Le témoignage de l’un de mes anciens étudiants pour les voeux de cette année

Un texte qui me fait chaud au coeur

(l’orthographe a été conservée à l’identique)

« Monsieur, je n’oublierai jamais votre aide quand j’étais en France. Maintenant, je suis vraiment content que j’ai appris plusieurs choses et je veux payer ma gratitude ainsi.Je ne sais pas beaucoup sur vos projets mais je vous prie de bien vouloir partager quelque chose au sujet de votre projet afin que je puisse également contribuer commeparticipant à la promotion du projet en Inde.

K. R. Bengalore, India

 

Avoir les honneurs du journal le 31 décembre …..

Monique Marie Ihry est dans le journal pour ses oeuvres le 31 décembre ….

De quoi bien finir l’année …

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Et bientôt un nouveau livre …

 

 

Conférence d’Henri Sterdyniak, le 5 novembre 2015 à Capestang

Henri Sterdyniak a introduit le sujet en rappelant que l’économie est une construction sociale qui doit être démocratiquement débattue. Il en profite pour fustiger les économistes adeptes d’une approche limitée au calcul.

Le conférencier a commencé par un rappel d’histoire économique dans le but d’expliquer que la crise financière est le signe de la faillite de la contre-révolution généralisée dans les années 80. Pendant la période dite des « 30 glorieuses », un compromis entre le capitalisme et le travail existait ; il était fondé sur l’importance du syndicalisme et l’existence d’une forte croissance. Mais le capitalisme dont les représentants sont Ronald Regan et Margaret Tatcher a fait la contre-révolution libérale à la fin des années 70. La thèse sous-jacente est qu’il vaut mieux avoir du chômage dans une économie où l’entreprise est gouvernée dans l’intérêt des actionnaires et non dans celui de l’emploi. C’est pour cela que la rémunération des grands managers est réalisée avec des « stocks option », donc des actions de l’entreprise, ainsi, cherche-t-on davantage à augmenter la valeur de l’entreprise que l’emploi.

La mondialisation a affaibli la classe ouvrière et les classes moyennes en Europe. Les capitalistes vont chercher des emplois ailleurs. Une seconde révolution a été celle de la mondialisation financière, des masses des capitaux qui cherchent de la rentabilité financière. Ces capitaux se déplacent parmi les entreprises et les pays. Ainsi, la gestion des entreprises s’est-elle orientée selon les intérêts de la finance. Des bulles  financières naissent lorsque la valeur des actions devient différente de la valeur réelle des entreprises.

À ce stade, Henri Sterdyniak introduit la distinction entre les pays qui se « débrouillent » bien, très compétitifs, ils accumulent des excédents. D’autres sont déficitaires comme les pays du sud de l’Europe. Enfin, citons la Chine ? qui place ses excédents dans la dette aux États-Unis, dette issue des ménages pauvres ? qui a subi la crise des subprimes en 2008.

Selon Henri Sterdyniak,  l’épisode de 2010 est assez original et a contribué à la dégradation des finances publiques. Il a fallu aider les banques, puis soutenir l’activité, ce qui a conduit à des budgets en déficit.

La stratégie de faire des politiques d’austérité qui devaient rétablir les finances publiques s’avère un échec. Moins de dépenses publiques, moins d’impôts sur les riches sont les éléments de politiques d’austérité très coûteuses, car elles ont déprimé l’activité. Les classes dirigeantes n’ont pas tenu compte des leçons de la crise. Les entreprises continuent à être gérées vers les actionnaires. Les leitmotivs de ces politiques sont simples : il faut aussi réduire les dépenses publiques, il faut accepter des baisses de salaire pour être compétitifs.

En Europe, la protection sociale est développée, il existe un Droit du travail. Mais cette Europe est dominée par une technocratie libérale et fédéraliste qui veut prendre la totalité des pouvoirs. Le pouvoir passe à des organismes non élus telle la banque centrale européenne. Les points clés de la politique sont : pression pour faire baisser les impôts sur les entreprises, laisser jouer la concurrence et privatiser avec tout ce que cela impose face aux modèles nationaux. Mais l’Europe ne s’est jamais remise de la crise, le taux de chômage est important.

En Espagne, au Portugal et en Italie, une politique est imposée en échange de l’aide pour « mettre ces pays dans le droit chemin ». L’Europe est incapable de s’organiser pour que les pays aient une croissance satisfaisante. En Grèce, en échange de l’aide des pays européens, l’Europe impose des mesures horribles, réduction des salaires, des retraites, privatisation, fin de la couverture universelle maladie. La conséquence immédiate est la  paupérisation de ses habitants. En France, le gouvernement de gauche n’a pas réussi à impulser une politique de gauche. Il s’en est suivi une augmentation des impôts de 30 milliards et de nouveaux impôts sur le capital. Par ailleurs, une partie de ces fonds a été également prise sur les autres populations. Pour atteindre une réduction de 50 milliards de dépenses publiques, il a fallu accepter une baisse des pouvoirs d’achat.

C’est à partir de ce constat que  « les économistes atterrés » ? regroupement auquel appartient Henri Sterdyniak ? ont décidé d’écrire un nouveau manifeste. « Il faut changer », tel est le cri de ce nouvel ouvrage d’Henri Sterdyniak. La société a le choix, on n’est pas condamné par des voies économiques types. Comme il y a différentes options possibles, on peut avoir des systèmes de santé solidaires ou non, on peut opter pour une école gratuite ou des formations payantes. Il y a des décisions sociales à prendre et l’on n’est pas obligé de laisser le marché choisir. C’est pour cette raison qu’il faut faire ces choix sociaux démocratiquement

Henri Sterdyniak rappelle l’importance de la démocratie car il y a en l’occurrence des votes ouverts. Pour lui, la démocratie est menacée, d’une part parce que les moyens de communication sont aux mains des puissances d’argent, les journaux sont achetés par les chefs d’entreprise. D’autre part, ils sont menacés par les constructions politiques officiellement indépendantes, mais qui le sont aussi du vote démocratique. La Banque Centrale Européenne est pour lui l’exemple le plus regrettable.

Les économistes atterrés proposent de s’intéresser à quinze chantiers. Le précédent ouvrage était fondé sur dix fausses évidences. Ces chantiers sont guidés par cinq valeurs fortes : la démocratie, l’égalité, l’intervention publique, l’initiative des citoyens et l’écologie.

Henri sterdyniak met en avant le chantier de l’écologie : contrainte lourde. On ne peut pas continuer à gaspiller les ressources, il faut que les activités économiques prennent en compte les contraintes tout en prenant le risque que l’ajustement ne se fasse pas ; la solution peut être le rationnement par le prix. L’auteur cite l’exemple du prix de l’énergie duquel en résulte que seuls les plus riches pourront voyager et se chauffer. Il se heurte au discours dominant selon lequel ce sont les entreprises qui savent faire. Volkswagen truande les essais car c’est moins coûteux que de faire des voitures propres. C’est une preuve que les choix que font les entreprises et le marché n’ont pas pour but de satisfaire des besoins fondamentaux. C’est plus rentable de faire des modes et des produits qui durent peu que de faire de « bons produits ».

Ainsi, une solution serait de donner davantage de poids aux clients. Il faut mobiliser les consommateurs pour changer les entreprises. De plus, il faut faire l’effort de connaître ce qui est vraiment utile pour aller vers une société sobre et solidaire. Ainsi, l’économie sociale et solidaire, les banques coopératives, l’économie du partage devraient se développer. Ces évolutions remettront en cause le capitalisme traditionnel. Henri Sterdyniak nous propose de faire attention à une trop grande dérégulation. Les sites web de type uber et airbnd permettent des réponses politiques de type : « Vous gagnerez moins, mais vous pourrez gagner de l’argent en louant votre appartement et votre voiture ».

L’économiste nous rappelle que les gens ont plus besoin de crèches que d’agences bancaires. Il nous propose de réfléchir aux besoins non-marchands que seul le service public rend : éducation, culture santé. Il propose également reconnaître les avantages du bien public.

Le chantier de l’égalité est un autre point abordé par l’auteur. Il fustige les raisonnements suivants : « S’il y a des inégalités, cela pousse les pauvres à travailler », « Ce qui fait marcher la machine, c’est la concurrence ». Pour Henri Sterdyniak, ce qui fait fonctionner les entreprises, c’est la mobilisation de tous. Il signale au contraire le gâchis prodigieux de l’inégalité. En France 20 % des enfants grandissent dans l’univers de la pauvreté. La lutte pour l’égalité est un point essentiel du combat à mener.

Henri Sterdyniak trace les contours d’une nouvelle politique. Il faut financer la transition écologique, développer les transports en commun, améliorer l’habitat. Cela demande de l’investissement, et par conséquent réorienter le système bancaire et financier. Séparer les banques de dépôts et d’affaires est nécessaire afin de s’assurer que les dépôts financent les collectivités locales et les entreprises qui créent de l’emploi ; il convient également de lutter contre la spéculation.

L’Europe, c’est un grand rêve, on a le choix entre plusieurs positions. La première consiste à laisser l’Europe aux mains de la technocratie qui impose des règles, comme par exemple le traité transatlantique. Cette Europe conduirait à une unification des normes qui se feraient par des organismes au bon vouloir des industriels ; ces normes permettraient aux entreprises de remettre en cause les services publics au nom de la concurrence et donneraient la possibilité aux entreprises de porter plainte contre les actions de l’État. La deuxième voie consisterait à renoncer à l’Europe sous le prétexte l’Euro est la monnaie d’une zone déséquilibrée avec les pays du Nord qui imposent des politiques d’austérité. Sterdyniak privilégie une troisième voie consistant à changer l’Europe en refusant tout d’abord toute nouvelle évolution vers davantage de pouvoir, et ce, tant qu’elle ne change pas de politique. Peut-être faudra-t-il mettre en place des situations de crises en Europe pour changer la manière dont cette dernière fonctionne. Il faut disposer d’une politique industrielle, d’une Europe sociale, et ce avec une harmonisation fiscale. L’Europe est l’instrument qui peut réaliser le changement.  Cependant, l’Europe actuelle n’est pas dans la capacité de le faire, cela passe par le combat politique et idéologique.

En guise de conclusion de son propose préliminaire, Sterdyniak rappelle que la rationalité, ce n’est pas le néolibéralisme. La rationalité c’est mettre au premier plan une transformation écologique, économique et sociale.

Parmi les questions posées dans la salle, une d’elles s’interroge sur le fait que l’on ne voit pas l’élan des peuples qui était attendu dans le premier livre de l’auteur. La France a maintenu un système social généreux. Peut-être pouvons-nous penser que le cynisme des dirigeants consiste à se dire que dans ce système social les gens iront au combat sur le plan syndical et politique. Mais, de fait,  le combat continu est gouverné par l’idée qu’il faut maintenir le modèle social. La France est un espace avec un effet de redistribution fort qui devient un filet de sécurité. C’est également un frein à la « rebellisation » des personnes.

 

Une autre série de questions concerne le rôle des économistes atterrés. Ces économistes essayent de peser à Bruxelles pour des choix différents. C’est notamment le combat pour la taxation des transactions financières. La commission n’est pas un organisme neutre. Ainsi, donner davantage de pouvoir à l’Europe est un problème. Lorsque l’Europe à tous les pouvoirs, cela peut être dangereux pour les peuples. Par exemple, personne ne contrôle la Banque Centrale Européenne. De plus, l’Europe ne fait pas assez contre les paradis fiscaux. Il y a eu une très forte volonté pour nous amener à ce qui est l’Europe actuelle.

Interrogé sur le problème des inégalités, Henri Sterdyniak affirme que ce dernier devient de plus en plus important. Même les milliardaires américains s’en inquiètent. Le travail disparaît, nous sommes dans une société de progrès avec moins de main d’œuvre. Henri Sterdyniak cite Waren Buffet : « La guerre des classes existe et nous l’avons gagnée ». Cela répondait à un projet des années 80 qui avait pour finalité de revivifier le capitalisme. La stratégie est claire et avec deux composantes. D’une part une composante matérielle : on investit en Chine et non aux États-Unis. Par ailleurs il y a une composante idéologique : le privé, c’est mieux que public. Il nous propose un exemple. En 1970, le système bancaire français est très largement public, banques à capitaux publics, contrôle fort de l’État. Mais, depuis la fin des années 70, les lois Debré, puis la loi Beregovoy, ont mis en place la concurrence sous l’influence des Anglais. De plus, la dette des états est devenue des titres publics qui s’échangent sur les marchés financiers.

L’auteur termine par ce qu’il considère comme étant l’une des caractéristiques du capitalisme, en l’occurrence la croissance des inégalités et un développent du précariat. Seule la France a maintenu un impôt élevé sur les patrimoines. L’avenir du travail est une vraie question, tout comme celle du travail inutile. Selon Henri Sterdyniak, beaucoup d’emplois sont dans ce cas. Il y aurait deux solutions : avoir en permanence une masse de chômeurs, ou redistribuer, rémunérer un peu plus. C’est un choix social. Il est également possible de développer des activités non-marchandes.

 

L’avenir est : davantage de coopération ! Tel a été son mot de conclusion.

 

Pour en savoir plus :

Manifeste d’économistes atterrés. Crise et dettes en Europe. Dix fausses évidences, 22 mesures en débat pour sortir de l’impasse, Paris, Les liens qui libèrent, 2010, ISBN 2918597260

Le nouveau Manifeste des économistes atterrés, 15 chantiers pour une autre économie, Paris, Les liens qui libèrent, 2015, ISBN : 979-10-209-0139-2

 

Conférence transcrite par Bruno Salgues, non vérifiée par le conférencier

Les frères Jacquard détricottent la musique …

 

Les frères jacquard nous avaient conviés à Roubia sur la péniche Le tourmente pour un spectacle. Ce petit village de 500 âmes est situé dans l’Aude au bord du Canal du Midi. L’invitation commençait par ces mots : « Mini Tour en cœur d’Hérault, si vous ne venez pas aux frères Jacquard, les Jacquard viendront à vous ! ».

La première impression fut un sentiment de ringardise quelque peu accentué par la présence de la péniche. La patte d’éph des pantalons ainsi que les cravates des années 70 confirmaient cette impression « has been », mais ce ne fût qu’une erreur d’interprétation première. Le look s’avérait en fait parfaitement cohérent avec un concert de tubes des années 70 fortement revisités. Par ailleurs, la cravate servait essentiellement à s’essuyer le front baigné de sueur !

Le principe est simple : une mélodie auquel on attribue des paroles d’une autre chanson, des textes nouveaux et hilarants sur des musiques connues. N’essayez pas de comprendre comment c’est fait, laissez-vous envoûter par le spectacle. Johny Halliday, la Compagnie créole, Cabrel, Indochine, Polnareff et bien des autres sont mis à contribution.

Le groupe est composé de trois hommes, trois guitares et trois voix excellentes. Dans une des chansons deux flûtes font leur apparition, l’une noire et l’autre une blanche, symbole des notes de musiques, mais cette chanson est plus que cela, c’est une allégorie du professeur de musique de l’interprète.

Les frères Jacquard sont aussi une performance scénique en soi, performance qui pourrait être rangée dans la case pitrerie, mais elle correspond si bien aux œuvres que cette mise en scène en devient parfaitement adaptée ! La scène musicale de l’envoûtement de la spectatrice sous les airs de la chanson « I love you » est particulièrement réussie, à tel point que la volontaire s’est prêtée au jeu.

Une chanson en l’honneur des Gorges du Tarn nous invite à aller faire un tour en canoé. Une autre est très terroir : « J’aime la saucisse de Francfort, j’aime la saucisse Morteau, j’aime la saucisse de Toulouse, mais celle que je préfère, c’est les knackies », une chanson est digne des anthologies. Une parodie de « Paris s’éveille » est également un vrai délice. Le public a aimé également « Bisous » et « Monique », deux titres qui font appel à du vécu.

Les frères Jacquard se nomment tous Jean, prénom additionné d’un autre, mais je ne suis pas certain que cela soit vraiment le leur.  Dommage qu’ils n’ont pas de disque sinon des cartes postales à emporter en souvenir. Il est vrai que le disque ne rendrait pas la performance scénique, mais pourquoi pas un DVD qui les filmerait !

Pour contacter les frères Jacquard

Mail : lesfreresjacquard@gmail.com

Et leur minitel plein d’infos : http://www.3615freresjacquard.com

Bensé à la médiathéque de Capestang

Le vendredi 28 mars, la Médiathèque de Capestang proposait un concert de Bensé. L’artiste a joué dans des salles célèbres et vient de terminer des représentations aux Trois baudets à Paris. Il a voulu nous présenter des tranches de vie en chanson ; à cette occasion il a évoqué le thème du vent et celui des femmes. Avec humour, son harmonica, sa guitare et son piano, il nous parle de Cassandre, d’Olivia et de sa persane. Tout en précisant que ce n’est pas totalement autobiographique, il évoque ces jeunes filles  rencontrées, son petit appartement parisien, rêve de voyages et de grands espaces. Bensé se souvient de son passage en péniche sur le Canal du Midi à Capestang à l’occasion de son enterrement de vie de garçon dont il semble avoir gardé davantage de souvenirs que de son mariage, lequel fut bref.  Pendant son spectacle, il entretient une relation avec le public fort agréable, public qui le lui rend bien par ses nombreux applaudissements.

 

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Bensé, photographie Bruno Salgues

 

Une soirée des plus sympathiques dans cette médiathèque, à l’occasion d’un mini tour  réalisé en passant par Montpellier et Bédarieux avec la complicité de la Médiathèque départementale. Un public conquis qui a cependant été déçu de ne pouvoir acheter des CD, ces derniers étant épuisés chez son distributeur. Gage de succès ! Personnellement, j’ai davantage apprécié ses morceaux au piano, plus émotionnels qu’à la guitare dont la technique est largement maîtrisée. Si Bensé passe quelque part, n’oubliez pas d’aller le voir ou d’écouter son dernier CD intitulé Le printemps.

SIANA 2015, c’est parti, inauguration le 2 avril 2015

il y a 10 ans, Hervé Perrard et moi-même, nous créons SIANA

SIANA 2015
C’est à partir du 2 avril

Découvrez notre grande exposition !
du 02 au 30 avril
à l’ENSIIE (Evry)

 

Avec Horizons MatricielsNicolas Rosette vous propose une immersion dans notre relation aux machines, une thématique idéale pour découvrir les arts numériques !

Sur une dizaine d’œuvres, sept ne se révèlent à vous qu’avec vous ; cette interactivité nous rappelle que la machine est le fruit de notre créativité. Mais au-delà l’exposition présente des créations qui stimulent notre imaginaire et nos représentations de ce monde qui est désormais le nôtre : interconnecté, mû par des machines quasi-autonomes et des algorithmes complexes. La densité de l’écosystème numérique est vertigineuse et cela nous amène naturellement à y projeter des représentations fantasmatiques plutôt qu’à le décrypter. En laissant nos inconscients agir et en programmant des machines pour décider à notre place, ne sommes-nous pas en train d’accomplir le destin funeste de mythes ancestraux ?

Vous pourrez le voir, les grandes questions du numérique sont voisines de nos interrogations quotidiennes, et les artistes y apportent leurs réponses sensibles.
Avec : Marie-Julie Bourgeois, Bertùf, Michaël Cros, Tomek Jarolim, Jean-Benoit Lallemant, Grégoire Lauvin, et les collectifs One Life Remains et Spéculaire.

Vernissage le 2 avril à 18h30 à l’ENSIIE
Venez rencontrer les artistes !
Ouverture du 2 au 30 avril, du mardi au samedi, de 13h à 18h
Accès par le 17 cours Blaise Pascal, 91000 Évry

Découvrez l’exposition de manière privilégiée, avec une visite guidée, sur demande.
Pour les groupes, en complément de la visite, nous proposons divers ateliers tout au long de la manifestation, en partenariat avec l’association Préfigurations et l’Atelier Canopé Essonne.

 

Pour en savoir plus : http://www.siana.eu

D’Hippocrate à e-ppocr@te, les systèmes d’information en santé et l’éthique … un nouvel ouvrage

ISTE Editions vous annonce la parution d’un nouvel ouvrage sous la direction de Bruno Salgues dans la collection Systèmes d’information, web et informatique ubiquitaire dirigée par Jean-Charles Pomerol

Les systèmes d’information en santé et l’éthique
d’Hippocrate à e-ppocr@te


Jérôme BérangerEconomiste et gestionnaire de santé, Jérôme Béranger est consultant sénior et chercheur associé (PhD) pour la société Keosys. Ses recherches portent sur l’éthique et la sociologie des systèmes d’information destinés à l’e-santé, les m-health et les Big data.
Le livre est disponible en ebook au prix de 9,90 euros (prix réservé aux particuliers).
Le livre est disponible en  version papier au prix de 69 euros.
La numérisation exponentielle des données médicales a entraîné une transformation de l’exercice de la médecine. Cette évolution soulève notamment une nouvelle complexité des problèmes entourant les NTIC en santé. Le bon usage de ces outils de communication – la télémédecine, l’e-santé, les m-health, les Big data médicaux – doit permettre d’améliorer la qualité du suivi et de la prise en charge des patients pour un système d’information à « visage humain ».Face à ces enjeux, Les systèmes d’information en santé et l’éthique analyse sous un angle déontologique la relation médecin-patient, le partage, la transmission et le stockage de l’information médicale, établissant les repères d’une éthique propre à la numérisation de l’information médicale. S’appuyant sur des recommandations de bonnes pratiques étroitement associées à des valeurs, cette modélisation développe des outils de réflexion et présente les clés pour comprendre les enjeux décisionnels qui tiennent compte à la fois des contraintes technologiques et du caractère complexe de la réalité humaine en médecine.
Sommaire1. L’émergence de l’information médicale face aux enjeux de l’éthique personnelle et sociétale
2. La communication dans la relation médecin-patient orientée autour de la décision médicale
3. Le traitement de l’information médicale dans le droit
4. La modélisation éthique : de la conception à l’utilisation du système d’information
5. Les applications de ce modèle éthique
6. Les changements environnementaux indispensables entourant les SI en santé
7. L’organisation des SI tournée vers l’éthique et la connaissance médicale partagée
8. Une médecine personnalisée orientée vers l’éthique418 pages – Mars 2015
Ouvrage papier – broché
ISBN 978-1-78405-070-2

 

Pour acheter l’ouvrage : http://iste-editions.fr/products/les-systemes-d-information-en-sante-et-l-ethique

Pour acheter et consulter d’autres ouvrages écrits ou dirigés par Bruno Salgues: http://salgues.sopixi.fr/

Pour toute information complémentaire, merci de nous contacter à info@iste-editions.fr

Retrouvez toutes nos publications sur le site http://iste-editions.fr/

Interculturel en entreprise, un ouvrage

Cet article est une note de lecture de l’ouvrage de Danielle Leeman, Alain Cazade, Jean-François Chanlat, Gilles Louÿs, Sébastien McEvoy, dirs, L’interculturel en entreprise : quelles formations ? Aspects civilisationnels, économiques, historiques, juridiques, linguistiques. paru aux éditions de Limoges, Lambert-Lucas, col. Info-com, en 2011.

Une version de ce commentaire est paru dans :

Question de Communication, numéro 26-2014

Signé Alain Cazade et Danielle Leeman, l’avant-propos (pp. 9-11) annonce la couleur : « Le lieu d’une recherche spécifique et incontournable, dans le contexte actuel, se dessine ainsi, comme l’importance à lui donner dans les formations dispensées par l’Université » (p. 11). À ce titre, ce livre s’adresse à tous ceux qui, de près ou de loin, traitent de ce sujet ou sont confrontés à ce thème dans leur pratique. Cet avant-propos contient une liste à la Prévert de comportements culturels qui peut servir d’introduction à des cours sur le sujet de l’interculturalité. Quelques pages plus loin, Cornelius Crowley évoque les topoï, sujet bien connu des hommes du marketing (pp. 12-13). C’est également le prétexte invoqué par les auteurs pour s’intéresser à ce sujet.

L’article de Danielle Josèphe (pp. 63-70) commence par une reprise de la définition de Louis Porcher dans La Civilisation (1986, Paris, Éd. Clé) : « Interculturelle est l’attitude qui consiste à construire entre des cultures différentes des relations de réciprocité c’est-à-dire de connaissance mutuelle, connaissance étant prise ici au sens de saisie des lois de fonctionnement de chacune des cultures considérées » (p. 63). Signée Cornelius Crowley, la préface (pp. 11-16) souligne le fait que « la culture est une affaire d’entre » au même niveau que les termes d’intérêts et d’intéressement (p. 11). Pour lui, il ne s’agit pas seulement d’une affaire d’entre soi, mais aussi d’une affaire « d’entremise et d’entreprise » (p. 11).

Le sujet abordé par Danielle Josèphe concerne l’interculturel dans l’enseignement du français langue étrangère ou seconde. Ce sujet impose de différencier les notions d’interculturel et de multiculturel. Pour cela, elle utilise le concept de Martine Abdallah-Pretceille qui distingue l’interculturel, soit une construction susceptible de favoriser la compréhension des phénomènes sociaux et éducatifs en liaison avec la diversité culturelle, et par ailleurs le multiculturel qui n’a quant à lui pas de vision éducative, mais qui reconnaît la pluralité des groupes et veut éviter leur éclatement (p. 65). Cette distinction semble approfondie par Mehdi Majidi (pp. 81-85). L’organisation doit alors évoluer en trois niveaux. Le local, premier niveau ; c’est celui où le facteur interculturel est important. Ensuite, l’organisation doit intégrer des valeurs stratégiques où la diversité culturelle devient importante. Enfin, l’organisation cherchera la source de son avantage concurrentiel en répondant à des demandes multiculturelles. Concernant les compétences à acquérir en termes d’interculturalité, Maria del Carmen Méndez García nous propose le modèle icopromo (intercultural competence for professional mobility) (pp. 87-92), tandis que le texte des consultants Nicolas Delange et Philippe Pierre (pp. 99-108) invite à réfléchir sur les compétences nécessaires pour les cadres mobiles dans un contexte multiculturel. Ces deux auteurs utilisent la notion de compétence culturelle de Philippe Laurent et Yih-Teen Lee (2005, « Comment appréhender la compétence interculturelle », Revue économique et sociale, 3, sept., pp. 13-21), soit « l’ensemble des connaissances, habilités, capacités et compréhensions qui permettent à une personne qui possède ces qualités de comprendre les comportements, les valeurs et les approches de vie des peuples différents que soi-même, et d’agir de manière acceptable par d’autres pour faciliter la communication et la collaboration » (pp. 103-104). Sans en faire la vraie démonstration, ils concluent qu’il n’y a pas de compétences culturelles, sinon des compétences sociales (pp. 99-107). Dans la même veine, Gilles Louys défend l’idée que ce qui est le plus important, ce n’est pas l’interculturel, mais plutôt l’intercivilisationnel (pp. 109-114). À partir de son expérience d’enseignement des langues dans des écoles d’ingénieur, Didier Bottineau (pp. 115-126) insiste sur l’importance de la pratique de la langue.

Evelyn Odonkor (pp. 17-20) a étudié les publicités destinées aux enfants en France, au Ghana et aux États-Unis selon sept axes : l’accomplissement, le bonheur, l’amusement, la force, l’héroïsme, l’humour et la relation adulte-enfant. Parmi eux, seuls les quatre derniers varient en fonction des cultures. L’humour est le seul s’avérant très différent. Par exemple en France, il est possible de se moquer des enfants et des adultes dans les contenus publicitaires, alors que cela ne concerne que les adultes aux États-Unis et que toutes formes de moqueries sont proscrites au Ghana, pays où l’adulte est la personne qui sait ce qui est le mieux pour la famille.

L’article de Patricia Gutiérrez et de Mercé Pujol Berché (pp. 21-31) réalise une analyse intéressante de l’interculturalité dans le groupe d’hôtels Accor entre la France et l’Espagne. Pour ce faire, les deux auteures utilisent pour l’interprétation la notion de chaîne d’action de Hall et Hall (Hall E. T., Hall M. R., 1987, Guide du comportement dans les affaires internationales, trad. de l’américain par E. Jacquemot, Paris, Éd. Le Seuil, 1990). Il s’agit d’un ensemble d’évènements auxquels une ou plusieurs personnes participent. Le texte de Fabien Blanchot (pp. 33-44) s’intéresse aux alliances d’entreprises ; il prend comme support celle de Nissan et Renault. Il propose une liste d’effets des différences culturelles : incompréhension, factionnalisme ou clanisme, déstabilisation managériale. À partir d’une analyse de la littérature, il liste les effets vertueux des alliances interculturelles, ainsi que leur cause. Le management interculturel est alors proposé comme une quadruple action : intégratrice, de sensibilisations aux différences, de connaissance et d’appui sur les similitudes, de développement de compétences d’action. Cette contribution analyse ensuite 14 leviers d’action utilisés dans le cas de l’alliance Nissan-Renault. L’étude de cas de Jean-Pierre Segal (pp. 51-61) sur le transfert du cadre institutionnel métropolitain des relations de travail dans le cadre de la Nouvelle-Calédonie est à la fois captivante, passionnante et témoigne en outre d’un vécu. Sa conclusion est aussi d’une grande valeur et se décompose en trois points : la place de l’école dans ce processus, l’importance des autres variables et la nécessité de recherche-action dans ce domaine. Cette thèse sur l’importance du rôle de l’école est reprise par Danielle Josèphe qui montre comment intégrer l’interculturel dans l’enseignement du français langue étrangère et seconde. En revanche, dans son étude du cas d’une entreprise franco-latino-américaine de parfumerie, Emmanuel Sauvage (pp. 93-98) montre l’importance de la compréhension réciproque.

Diana Balaci (pp. 77-80) explique comment l’interculturalité est apparente dans les bâtiments de l’Institut français de Bucarest. Simon Bouquet (pp. 127-142). utilise comme support de ces démonstrations la Déclaration universelle des droits de l’homme dont il fait une intéressante analyse sémantique.

Ce livre contient des articles de qualités inégales. L’article sur l’interculturel franco-allemand et les styles de management dans les firmes multinationales de Véronique Boirie (pp. 45-50) ne fait aucune référence aux nombreux travaux sur ce sujet liés aux rapprochements européens ou aux tentatives échouées dans le domaine de la construction de matériel de transport, de la pharmacie, des télécommunications et de l’informatique. La conclusion est alors banale ou évidente, selon de quel point de vue on se place : « Les logiques de fonctionnement dans les groupes étudiés sont différentes selon le rapport au pouvoir et à l’autorité et posent la question du rôle des managers et de leur manière de le vivre selon la culture nationale d’origine » (pp. 45-50). L’article de Gilles Lecointre (pp. 71-76) apporte peu d’éléments au débat, mise à part une idée assez éloignée qui est celle de l’instauration d’un contrat d’emploi à long terme dans l’entreprise (celte).

Notons également des pratiques d’autocitations présentées comme des évidences de lecture, lesquelles dans les faits sont improbables, notamment dans le texte de Patricia Gutiérrez et de Mercé Pujol Berché, celui de Fabien Blanchot. Ces auteurs ont du mal à faire croire qu’ils sont mondialement célèbres et que tout le monde a lu leur prose. Les phrases du type « La présente contribution s’appuie en partie sur moi-même » peuvent être mal appréciées par le lecteur intéressé par ce sujet.  

Sur le plan de la forme, l’article de Maria del Carmen Méndez García (pp. 87-92) rédigé en espagnol aurait mérité un résumé en français ou en anglais. Pour éviter la répétition des mêmes auteurs comme Philippe d’Iribarne, Geert Hofstede, Luc Boltanski et Ève Chiapello…, une bibliographie commune aurait pu être présente, d’autant plus que la forme des bibliographies est différente d’un article à l’autre. Sur ce sujet, de trop nombreuses citations d’auteurs ne sont pas présentes dans la bibliographie. Mentionnons par exemple « (Jamet, 2009) » dans l’article de Didier Bottineau (p. 125).

Le livre se termine par deux points de vue apportés, d’une part, par les acteurs du master Interculturel et international de l’université Paris Ouest Nanterre La Défense et, d’autre part, par ceux du master Management interculturel de l’université Dauphine. Signalons la vision réaliste de ces acteurs qui s’interrogent notamment sur les relations entre les formations et les entreprises et sur la réalité concrète des modèles universels de gestion. Ces résumés et commentaires sont d’excellents apports pour guider le lecteur dans la lecture du volume, tant les différences sont réelles.


 

Téléphone mobile et création, un ouvrage ….

Ce texte est un commentaire de l’ouvrage de Laurence Allard, Laurent Creton, Roger Odin, qui a pour titre Téléphone mobile et création paru aux éditions Armand Colin, collection Recherches, en 2014.

Une version de ce commentaire est paru dans :

Question de Communication, numéro 26-2014

Globalement, j’ai pris beaucoup de plaisir à lire cet ouvrage de grande qualité. Certes, certaines thèses développées m’étaient connues depuis longtemps, notamment celle de Maurizio Ferraris pour qui « le téléphone portable est une machine à écrire » (p. 23) ou celle de Serge Tisseron selon laquelle le « téléphone mobile a, bien entendu, bouleversé la pratique photographique » (p. 117). Serge Tisseron analyse la triple révolution apportée par la téléphonie mobile : libération de la pratique, possibilité de voir immédiatement, inversion du rapport de la photographie à l’acte de voir (p. 118). Thèse moins répandue, Roger Odin, Benoît Labourdette, William Uricchio voient dans cet appareil un outil du cinéma (pp. 37-79). William Uricchio rappelle que « l’histoire du cinéma en général s’enracine tout particulièrement dans le réflexe documentaire » (p. 65). Plus loin, ce même auteur explique que, « depuis son origine, le documentaire a mis en relation ses spectateurs avec les évènements du monde » (p. 66).

Dans le livre, la fin de certains modes de communication est relevée. À titre d’exemple, la communication directe avec la personne et la connaissance de sa localisation ont fait disparaître des phrases telles « Je vous le passe », phrases que l’on prononçait pour rentrer en contact avec une personne lorsque l’appel se faisait sur le téléphone familial.

Ce livre analyse également des fonctions importantes et nouvelles telles la portabilité (p. 38), la possibilité de manipuler (pp. 31-32), celle de sauvegarder (pp. 30-33) et la capacité à construire des objets sociaux (pp. 33-34). La multiplicité des fonctions est relevée par Roger Odin (p. 39). La coopération et la collaboration sont aussi des mots clés.

Le téléphone mobile est un lieu de rencontres, non seulement de personnes entre elles, mais également de ce qu’aucun des auteurs de cet ouvrage n’ose appeler rencontre des technologies. Roger Odin offre une excellente analyse de la rencontre entre le téléphone mobile et le cinéma. Sans lui, « des films entiers n’auraient pas été possibles » (p. 38). À juste titre, il fait remarquer que le téléphone mobile a peu modifié la technique cinématographique, mais il a influencé de façon importante la narration (p. 41). Il permet l’interactivité avec le spectateur, ce qui ajoute une composante au spectacle photographique (pp. 49-50). Benoît Labourdette (pp. 55-59) insiste sur une différence majeure avec d’autres technologies ; celle-ci concerne le public qui s’ouvre et s’élargit. Si la vision d’un film super 8 était auparavant limitée au champ familial, la caractéristique du téléphone mobile est quant à elle de diffuser au monde entier, depuis 2005 environ, la production via des plateformes (pp. 55-59). La modification de la narration est conceptualisée par William Uricchio : « Digitalisation, mise en réseau et accessibilité, ces trois facteurs ont permis une intense participation, élargi la notion de données jusqu’à inclure la localisation et changer fondamentalement la notion du sujet documentaire (p. 62).

Ce livre rappelle un fait essentiel. L’impact économique de l’objet n’est pas négligeable ; il permet de réduire les coûts de production de films de cinéma au même titre que le caméscope, la webcam… Le volume de la production partageable est aussi un sujet de réflexions. « Alors que j’écris ce texte, les usagers de YouTube mettent plus de 72 heures de vidéo en ligne toutes les minutes et Facebook pousse plus du milliard d’usagers à mettre en ligne sur leur page personnelle, au jour le jour, leur autobiographie multimédia (photos, vidéo-clips, cartes de géolocalisation, liens et pages de journaux intimes » (p. 63).

En Afrique du Sud, le projet Yoza présenté par Steve Voslo (pp. 101-106) est très intéressant par les enseignements qu’il suggère. Ils prennent la forme de leçons : faire participer le public, renouveler rapidement les contenus, bien prendre en compte le fait que le mobile est toujours connecté, les utilisateurs savent ce qu’ils veulent et l’expriment, les utilisateurs veulent commenter et voter, il faut tirer parti des réseaux existants, l’usage s’érode dans le temps et il y a des fans fidèles qui s’expriment et beaucoup d’utilisateur muets (pp. 103-106). L’article de Christopher Kirkley (pp. 107-115) sur l’échange de musique dans les communautés touareg est passionnant. Il décrit les conditions des échanges de personnes à personnes – en général par Bluetooth – et ceux qui ont lieu par le réseau. Le lien entre la technologie et l’usage est parfaitement analysé (pp. 107-115).

Au début de son texte, Nicolas Nova (pp. 129-138) cite les noms attribués à ce dispositif selon les pays : « mobile, cellulaire, natels, gsm [global system for mobile communications], Handy, Keitai ». Malheureusement, il n’analyse pas les conséquences sociales, quand l’appareil est vu comme un élément de la mobilité, un prolongement de la main – une prothèse – ou un dispositif technologique, ce qui prédétermine des usages, comme j’en fais part dans mes publications. Par la suite, le contenu relatif aux applications géolocalisées est très intéressant, non seulement dans la description des exemples choisis, mais également dans la conclusion qui montre à la fois la détermination technologique et l’existence pour la plupart des utilisations de ce que l’on nomme usages détournés.

La contribution d’Anne Jarrigeon et de Joëlle Menrath (pp. 83-100) est une des rares à posséder une entrée technologique car elle est consacrée au sms (short message service), ces messages courts qui sont devenus des succès insoupçonnés. Pour montrer l’originalité de ce texte, ces deux auteures expliquent que la majorité des analyses sont d’ordre linguistique, mais elles ignorent beaucoup de travaux sociologiques ainsi que ceux issus des technologues. Elles ont recours à Laurence Allard qui a explicité le caractère performatif des sms. Pour cette dernière, c’est un des moyens du « travail expressif à travers lequel les individus performent leur identité » (p. 84). Anne Jarrigeon et Joëlle Menrath se limitent alors au sms en tant que pratique d’écriture ; elles annoncent un discours situé « à la croisée des sciences de la communication, de l’anthropologie et de la psychanalyse » en ignorant de nombreuses bonnes études réalisées dans ce domaine et en pratiquant également l’autocitation de façon excessive. Le sms est devenu banal, il suffit de connaître le nombre de sms envoyés pour s’en rendre compte. Elles se référent trop rapidement à trois thèses, en l’occurrence celle de l’expérience identitaire de Paul Ricœur (Bourdieu P., 1986, « L’illusion biographique », Actes de la recherche en sciences sociales, 62/63), celle de l’idiorrythmie de Roland Barthes (1977, « Comment vivre ensemble ? – Sur l’idiorrythmie , cours au Collège de France – janvier-mai 1977 », accès : http://rhuthmos.eu/spip.php?article1346, consulté le 13/01/15) , et enfin celle de la compétence personnelle. Pour ce dernier cas, elles citent la conférence de Ted de Sherry Turkle, (accès : https://www.ted.com/talks/sherry_turkle_alone_together, consulté le 13/01/15) alors qu’il existe de nombreux travaux dans ce domaine, dont l’un des premiers publiés en français de Leopoldina Fortunati et de Marina Chiaro (1999, « Nouvelles technologies et compétence des usagers », Réseaux, 96, vol. 17, pp. 147-182). Elles ne réutilisent pas tout à fait à bon escient Michel de Certeau (1980, L’Invention du quotidien, 2 tomes Paris, Gallimard, 1990) avec le concept de braconnage situationnel. Il en est de même sur les limites de la performativité de la téléphonie mobile au sujet desquelles il existe de nombreuses publications, notamment celles de Christian Licoppe (Licoppe C., Zouinar M., coords, 2009, Réseaux, 156, « Les usages avancés du téléphone mobile »).

Petite déception, certains auteurs n’analysent le sujet que de façon partielle ou comme complément d’une thèse qu’ils développent. C’est particulièrement vrai pour ce qui est de l’article de William Uricchio (pp. 61-80) qui traite pendant quinze pages du documentaire social et dédie seulement trois pages au téléphone mobile. Il aurait été raisonnable de demander à cet auteur de réduire cette première partie. Le texte de Thomas Paris (pp. 171-182) contient onze pages de description de l’économie de la création, et ce, sans références au téléphone mobile ; cela ressemble à un cours dont peu de pages concernent le sujet. En revanche, l’intéressante présentation de CrowdVoice par Esra’a El Shafeï (pp. 81-82), réduite à deux pages sur le service open source permettant de faire connaître des mobilisations sociales et politiques, aurait mérité davantage d’explications. Il en va de même d’Iranian Stories proposé par Thibault Lefèvre, Louis Racine, Nicolas Rouilleault et Cyril Cadars (pp. 163-169). Ces auteurs présentent une plateforme de recueils et de diffusion de témoignages sur la situation en Iran, ainsi que des compléments comme une chronologie de la période concernée. Ils démontrent l’intérêt de telles solutions technologiques et le rôle que joue le téléphone dans ce domaine.

L’article d’Anne Jarrigeon et de Joëlle Menrath (pp. 83-100) contient trop de notes en bas de pages, dont toutes ne sont pas utiles. Ces dernières auraient mérité d’être intégrées dans le texte. Le texte de Laurence Allard (pp. 139-162) a pour titre « Express Yourself 3.0 ! Le mobile comme technologie pour soi et quelques autres entre double agir communicationnel et continuum disjonctif soma-technologique ». Ce titre appellerait une traduction dans un langage plus lisible. Assurément, ce texte est le plus insatisfaisant du recueil. 

L’intérêt de l’ouvrage est de mobiliser des disciplines multiples, signalées comme « sociologie, psychologie, économie, esthétique, ergonomie, musicologie, pragmatique » (quatrième de couverture). Il est globalement très agréable à lire ; par conséquent,  il est ouvert à tous les publics. Il permet de réfléchir sur ses propres pratiques en matière de téléphone mobile et d’envisager de nouvelles utilisations.