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Conférence d’Henri Sterdyniak, le 5 novembre 2015 à Capestang

Henri Sterdyniak a introduit le sujet en rappelant que l’économie est une construction sociale qui doit être démocratiquement débattue. Il en profite pour fustiger les économistes adeptes d’une approche limitée au calcul.

Le conférencier a commencé par un rappel d’histoire économique dans le but d’expliquer que la crise financière est le signe de la faillite de la contre-révolution généralisée dans les années 80. Pendant la période dite des « 30 glorieuses », un compromis entre le capitalisme et le travail existait ; il était fondé sur l’importance du syndicalisme et l’existence d’une forte croissance. Mais le capitalisme dont les représentants sont Ronald Regan et Margaret Tatcher a fait la contre-révolution libérale à la fin des années 70. La thèse sous-jacente est qu’il vaut mieux avoir du chômage dans une économie où l’entreprise est gouvernée dans l’intérêt des actionnaires et non dans celui de l’emploi. C’est pour cela que la rémunération des grands managers est réalisée avec des « stocks option », donc des actions de l’entreprise, ainsi, cherche-t-on davantage à augmenter la valeur de l’entreprise que l’emploi.

La mondialisation a affaibli la classe ouvrière et les classes moyennes en Europe. Les capitalistes vont chercher des emplois ailleurs. Une seconde révolution a été celle de la mondialisation financière, des masses des capitaux qui cherchent de la rentabilité financière. Ces capitaux se déplacent parmi les entreprises et les pays. Ainsi, la gestion des entreprises s’est-elle orientée selon les intérêts de la finance. Des bulles  financières naissent lorsque la valeur des actions devient différente de la valeur réelle des entreprises.

À ce stade, Henri Sterdyniak introduit la distinction entre les pays qui se « débrouillent » bien, très compétitifs, ils accumulent des excédents. D’autres sont déficitaires comme les pays du sud de l’Europe. Enfin, citons la Chine ? qui place ses excédents dans la dette aux États-Unis, dette issue des ménages pauvres ? qui a subi la crise des subprimes en 2008.

Selon Henri Sterdyniak,  l’épisode de 2010 est assez original et a contribué à la dégradation des finances publiques. Il a fallu aider les banques, puis soutenir l’activité, ce qui a conduit à des budgets en déficit.

La stratégie de faire des politiques d’austérité qui devaient rétablir les finances publiques s’avère un échec. Moins de dépenses publiques, moins d’impôts sur les riches sont les éléments de politiques d’austérité très coûteuses, car elles ont déprimé l’activité. Les classes dirigeantes n’ont pas tenu compte des leçons de la crise. Les entreprises continuent à être gérées vers les actionnaires. Les leitmotivs de ces politiques sont simples : il faut aussi réduire les dépenses publiques, il faut accepter des baisses de salaire pour être compétitifs.

En Europe, la protection sociale est développée, il existe un Droit du travail. Mais cette Europe est dominée par une technocratie libérale et fédéraliste qui veut prendre la totalité des pouvoirs. Le pouvoir passe à des organismes non élus telle la banque centrale européenne. Les points clés de la politique sont : pression pour faire baisser les impôts sur les entreprises, laisser jouer la concurrence et privatiser avec tout ce que cela impose face aux modèles nationaux. Mais l’Europe ne s’est jamais remise de la crise, le taux de chômage est important.

En Espagne, au Portugal et en Italie, une politique est imposée en échange de l’aide pour « mettre ces pays dans le droit chemin ». L’Europe est incapable de s’organiser pour que les pays aient une croissance satisfaisante. En Grèce, en échange de l’aide des pays européens, l’Europe impose des mesures horribles, réduction des salaires, des retraites, privatisation, fin de la couverture universelle maladie. La conséquence immédiate est la  paupérisation de ses habitants. En France, le gouvernement de gauche n’a pas réussi à impulser une politique de gauche. Il s’en est suivi une augmentation des impôts de 30 milliards et de nouveaux impôts sur le capital. Par ailleurs, une partie de ces fonds a été également prise sur les autres populations. Pour atteindre une réduction de 50 milliards de dépenses publiques, il a fallu accepter une baisse des pouvoirs d’achat.

C’est à partir de ce constat que  « les économistes atterrés » ? regroupement auquel appartient Henri Sterdyniak ? ont décidé d’écrire un nouveau manifeste. « Il faut changer », tel est le cri de ce nouvel ouvrage d’Henri Sterdyniak. La société a le choix, on n’est pas condamné par des voies économiques types. Comme il y a différentes options possibles, on peut avoir des systèmes de santé solidaires ou non, on peut opter pour une école gratuite ou des formations payantes. Il y a des décisions sociales à prendre et l’on n’est pas obligé de laisser le marché choisir. C’est pour cette raison qu’il faut faire ces choix sociaux démocratiquement

Henri Sterdyniak rappelle l’importance de la démocratie car il y a en l’occurrence des votes ouverts. Pour lui, la démocratie est menacée, d’une part parce que les moyens de communication sont aux mains des puissances d’argent, les journaux sont achetés par les chefs d’entreprise. D’autre part, ils sont menacés par les constructions politiques officiellement indépendantes, mais qui le sont aussi du vote démocratique. La Banque Centrale Européenne est pour lui l’exemple le plus regrettable.

Les économistes atterrés proposent de s’intéresser à quinze chantiers. Le précédent ouvrage était fondé sur dix fausses évidences. Ces chantiers sont guidés par cinq valeurs fortes : la démocratie, l’égalité, l’intervention publique, l’initiative des citoyens et l’écologie.

Henri sterdyniak met en avant le chantier de l’écologie : contrainte lourde. On ne peut pas continuer à gaspiller les ressources, il faut que les activités économiques prennent en compte les contraintes tout en prenant le risque que l’ajustement ne se fasse pas ; la solution peut être le rationnement par le prix. L’auteur cite l’exemple du prix de l’énergie duquel en résulte que seuls les plus riches pourront voyager et se chauffer. Il se heurte au discours dominant selon lequel ce sont les entreprises qui savent faire. Volkswagen truande les essais car c’est moins coûteux que de faire des voitures propres. C’est une preuve que les choix que font les entreprises et le marché n’ont pas pour but de satisfaire des besoins fondamentaux. C’est plus rentable de faire des modes et des produits qui durent peu que de faire de « bons produits ».

Ainsi, une solution serait de donner davantage de poids aux clients. Il faut mobiliser les consommateurs pour changer les entreprises. De plus, il faut faire l’effort de connaître ce qui est vraiment utile pour aller vers une société sobre et solidaire. Ainsi, l’économie sociale et solidaire, les banques coopératives, l’économie du partage devraient se développer. Ces évolutions remettront en cause le capitalisme traditionnel. Henri Sterdyniak nous propose de faire attention à une trop grande dérégulation. Les sites web de type uber et airbnd permettent des réponses politiques de type : « Vous gagnerez moins, mais vous pourrez gagner de l’argent en louant votre appartement et votre voiture ».

L’économiste nous rappelle que les gens ont plus besoin de crèches que d’agences bancaires. Il nous propose de réfléchir aux besoins non-marchands que seul le service public rend : éducation, culture santé. Il propose également reconnaître les avantages du bien public.

Le chantier de l’égalité est un autre point abordé par l’auteur. Il fustige les raisonnements suivants : « S’il y a des inégalités, cela pousse les pauvres à travailler », « Ce qui fait marcher la machine, c’est la concurrence ». Pour Henri Sterdyniak, ce qui fait fonctionner les entreprises, c’est la mobilisation de tous. Il signale au contraire le gâchis prodigieux de l’inégalité. En France 20 % des enfants grandissent dans l’univers de la pauvreté. La lutte pour l’égalité est un point essentiel du combat à mener.

Henri Sterdyniak trace les contours d’une nouvelle politique. Il faut financer la transition écologique, développer les transports en commun, améliorer l’habitat. Cela demande de l’investissement, et par conséquent réorienter le système bancaire et financier. Séparer les banques de dépôts et d’affaires est nécessaire afin de s’assurer que les dépôts financent les collectivités locales et les entreprises qui créent de l’emploi ; il convient également de lutter contre la spéculation.

L’Europe, c’est un grand rêve, on a le choix entre plusieurs positions. La première consiste à laisser l’Europe aux mains de la technocratie qui impose des règles, comme par exemple le traité transatlantique. Cette Europe conduirait à une unification des normes qui se feraient par des organismes au bon vouloir des industriels ; ces normes permettraient aux entreprises de remettre en cause les services publics au nom de la concurrence et donneraient la possibilité aux entreprises de porter plainte contre les actions de l’État. La deuxième voie consisterait à renoncer à l’Europe sous le prétexte l’Euro est la monnaie d’une zone déséquilibrée avec les pays du Nord qui imposent des politiques d’austérité. Sterdyniak privilégie une troisième voie consistant à changer l’Europe en refusant tout d’abord toute nouvelle évolution vers davantage de pouvoir, et ce, tant qu’elle ne change pas de politique. Peut-être faudra-t-il mettre en place des situations de crises en Europe pour changer la manière dont cette dernière fonctionne. Il faut disposer d’une politique industrielle, d’une Europe sociale, et ce avec une harmonisation fiscale. L’Europe est l’instrument qui peut réaliser le changement.  Cependant, l’Europe actuelle n’est pas dans la capacité de le faire, cela passe par le combat politique et idéologique.

En guise de conclusion de son propose préliminaire, Sterdyniak rappelle que la rationalité, ce n’est pas le néolibéralisme. La rationalité c’est mettre au premier plan une transformation écologique, économique et sociale.

Parmi les questions posées dans la salle, une d’elles s’interroge sur le fait que l’on ne voit pas l’élan des peuples qui était attendu dans le premier livre de l’auteur. La France a maintenu un système social généreux. Peut-être pouvons-nous penser que le cynisme des dirigeants consiste à se dire que dans ce système social les gens iront au combat sur le plan syndical et politique. Mais, de fait,  le combat continu est gouverné par l’idée qu’il faut maintenir le modèle social. La France est un espace avec un effet de redistribution fort qui devient un filet de sécurité. C’est également un frein à la « rebellisation » des personnes.

 

Une autre série de questions concerne le rôle des économistes atterrés. Ces économistes essayent de peser à Bruxelles pour des choix différents. C’est notamment le combat pour la taxation des transactions financières. La commission n’est pas un organisme neutre. Ainsi, donner davantage de pouvoir à l’Europe est un problème. Lorsque l’Europe à tous les pouvoirs, cela peut être dangereux pour les peuples. Par exemple, personne ne contrôle la Banque Centrale Européenne. De plus, l’Europe ne fait pas assez contre les paradis fiscaux. Il y a eu une très forte volonté pour nous amener à ce qui est l’Europe actuelle.

Interrogé sur le problème des inégalités, Henri Sterdyniak affirme que ce dernier devient de plus en plus important. Même les milliardaires américains s’en inquiètent. Le travail disparaît, nous sommes dans une société de progrès avec moins de main d’œuvre. Henri Sterdyniak cite Waren Buffet : « La guerre des classes existe et nous l’avons gagnée ». Cela répondait à un projet des années 80 qui avait pour finalité de revivifier le capitalisme. La stratégie est claire et avec deux composantes. D’une part une composante matérielle : on investit en Chine et non aux États-Unis. Par ailleurs il y a une composante idéologique : le privé, c’est mieux que public. Il nous propose un exemple. En 1970, le système bancaire français est très largement public, banques à capitaux publics, contrôle fort de l’État. Mais, depuis la fin des années 70, les lois Debré, puis la loi Beregovoy, ont mis en place la concurrence sous l’influence des Anglais. De plus, la dette des états est devenue des titres publics qui s’échangent sur les marchés financiers.

L’auteur termine par ce qu’il considère comme étant l’une des caractéristiques du capitalisme, en l’occurrence la croissance des inégalités et un développent du précariat. Seule la France a maintenu un impôt élevé sur les patrimoines. L’avenir du travail est une vraie question, tout comme celle du travail inutile. Selon Henri Sterdyniak, beaucoup d’emplois sont dans ce cas. Il y aurait deux solutions : avoir en permanence une masse de chômeurs, ou redistribuer, rémunérer un peu plus. C’est un choix social. Il est également possible de développer des activités non-marchandes.

 

L’avenir est : davantage de coopération ! Tel a été son mot de conclusion.

 

Pour en savoir plus :

Manifeste d’économistes atterrés. Crise et dettes en Europe. Dix fausses évidences, 22 mesures en débat pour sortir de l’impasse, Paris, Les liens qui libèrent, 2010, ISBN 2918597260

Le nouveau Manifeste des économistes atterrés, 15 chantiers pour une autre économie, Paris, Les liens qui libèrent, 2015, ISBN : 979-10-209-0139-2

 

Conférence transcrite par Bruno Salgues, non vérifiée par le conférencier

Bensé à la médiathéque de Capestang

Le vendredi 28 mars, la Médiathèque de Capestang proposait un concert de Bensé. L’artiste a joué dans des salles célèbres et vient de terminer des représentations aux Trois baudets à Paris. Il a voulu nous présenter des tranches de vie en chanson ; à cette occasion il a évoqué le thème du vent et celui des femmes. Avec humour, son harmonica, sa guitare et son piano, il nous parle de Cassandre, d’Olivia et de sa persane. Tout en précisant que ce n’est pas totalement autobiographique, il évoque ces jeunes filles  rencontrées, son petit appartement parisien, rêve de voyages et de grands espaces. Bensé se souvient de son passage en péniche sur le Canal du Midi à Capestang à l’occasion de son enterrement de vie de garçon dont il semble avoir gardé davantage de souvenirs que de son mariage, lequel fut bref.  Pendant son spectacle, il entretient une relation avec le public fort agréable, public qui le lui rend bien par ses nombreux applaudissements.

 

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Bensé, photographie Bruno Salgues

 

Une soirée des plus sympathiques dans cette médiathèque, à l’occasion d’un mini tour  réalisé en passant par Montpellier et Bédarieux avec la complicité de la Médiathèque départementale. Un public conquis qui a cependant été déçu de ne pouvoir acheter des CD, ces derniers étant épuisés chez son distributeur. Gage de succès ! Personnellement, j’ai davantage apprécié ses morceaux au piano, plus émotionnels qu’à la guitare dont la technique est largement maîtrisée. Si Bensé passe quelque part, n’oubliez pas d’aller le voir ou d’écouter son dernier CD intitulé Le printemps.

Combien coûte l’éclairage public d’une ville

La ville de Sète vient de signer un Partenariat Public Privé (PPP) avec le groupement Citelum-Sogetralec pour la gestion et la modernisation de l’éclairage public. Le coût total pour la ville est de 58 723 700 € TTC à rembourser sur vingt ans, à raison de 2,5 millions d’euros par an.

 

 

 

Le partenariat porte sur le remplacement de 85 % du réseau,

 

90 km de réseau souterrain et 30 km de réseau aérien,

 

7 426 supports, 5 842 luminaires, 2 491 luminaires LED à mettre en place,

 

199 projecteurs de stades

 

23 feux tricolores à reconstruire

 

190 armoires électriques, 30 armoires de signalisation et 5 bornes foraines

 

 

Encadré 1 : Quelques chiffres sur le réseau de Sète

Il semblerait qu’actuellement, il y ait 1 200 points de dysfonctionnement, ce qui représenterait environ 10 % des équipements défectueux !

 

Source : Journal Midi Libre, mardi 29 octobre 2013, page 3