.atlantico.fr/pepites/deficit-public-regle-3-est-coup-soir-496410.html#v0Gpw3kJkS8olVjs.99

 

Encadré 1: Origine de la règle des 3 %

Parmi les actes des gouvernants, ce sont assurément les choix d’infrastructure qui s’avèrent être les attentes les plus fortes.  Bien souvent, le citoyen observe la mise en place de solutions qui ne lui conviennent pas sans avoir d’action possible. Le plus délirant, ce sont les panneaux qui ont été placés à côté de ces travaux en cours sur lesquels on peut lire : « Pour améliorer votre sécurité, le … limite votre vitesse », ou encore « Pour améliorer vos trajets quotidiens, nous supprimons la seconde voie », ou bien par ailleurs « On travaille pour votre qualité de vie : aménagement du cimetière ». Ces phrases exaspèrent le citoyen qui a souvent le réel sentiment d’être pris pour un imbécile.

 

L’information valorisante, celle issue des gouvernants et du management n’est pas la seule qu’il s’agit de produire. Ce terme d’information valorisante est proposé par Romano Alquati et désigne une forme d’information descendante, laquelle renvoie aux panneaux évoqués précédemment et qui en font partie.

 

Information morte versus information vivante

 

Matteo Pasquinelli nous propose de faire la distinction entre l’information vivante –  information qui doit être transformée – et l’information morte qui est cristallisée dans les machines et les procédures. Les médias traditionnels comme la presse et la télévision produisent essentiellement de l’information morte. Le médiatisé est gavé d’informations mortes, elles le suffoquent et l’empêchent de produire de l’information vivante. L’enjeu des formes nouvelles de démocratie utilisant l’électronique est de mettre en avant, puis d’utiliser et valoriser cette information vivante, sans aboutir à une société de surveillance encore plus forte.



[1] C’est notamment le cas pour la règle des 3 % imposés au niveau européen.

[2] Il s’agit du cousin de Dominique de Villepin, homme politique plus connu.

 

Extrait d’une communication

6éme rencontres
Actualité de la Pensée de Marx et nouvelles pensées critiques
Les 4, 5, 6 décembre 2013 à l’Université Montesquieu (Bordeaux4)
« Demain le monde !? Horizons de civilisation »
Amphithéâtre « Manon Cormier », près de l’IEP (Sciences_Po Bordeaux)
et  le 7 décembre au 15-17 Rue Furtado à Bordeaux (Près Gare St-Jean)

EMS, ODM, « fabless », …..non non, ce n’est pas des fables mais de la réalité

Enterprise Manufacturing Services

 

Les Enterprise Manufacturing Services (EMS) se sont développées avec la croissance de la logique « fabless » ou entreprises sans production dont le promoteur français a été Serge Tchuruk.

 

   Le « fabless »

 

Le terme « fabless » a été lancé en juin 2001 par Serge Tchuruk. Dans une conférence organisée par le Wall Street Journal, le numéro un d’Alcatel[1] lance le terme « fabless » pour évoquer le futur de son entreprise. Cette contraction des termes anglophones « fabrication » et « less » (traduit en français par ‘sans’) avait alors surpris et avait été qualifiée de « bombe ». Ce concept d’entreprise sans usine qui a eu son heure de gloire est remis au goût du jour actuellement.

 

La logique « Fabless » a été décriée et présentée comme une façon déguisée d’éviter aux grands groupes de licencier des salariés. En ce qui concerne Flextronics, l’unité de fabrication des téléphones mobiles Alcatel située à Laval (Mayenne) en France a été vendue en 2001 à Flextronics. Cette unité comptait alors 830 salariés. La décision de fermeture du site a été présentée au comité d’entreprise en octobre 2005, les licenciements se sont achevés au cours de l’année 2006. L’ancienne usine de Matra, devenue Nortel-Matra, puis Nortel à Châteaudun, a finalement été reprise par Flextronics en août 2005. Jabil a repris la production des PABX Alcatel en Europe et a fait l’acquisition en 2002 du site industriel de Brest qui comptait 1 200 personnes, l’usine n’avait plus quant à elle que 185 salariés.

 

  Les ODM

 

Les Original Design Manufacturer (ODM)  réalisent des activités de conception, validation, distribution et/ou service après-vente. Plus récemment, les EMS proposent souvent en complément leurs services. Certains EMS ayant fait le choix de devenir des ODM sont devenus des « marques propres » ou à part entière ; citons notamment les deux entreprises taïwanaises ACER (informatique) et HTC (téléphones mobiles).

 

 Les EMS de l’électronique

 

En ce qui concerne les Enterprise Manufacturing Services (EMS), elles se sont développées dans l’électronique du fait de la montée en puissance de l’Asie dans ces domaines. Dans ce cas, les EMS sont des Electronic manufacturing services (EMS). On en distingue deux sortes :

 

- elles fabriquent seulement des circuits imprimés (Printed Circuit Board Manufacturer  du nom anglais de PCB (Printed Circuit Board) ou circuits imprimés ,

- elles produisent de l’assemblage de circuits imprimés et des  sous-ensembles (PCBA, A pour Assembly). Les donneurs d’ordre sont alors nommés Original Equipement Manufacturer (OEM).

 

Actuellement, ces sociétés d’électronique constituent un élément  important des filières de production utilisant l’électronique.

 

 

 

 

Les « Electronic Manufacturing Services » les plus connus sont :

 

Actia Group

All Circuits (issu de MSL et de l’activité EMS de Sagem Communications)

Asteelflash (France)

Benchmark Electronics

Celestica

Enics (Suisse)

Eolane (France)

Flextronics (qui a racheté Solectron)

Jabil

Hon Hai Precision Industries (ou encore Foxconn), le leader

Lacroix Electronics (numéro trois  français)

New Kinpo Group

Plexus

Sagem Industries

Sanmina-SCI

Selha

Shenzhen Kaifa Technology

Tronico

Universal Scientific Industrial Co., Ltd. (USI)

VIDEOTON Holding (Hongrie)

Zollner Elektronik Group (leader Allemand)

 

Encadré  : Les EMS

 


[1]  Alcatel, devenue Alcatel-Lucent depuis sa fusion avec l’américain en 2006, a certes conservé des usines, par exemple à Eu (Normandie) ou Calais (Nord). La société comptait 80 000 salariés dans le monde, contre plus du double en 1995 avant le plan.

Les tentatives de solution pour maintenir la démocratie

Nous nous proposons de regarder les conséquences des beaux discours sur la démocratie participative, mode de démocratie associé ou non à des technologies modernes de communication. Nous nous situons ici dans la lignée de Guy Debord, lequel, dans son essai Commentaires sur la société du spectacle, met en avant l’arrivée d’un « spectaculaire » intégré qui est le mélange du spectaculaire diffus (démocraties occidentales) et du spectaculaire concentré (stalinisme, fascisme et nazisme). Ce ne serait que l’aboutissement d’un capitalisme qui est la mise en œuvre de la légitimation d’une vision unique de la vie via des outils de communications (Debord, 1988).

La démocratie participative en échec

 

L’échec tout relatif de la démocratie participative est à mettre en parallèle avec l’explosion des discours qui l’on accompagnée. Une des raisons de cet échec a été la difficulté ou l’absence de volonté pour mettre en place les outils associés. Une autre raison est qu’elle répond peu aux attentes des citoyens et se faufile dans les mythes de la démocratie. Le psychologue Hervé Bokobsa y retrouve la peur, la prévention et la société de la preuve (Bokobza, 2006, Salgues, 2013). La peur est à l’origine de cette société sécuritaire qui fait l’essentiel du contenu des médias, la peur est fondée sur des impressions, des suggestions. La prévention consiste alors dans la mise en place de moyens de sécurité. Notons cette vérité patente, la vidéo-surveillance n’empêche pas les crimes ; elle les déplace, ou facilite la vie des policiers par le biais d’une hausse du taux d’élucidation. La preuve est attendue mais elle fait l’objet de deux « malheurs ». Ou elle n’arrive jamais, mais ce n’est pas grave aux yeux de ceux qui détiennent le pouvoir, car l’action est mise en place ; ou bien elle existe mais elle est dévoyée. L’affaire du Médiator est typique de l’échec de l’État dans le domaine de la santé publique. Les règles sont respectées. Il faut prouver que le médicament est utile, c’est un fait ; et ensuite, si des acteurs en détournent son usage, qu’advient-il ?

 

L’e-sollicitation

 

L’évolution des systèmes techniques de communication permet de mettre en place une e-sollicitation qui est l’avancée la plus fréquente des organisations, des villes,  des régions et des pays les plus avancés. À la fin des années 90, les exemples de Thouars et d’Agde ont été les plus décrits dans la presse. Il s’agit de mettre au point et d’utiliser des outils de dialogue orientés du citoyen vers les gouvernants. Là et hélas, le syndrome de l’ampoule grillée a frappé ! Les Maires n’ont pas été réélus et les fonctionnaires locaux ont été décriés.

 

Qu’en est-il ? Un citoyen qui s’aperçoit qu’une ampoule ne s’allume plus dans un réverbère situé dans la rue considère que ce fait est plus important pour lui que le débat et les choix politiques en cours. Il fait remonter cette information importante pour sa vie locale via le site de la Mairie ou de la Collectivité territoriale. Malheureusement, elle n’aboutit pas à la bonne personne, cette dernière avertit le bon service, lequel envoie le « bon de réalisation » au prestataire[1] choisi par les élus qui répare la dite lampe dans un délai certes raisonnable,  mais non immédiat. C’est ce délai que le citoyen espérant avoir une réponse immédiate à sa demande n’accepte pas et cela conduit à la sanction de l’élu et à de vives critiques auprès des fonctionnaires ! Le début de la transparence n’a pas été couronné de succès. Par ailleurs, l’exemplarité de l’action du Maire d’Agde menée auprès des gitans alors qu’il tentait de leur inculquer des règles de vivre-ensemble et de les former a été vivement critiquée par l’opposition de l’époque, comme si l’opposition désirait que cette population reste dans le registre des parias. Cette transparence révèle des hypocrisies et du non-dit, lesquels sont eux-mêmes parfois et malheureusement la source de la mise en place d’autres formes de politique ou de réglementation que nous aborderons par la suite (exemple de la « bittomania urbaine[2] », ou encore de la montée d’extrémisme.

 

L’État-procédure

 

Le mythe de la « e-democratie » s’est vu transformé par l’État créateur des procédures. Chaque gouvernement nous annonce la simplification de la vie administrative par des procédures informatisées. Cela fonctionne, si et seulement si vous rentrez dans les cases. Ces dernières masquent des actions non démocratiques et sont très utiles pour le maintien de structures ou d’hommes au pouvoir. D’autant plus que dans ce cas, ce n’est pas le gouvernant qui va faire une erreur mais la machine. Citons également ce système qui permet d’accueillir des entreprises performantes mais dont il faut,  pour l’utiliser ce dispositif, disposer d’un code SIRET, ce qui exclut de fait les autres entreprises européennes. Signalons aussi dans le même registre, l’impossibilité pour les entreprises ne disposant pas d’un établissement en France de répondre à des appels d’offre européens lancés par notre pays, ou bien encore le rejet systématique par les administratifs des réponses dans lequel apparait un citoyen européen  non français car leur logiciel ne sait pas les traiter[3] !

 

Les outils techniques associés permettent de donner du pouvoir à des personnes de faible niveau. L’exemple des agents de sécurité dans les aéroports en est l’un des exemples les plus pertinents. Ces outils techniques permettent de passer du statut de gouvernement à des actions réalisées par les sociétés privées[4].  Ils transforment la relation avec le citoyen en « gestion », ce qui conduit parfois au pire : la marchandisation.

 

À ceci s’ajoute l’utilisation par la société consumériste de la peur à des fins commerciales. Signalons la phrase de Zygmunt Bauman qui affirme que le consumérisme se fonde sur un désapprentissage. Illustrons-là par le biais de l’exemple suivant. Il s’agit d’une agence immobilière du Sud de la France qui construit des lotissements avec gardien et services payants de sécurisation et annonce dans sa plaquette et sa publicité urbaine de 4 mètres sur 3 : « Il faut bien lutter contre la démission de l’État qui ne protège pas ses citoyens ». Beau programme !

 

L’État adore la procédure et l’informatique sait (mal) faire, donc tout va bien !

 

Comment utiliser la vision de Toni et Hardt dans nos démocraties confisquées par les médias, la représentation, les attentes sécuritaires et le pouvoir de l’argent ? Bien entendu, dans le but de faire autrement. Cela impose que l’on  s’aligne sur ce qui est devenu une nécessité, soit la coopération des individus entre eux. Les citoyens utilisent les réseaux pour eux, pour leurs relations. Facebook, etc. sont des outils vedette en la matière.

 

La  réalisation reste complexe. Il s’agit de modifier le rôle des médias d’une part. Autrement dit, comment dissocier le pouvoir normatif des médias des autres formes de leur pouvoir ? Sinon, le citoyen va se trouver en face du message suivant : « Tout le monde fait cela, pourquoi pas toi ? », ce qui contribuera à revenir à l’individualisme néolibéral d’une armée de pingouins-hommes aux ordres des injonctions marchandes et gouvernementales. Ensuite, il faut lutter contre ce que Negri et Hardt nomment le pouvoir répressif, celui qui est souvent issu des attentes sécuritaires.

 

Pour cela, il faut concevoir une théorie de l’évasion. Les technologies de sécurité nous rendent visibles, donc vulnérables. D’où la nécessité de se rendre invisible, d’où les débats sur l’identité numérique, laquelle a été immédiatement mise sur la table par les politiques libéraux qui désirent mettre en place des interdictions.



[1] La réduction du nombre de fonctionnaires à souvent conduit à la disparation du fonctionnaire, employé payé au minimum qui faisait ce travail. Il a été remplacé par une entreprise privée qui en général agit sur bon  de commande. À titre d’exemple, La ville de Sète vient de signer un Partenariat Public Privé (PPP) avec le groupement Citelum-Sogetralec pour la gestion et la modernisation de l’éclairage public. Le coût total pour la ville est de 58 723 700 € TTC à rembourser sur vingt ans, à raison de 2,5 millions d’euros par an dont environ 1,5 millions de matériel et 1 millions d’emplois, ce qui correspond en coût complet à environ l’emploi de 20 fonctionnaires.

[2] Il s’agit d’installer des plots ou bittes d’amarrage sur les trottoirs et d’autres lieux afin d’empêcher les véhicules de passer ou de se garer.

[3] Les logiciels informatiques de marché public imposent aux personnes physique l’introduction de leur numéro de sécurité sociale et elle refuse par exemple et par conséquent le numéro d’identification d’un habitant du pays car son numéro ne commence pas par 1 ou bien 2 !

[4] Le nombre de ces agents privés est tenu secret officiellement, et ce pour des raisons de sécurité. Le nombre révélé pendant la grève de décembre 2011 serait de 10 000 agents. Selon un rapport de 2006 (www.aeroportsdeparis.fr, Sûreté aéroportuaire intitulé « La qualité au service du client », 20 avril 2006), à Roissy, 180 personnes employées du groupe Aéroport de Paris en assurent la coordination.

 

Extrait d’une communication

6éme rencontres
Actualité de la Pensée de Marx et nouvelles pensées critiques
Les 4, 5, 6 décembre 2013 à l’Université Montesquieu (Bordeaux4)
« Demain le monde !? Horizons de civilisation »
Amphithéâtre « Manon Cormier », près de l’IEP (Sciences_Po Bordeaux)
et  le 7 décembre au 15-17 Rue Furtado à Bordeaux (Près Gare St-Jean)